Conso

Pourquoi acheter une poussette neuve lorsque l'on peut louer celle de ses voisins ?

©Rostislav_Sedlacek/Shutterstock

La stratégie marketing relative aux articles de puériculture pousse les parents à acheter neuf, pour plus de sécurité et d'hygiène. Est-ce la seule solution ? Aujourd’hui, avec la création de la plateforme MyBabyLoc, rien n’est moins sûr…

Marie-Laure Ogor, elle-même mère de deux enfants, a eu l'idée originale de créer la plateforme MyBabyLoc., qui permet de louer ou de mettre en location des articles de puériculture : une alternative économique et à faible impact environnemental, qui empêche ces articles de finir immédiatement à la poubelle. ID s’est entretenu avec cette dernière.

Pouvez-vous nous présenter la plateforme MyBabyLoc. ?

Il s'agit d'une plateforme communautaire qui met en relation des professionnels ou des particuliers possédant du matériel de puériculture ou du matériel pour enfant - des vélos par exemple - avec des personnes qui en ont besoin pour une courte ou une longue durée et qui souhaiteraient le louer plutôt que l'acheter. En bref, une image parlante : c'est le Airbnb du matériel de puériculture.

Comment vous est venue l'idée ?

Je suis maman de deux enfants et j'ai toujours cherché à avoir une consommation réfléchie par rapport à leurs besoins. J'achète beaucoup d'articles d'occasion, mais je trouvais que ça n'allait pas assez loin vis-à-vis de l'impact environnemental d'un matériel. Même si j'achète d'occasion, il y a certains matériels dont je ne me suis servie que deux ou trois fois. J'ai eu un déclic il y a deux ans : nous avons voulu partir en voyage et j'ai voulu louer une poussette. J'ai cherché auprès de professionnels et je me suis rendue compte qu'il fallait aller très loin pour la récupérer puis la restituer, et que les prix devenaient vite exorbitants. J'étais persuadée que j'aurais pu trouver cette poussette dans un environnement très proche. J'ai finalement acheté une poussette, puis j'ai cherché comment rembourser ce qu'elle m'a coûté tout en faisant profiter d'autres parents. Je l'ai mise en location sur "Le Bon Coin" et mon annonce a rencontré un succès phénoménal : en deux mois, j'avais remboursé l'intégralité de ma poussette. J'ai acheté, toujours d'occasion, une deuxième poussette, une troisième et une quatrième... Toutes ont eu le même succès. J'ai alors fait la même chose avec tout le matériel de puériculture qu'il me restait, et je me suis rendue compte que la demande était très présente : les gens étaient enchantés de trouver ces articles à un prix très compétitif. J'ai alors fait le choix de lancer la plateforme. 

Lorsque l'on veut le meilleur pour son enfant, on a aussi tendance à se suréquiper, notamment pour le premier non ?

Oui, tout à fait. Chaque foyer possède environ 16 articles de puériculture, ce qui est énorme. On n'utilise aucun d'eux jusqu'à l'usure, même si on l'utilise pour un autre bébé. C'est vrai qu'il y a tout un marketing autour de l'hygiène et de la sécurité de l'enfant, incitant les nouveaux parents à acheter du neuf. Mais très vite, en tout cas pour le deuxième, je pense que beaucoup de parents comprennent que ce n'est pas forcément nécessaire. 

L'option location est-elle plus économique concernant la durée d'utilisation réelle ? 

Oui. En fait, cela reviendrait au prix auquel on pourrait acheter le produit d'occasion. Mais ce qu'il faut savoir, c'est qu'il y a beaucoup de parents, habitant surtout dans les grandes villes, qui n'ont absolument aucun espace de stockage et qui jettent tout entre deux enfants. Grâce à MyBabyLoc, les parents peuvent trouver ces articles en location dans une zone géographique très proche. Ils le louent un certain temps, d'une semaine à trois ou quatre mois, voire un an selon le matériel, et le jour où ils n'en n'ont plus besoin, le matériel est rendu à son propriétaire qui peut alors le remettre en location. L'article ne finira plus immédiatement à la poubelle. 

Comment cadrez-vous la fixation du prix de location, l'échange contractuel, la caution ou encore l'état des lieux ? 

Pour ce qui est du prix, lorsqu'un propriétaire met son annonce en ligne, il va pouvoir renseigner six tarifs différents : à la journée, pour une semaine, deux semaines, trois semaines, au mois, et pour plus de six mois. Le but étant que, plus la durée de location est longue, plus le prix de revient à la journée diminue. Je ne cadre pas directement le prix renseigné par les propriétaires, mais je conseille 10 % du prix neuf, pour la location d'une semaine. Ainsi, une poussette neuve qui coûterait 300 euros sera louée 30 euros à la semaine, puis les tarifs pratiqués sont dégressifs. La caution est prise en ligne par carte bancaire, et n'est prélevée qu'en cas de problème. Concernant l'état des lieux et le contrat, il y a une facture qui lie le client et le propriétaire. Une trame est fournie au propriétaire avec des photos de son matériel, où il peut détailler chaque accessoire. En effet, on ne prélèvera pas la totalité de la caution s'il ne manque qu'un accessoire. 

Quelle barrière psychologique pensez-vous lever avec ce service ? 

Il y en a plusieurs. Je pense que je vais avoir beaucoup de mal à faire sauter la barrière de l'achat neuf pour un premier enfant. En revanche, certaines familles achètent jusqu'à trois exemplaires d'un même accessoire, car ils vont le placer chez les grand-parents. J'espère, et je le constate déjà, qu'ils ne vont plus l'acheter en triple : ils l'achèteront une fois pour chez eux, et ceux placés chez les grand-parents seront loués. Ensuite, il y a beaucoup de familles qui habitent en ville et voyagent en train mais lorsqu'un premier enfant arrive, ils louent, achètent ou changent de voiture pour avoir une contenance plus importante. Cela a un impact environnemental non-négligeable. Tout le monde sait que la voiture produit plus de CO2 qu'un voyage en train. Je veux vraiment inciter ces familles à voyager en train comme elles le faisaient par le passé.

La qualité du service repose donc sur la fréquentation de la plateforme ? 

Oui, tout à fait, cela ne peut fonctionner que si l'on trouve le matériel dans une zone géographique restreinte autour de soi. Effectivement, plus il y aura d'offre, mieux cela fonctionnera. C'est un des enjeux de la réussite. La demande elle, est là, mais l'enjeu est de trouver des personnes mettant leur matériel à disposition, car l'on constate malheureusement une pénurie de l'offre

Retrouvez la chronique du Social Lab sur France Inter :

A lire aussi
Poster un commentaire
Vous devez être connecté pour poster un commentaire.
Déjà membre ? Je me connecte.
Je ne suis pas encore membre, Je crée mon compte.