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Le Carillon : la solidarité au coin de sa rue

La Carillon est un réseau d’entraide qui fédère des centaines de commerçants et d’habitants qui tentent d’améliorer le quotidien des sans-abri de leur quartier et de lutter contre leur isolement.
©Valérie François

Pour lutter contre la solitude et l’exclusion des sans-abri, Louis-Xavier Leca a créé Le Carillon. Ce réseau d’entraide fédère des centaines de commerçants et d’habitants qui tentent d’améliorer le quotidien des sans-abri de leur quartier et lutter contre leur isolement.

14 heures. Mona, jeune volontaire en service civique démarre sa tournée. Elle s’engage rue Melingue entre les métros Jourdain et Pyrénées dans le XXème arrondissement de Paris. Objectif du jour : rendre visite aux commerçants du quartier membre du Carillon. Cette association créée il y a deux ans par Louis-Xavier Leca, fédère un réseau de commerces solidaires qui acceptent de rendre des services aux personnes sans abri de leur quartier tels qu’aller aux toilettes, réchauffer un plat, donner des invendus, recharger un téléphone, offrir un café ou une coupe de cheveux... 

Le sentiment d’exclusion et l’isolement sont des freins majeurs à la réinsertion

"Le Carillon est né d’un constat. Au-delà de ce qui est nécessaire quand on vit dans la rue : manger, dormir au chaud et se soigner, le sentiment d’exclusion et l’isolement est un énorme frein à la réinsertion. Je me suis demandé comment des citoyens qui croisent des personnes sans domicile tous les jours pourraient devenir des acteurs. C’est en parlant avec des commerçants, des associations, des professionnels que le projet s’est finalement co-construit", raconte Louis-Xavier Leca. Le Carillon n’a que deux ans et pourtant, l’association a vite grossi. Elle compte déjà 750 commerçants dans 7 villes de France, 30 salariés et volontaires et 200 bénévoles. "Très vite, les personnes sans domicile ont aussi voulu nous aider. Ils sont devenus des ambassadeurs de l’association", ajoute Louis-Xavier. Aujourd’hui, les demandes affluent au point de mettre en place une "franchise sociale". A l’étranger aussi, le concept fait des petits comme à Prague et à Seattle où des associations ont déjà copié le concept.

Mona, volontaire en service civique au Carillon, rend visite aux commerçants membre de l'association.
©Valérie François

Des volontaires animent le réseau

Des volontaires animent le réseau dans les différents arrondissements de la capitale. Mona à la charge du XXème et du Xème. "Je vais voir les commerçants du réseau pour m’assurer que tout va bien. Je dois également en démarcher de nouveaux. Du côté des personnes sans domicile, je fais connaître l’association en allant dans les centres d’hébergement, les accueils de jour, les maraudes… Mon rôle est aussi de recruter des bénévoles, d’organiser des événements", explique-t-elle. 

Des sans-abri parfois plus difficile à convaincre que les commerçants

Jennifer, patronne du restaurant Topknot, accueille Mona tout sourire. Sur le comptoir, une affiche explique qu’"ici, on peut acheter un café ou une brioche pour notre voisin sans domicile". C’est le principe du café suspendu. Lorsqu’un client prend un café ou une brioche, il peut aussi en acheter un pour un sans-abri. "Les personnes sans domicile n’osaient pas entrer mais finalement des dames sont venues accompagnées par quelqu’un de l’association. Depuis, elles n’hésitent plus à revenir seules", s’enthousiasme Jennifer. "En effet, confirme Mona, chez certains commerçants, cela fonctionne très bien, mais dans certains endroits un peu trop chic, les personnes précaires n’osent pas rentrer. Il faudrait presque faire de l’accompagnement personnalisé, prendre le temps d’aller boire un café pour faire le lien et installer la confiance avec le commerçant. Mais je suis toute seule pour tout l’arrondissement. Je n’ai pas le temps."

Mona se rend dans un accueil de jour du Secours Catholique pour distribuer la liste des commerçants du quartier et faire connaître l’association aux sans-abri.
©Valérie François

Les événements créent des espaces de partage entre des mondes qui se rencontrent peu 

Mona a aussi décidé de se rendre dans un accueil de jour du Secours Catholique pour distribuer la liste des commerçants du quartier et faire connaître l’association aux sans-abri. L’accueil est chaleureux. "Toutes les bonnes initiatives sont intéressantes" glisse l'un des bénévoles présents ce jour-là.  Aldo, assis à une table décripte la liste que lui tend Mona. "Peut-on manger des plats chauds ? Avez-vous une liste sur d’autres arrondissements ?" Elle en profite pour leur parler du prochain événement. Il aura lieu dans un jardin partagé. Au programme : fresque, fabrication d’origami, de colliers et couronnes de fleurs, concert de musique et bien sûr un grand goûter solidaire. "Le but est de mélanger les publics. Habitants du quartier avec et sans domicile, associations, commerçants, tout le monde est convié et participe aux mêmes activités. Beaucoup d’associations proposent de la distribution alimentaire, des vêtements mais assez rarement de quoi se distraire. Ce sont des moments très joyeux. J’ai l’impression d’être plus vivante après ces événements", souffle Mona. Notre jeune volontaire va bientôt quitter le Carillon mais reconnaît avoir beaucoup appris. "Si tout n’est pas parfait, de belles histoires sont nées entre les commerçants et les sans-abris. Créer des espaces de partage entre des mondes qui se rencontrent peu, c’est important car ça ne se fait pas si naturellement que cela", conclut-elle.