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"La Centrale", une exposition qui produit sa propre énergie

La Centrale, Laurent Tixador, 2018
©Yohann Gozard

Pour le centre d’art La Cuisine, l’artiste Laurent Tixador a fabriqué de toutes pièces une centrale hydraulique pour alimenter…son exposition. À voir jusqu’au 20 mai.

Laurent Tixador n’est pas le genre d’artiste enfermé dans son atelier. Ancienne moitié du duo avec Abraham Poincheval, il s’aventure volontiers dans la performance, l’exploration et les expériences extrêmes : devenir le « premier artiste du Pôle Nord », organiser une chasse à l’homme où il est sa propre proie, ou tout simplement creuser des tunnels…

À l’occasion de son exposition à La Cuisine, à Nègrepelisse (Tarn-et-Garonne), il présente deux œuvres récentes : un reste de fusée soviétique de 120 kgs déterrée sur les îles Kerguelen, et une multiprise électrique fabriquée à partir de balles de plomb, bouts de plastique et autres canettes. Mais le clou de l’exposition, qui est d’ailleurs aussi son titre, c’est « La Centrale » : une turbine faite-maison entièrement à base de récup', qui alimente en électricité le bâtiment du centre d’art.

On a travaillé uniquement avec les matériaux disponibles ici : des rouages, des alternateurs de voiture, des planches qui traînaient…

Le directeur de La Cuisine et commissaire de l’exposition Yvan Poulain nous en dit plus sur ce geste fort, qui caresse des rêves d’autosuffisance.

La multiprise électrique fabriquée à base de récup, Laurent Tixador
©Yohann Gozard

Qu’est-ce que cette centrale hydraulique a de spécial ?

Yvan Poulain : Dans le cadre de cette exposition, l’idée était très simple mais très complexe à mettre en œuvre : créer une centrale hydroélectrique alimentée par le cours d’eau en contrebas pour éclairer l’espace et les œuvres de l’exposition. C’est un projet symbolique, celui d’un centre d’art qui détournerait des éléments de la nature pour créer son propre jus et s’autoalimenter en énergie propre.

On a travaillé uniquement avec les matériaux disponibles ici. On a vidé tous les restes d’expositions passées, on a été à la cave chercher des rouages, des alternateurs de voiture, des planches qui traînaient ici ou là… Il n'y a pas une roue qui ressemble à l’autre, mais ça fait de l’électricité, et pour nous c’est déjà bien !

Ce qui compte dans cette exposition, c'est toute l'énergie créative et collective, tout le processus en amont. Tout ça pour amener de la lumière !

Pourquoi ce choix de mettre en avant la centrale plus que l’exposition elle-même ?

Parce que la centrale entre directement dans les projets de Laurent Tixador. C’est un artiste qui crée ce qu’il appelle des « architectures d’opportunité » : à partir de ce que son environnement lui apporte comme ressources et comme dynamique, il élabore des projets de construction, souvent portés par une pensée liée à l’écologie, au déchet, à la situation de la planète.

La question de l’énergie se matérialise ici à deux niveaux : à la fois dans le transport d’électricité, mais aussi dans toute l’énergie créative et collective, puisque Laurent Tixador a travaillé avec une vingtaine de personnes, étudiants des Beaux-Arts, architectes, artistes, et sans avoir de plan précis. Ce qui compte dans cette exposition, c’est donc la centrale elle-même et tout le processus en amont. Tout ça pour un geste très simple qui est celui d’amener de la lumière !

 

La Centrale, Laurent Tixador, 2018
©Yohann Gozard

Quelles leçons tirer de cette exposition en termes d’impact écologique ?

C’est un projet pirate. Parce que vous, en tant que particuliers, n’êtes pas du tout autorisés à produire votre propre électricité dans votre jardin ! C’est d’autant plus vrai que je viens justement de me faire tirer les oreilles par le service des eaux de l’État ! (Rires)

Le travail de Laurent Tixador pose des questions sur l’écologie, mais il est surtout lié à des problématiques artistiques : celles des conditions d’exposition, de l’autonomie de l’artiste, de son rapport au terrain et aux matériaux. Ce qui reste in fine du dispositif ici, c’est l’utopie d’une énergie transformée. Au fond, là, on est autonome, mais on a dû construire un barrage de 1,10 m, alors qu’on va rentrer dans la période de reproduction des poissons. Rien n’est anodin, et on touche là tout le problème de la question écologique : il n’y a pas de solution idéale. La solution idéale serait la décroissance elle-même.

« La Centrale », Laurent Tixador
Du 10 février au 20 mai 2018
La Cuisine, centre d'art et de design
Esplanade du château, 82800 Nègrepelisse
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