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Habitarium : une saison artistique pour inventer l'habitat de demain

Yes We Camp, L’Estaque, Marseille, 2013
©DR

À Roubaix, La Condition Publique inaugure ce week-end Habitarium, sa nouvelle saison artistique et expérimentale autour de l’habitat. À visiter jusqu’au 8 juillet.

Grands ensembles ou mobil-homes, appartement haussmannien ou tiny-house… Qu’est-ce que nos logements disent de notre société ? Située au cœur d’un des quartiers les plus pauvres de Roubaix, La Condition Publique inaugure aujourd’hui sa nouvelle saison culturelle autour de l’habitat. Une thématique transversale qui permet de faire dialoguer architectes, designers, artistes, mais aussi acteurs locaux engagés.

Intitulé Habitarium, l’événement se pose ainsi en “laboratoire” pour croiser les regards sur ce défi à la fois sociétal et environnemental. Une grande exposition présente des séries photographiques, constructions in situ, maquettes, sculptures, innovations qui tentent de dessiner l’habitat du futur. La saison se prolongera jusqu’au 8 juillet par plusieurs ateliers, conférences, et même la création d’un camping éphémère sur le toit de l’institution.

Rencontre avec Lauranne Germond, commissaire d’exposition et directrice de l’association COAL (coalition pour l’art et le développement durable) qui a assuré la direction artistique de l’événement.

Il s'invente d'autres manières d'habiter pour impliquer davantage les habitants, remettre de l'humain, du végétal…

Pourquoi est-il nécessaire de repenser l’habitat aujourd’hui ?

L'habitat est vraiment à la croisée de tous les défis auxquels on doit faire face rapidement, qu'il s'agisse de problématiques environnementales, économiques, sociales.

C'est l'un des principaux secteurs dont l'impact carbone est significatif. Le sable notamment est la 3e ressource la plus utilisée au monde aujourd'hui [en grande partie dans la construction], alors que c’est une ressource non renouvelable. La question de l'énergie est également très importante, dans la construction mais aussi maintenant par rapport à la rénovation – sachant que dans les pays européens, 80 % du logement de demain est déjà là. On a souvent tendance, quand on parle d'habitat du futur, à se projeter dans des villes futuristes, sauf qu'aujourd'hui la réalité c'est qu'on va devoir faire avec l'existant.

La transition écologique ne pourra se faire sans une évolution des comportements et des représentations, et en ce sens, on a la conviction que les créateurs doivent retrouver une place centrale dans le débat public pour agir sur ces sujets.

Sébastien Godefroy, portrait de la France des Mal Logés, projet photographique avec le soutien de la Fondation Abbé Pierre
©Sébastien Godefroy

80 % du logement de demain est déjà là, on va devoir faire avec l'existant.

Et quels sont les leviers sur lesquels agir ?

Un axe fort, c'est d’abord de faire évoluer les modes de construction, notamment au niveau des matériaux, en délaissant le tout-béton pour favoriser le bois par exemple. Cela induit de nouvelles filières à développer, comme le réemploi, qui a l'avantage de résoudre à la fois la question de la pénurie des ressources et celle de l'accumulation des déchets. Là il y a une vraie intelligence d'économie circulaire à mettre en place.

L’autoconstruction se présente aussi comme une possibilité de se réapproprier son habitat à moindres frais. Dans l'exposition, on voit aussi des démarches comme celle du collectif Zerm, qui montre comment, à l'échelle individuelle, on peut déjà transformer son chez-soi et lutter contre la précarité énergétique avec des techniques assez simples.

LAN Architectures, 79 logements, Bègles, maquette pour la Biennale de Venise 2016
©LAN

Créer des espaces à vivre qui soient plus souples, plus autonomes, libérés du système économique…

À quoi ressemblera l’habitat de demain selon vous ?

Tout est en train de s’inventer. On voit émerger énormément d’alternatives, d’autres manières d’habiter, qui veulent impliquer davantage les habitants, remettre de l'humain, du végétal… pour que l'habitation ne soit pas qu'un immeuble figé mais puisse devenir une structure dynamique.

Il y a aussi de plus en plus de projets de propriétés collectives, de construction d'habitats partagés, etc. Le projet d’architecture de LAN à Bègles [présenté dans l’exposition], commandé par Noël Mamère quand il était maire, a voulu donner l'exemple d'un nouvel habitat collectif et participatif. Le principe, c'est qu'il offre toutes les qualités d'une maison individuelle, mais les cloisons sont mobiles et permettent donc d’ajouter une nouvelle chambre ou au contraire une terrasse si les enfants sont partis.

Dans un autre genre, Yes We Camp construit en ce moment un camping sur le toit ! L’idée, c’est d’aller dans les interstices, créer des espaces à vivre qui soient plus souples, plus autonomes, libérés d'un système qui crée beaucoup de dépendance sur le plan économique. Parce que souvent, dans ces situations, il y a plein d'intérêts : celui de l'habitant, de l'aménageur, du bailleur, etc. La grande qualité de ces projets artistiques, c'est d'être totalement désintéressés, de se retrouver sur l'essentiel, sur l'imaginaire, sur les récits.

Pascale Marthine Tayou, Home Sweet Home, saison Habitarium, La Condition Publique, 2018
©Maxime Dufour

Habitarium, une saison laboratoire sur l'habitat
Du 30 mars au 8 juillet 2017
La Condition Publique
14 place Faidherbe, 59100 Roubaix
Pour plus d'informations, cliquez ici.

Retrouvez toutes nos propositions culturelles (et durables) sur notre agenda participatif. 

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