Culture

Après le café suspendu, le « billet solidaire »

©Charlotte Hervot/ID

A Rennes, le centre culturel Le Triangle expérimente des billets de spectacle « suspendus ».

Sur le principe du café suspendu, le centre culturel rennais Le Triangle a lancé le « billet solidaire » à la rentrée. Huit tickets ont déjà été édités.

Le « café suspendu », né en Italie, a beaucoup fait parler de lui. Le principe : un client commande un café et en paie deux. Un pour lui, l’autre pour plus démuni. Aujourd’hui, l’initiative s'est étendue à d’autres biens : la baguette, les livres et les billets de spectacle. 

A Rennes, en Ille-et-Vilaine, le centre culturel Le Triangle a lancé le « billet solidaire », pour que tout un chacun puisse assister à un spectacle. « Faire tomber les barrières », selon les mots de Charles-Edouard Fichet, directeur du Triangle. « Et l’argent en est une. » Alors, depuis des années, l’équipe du Triangle s’active pour rendre le lieu et les arts vivants plus accessibles.

En 2010, elle teste le paiement volontaire pendant le festival de danse Agitato. « Chaque personne donnait ce qu’elle voulait. On a eu autant de public et de recettes que les autres années », remet Charles-Edouard Fichet. « Ce système montrait la réelle capacité des gens à payer. Mais il avait une limite : la comptabilité devenait difficile à tenir. »

La réflexion se poursuit, jusqu’à ce que le « billet suspendu », éprouvé par le théâtre du Grand Rond à Toulouse, pique la curiosité des Rennais. « Quelqu’un chez nous a proposé qu’on s’intéresse à la question. Ça ne s’est pas mis en place du jour au lendemain, parce qu’on voulait créer quelque chose de durable. Quand on s’est senti prêts, en juin dernier, on s’est lancés », retrace le directeur.

Des dons de 50 centimes à 40 euros

Depuis la rentrée, le public peut, au moment de renouveler un abonnement ou d’acheter une place, alimenter une cagnotte dédiée au billet solidaire. « Chacun verse ce qu’il souhaite, précise d’emblée Charles-Edouard Fichet. Et ce don peut être déduit fiscalement. Il suffit de demander un reçu. Un don de 10 euros revient à 3,40 euros grâce à la loi sur le mécénat. » Le montant des dons varie entre 50 centimes et 40 euros. Et le don moyen s’élève à 6,75 euros.

Et « dès que la cagnotte atteint le prix d’un billet, on l’édite et on le suspend », raconte Catherine Bouttier, à l’accueil, en désignant le mur où trois tickets attendent d’être retirés. Huit billets ont déjà été édités. Et tout le monde peut en bénéficier. Charles-Edouard Fichet y tient : « Qui que ce soit peut prendre un billet et personne ne sourcille. On estime que chacun évalue par lui-même son besoin. »

Des billets gratuits sont suspendus à l'entrée de la salle de spectacle.
©Charlotte Hervot/ID

« Ce n’est pas juste un billet gratuit »

Le billet solidaire est complémentaire d’autres dispositifs. Comme la carte Sortir !, qui permet aux habitants de la métropole justifiant de faibles ressources d’obtenir un tarif réduit. De fait, aucun justificatif n’est exigé à la billetterie. « On est désintéressés, les gens qui donnent sont désintéressés. C’est simple : c’est de la solidarité. Le justificatif détruirait notre dispositif. C’est un état de fait de se retrouver dans la dèche. Et je peux raconter 50 000 fictions pour lesquelles ça se justifierait de prendre un billet solidaire, ça n’est pas lié à extrême misère », insiste le directeur.

Une seule chose est demandée aux bénéficiaires : assister à la représentation. Ou du moins, prévenir Le Triangle en cas d’empêchement. Ce qui permet d’annuler le billet pour que quelqu’un d’autre en profite. Pour Gaëlle Lecart, responsable de la communication, « le billet solidaire n’est pas juste un billet gratuit. C’est une forme d’engagement. »

 

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