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La mode des locations et abonnements signe-t-elle la fin de la propriété ?

©Sensay/Shutterstock

Les Français préféreraient l'usage à la possession, révèle un récent sondage. La mode des locations et abonnements a encore de beaux jours devant elle.

Electroménager, smartphone, appareil photo et jusqu'aux rasoirs et matelas : le développement du marché de la location et/ou de l'abonnement, typique d'une économie "d'usage" où le service prime sur le bien, signe-t-il la fin de la propriété?

Selon un sondage de l'Observatoire société et consommation (Obsoco), 77 % des Français disent privilégier l'usage à la possession, un chiffre certes en diminution depuis 2012 mais en augmentation chez les moins de 40 ans, souligne Philippe Moati, son cofondateur.

Ces pratiques de consommation dites émergentes ou alternatives, apparues il y a dix ans en temps de crise mais qui persistent malgré la reprise économique, "changent le rapport au produit, à la possession", explique-t-il. Et s'inscrivent dans un mouvement plus général de "rejet du système" capitaliste et d'un souci de l'environnement.

Pionnier du genre (depuis 2009), Lokeo (groupe Boulanger) prône ainsi une "démarche éco-responsable", chaque appareil électroménager loué étant récupéré à la fin du contrat pour avoir droit à une seconde vie. "Environ 85 % des produits récupérés chez nos clients sont réintroduits sur le marché", les 15 % restants étant revendus en pièces détachées, affirme Claire Verbrugge, directrice générale.

La formule compte 40 000 clients actifs, avec une croissance de 40 % par an: "ce qui plaît, c'est le côté 'all inclusive', c'est-à-dire 'je ne m'occupe de rien' et en prime 'je contribue à limiter le gaspillage'", explique-t-elle.

Avant de nuancer: le fait de devoir s'engager, même si les contrats sont évolutifs, "reste un frein à la location aujourd'hui".

Leasing

Selon une étude d'ING publiée début avril, les consommateurs européens consacrent 5 % de l'ensemble de leurs dépenses aux abonnements et déclarent dépenser environ 130 euros par mois à cet effet, contre 150 euros en France.

Toujours en Europe, "environ 30 milliards d'euros sont consacrés annuellement aux abonnements digitaux comme la musique et les vidéos (...) Quant aux abonnements aux biens, ils représentent 80 milliards d'euros par an, dopés principalement par la location de voitures à long terme", le fameux "leasing", souligne ING.

Les motivations sont multiples, précise l'Obsoco : parfois, c'est la seule façon d'accéder au service (Netflix), souvent c'est par économie, pour utiliser sans compter, ou découvrir des nouveautés (les "box" à thèmes), énoncent les Français.

Ce que l'on observe, explique M. Moati, "c'est que la formule de l'abonnement permet aux consommateurs de monter en gamme", ce qu'ils ne feraient pas forcément en achetant le bien, permettant ainsi l'essor d'une "économie de la qualité".

A la Maison de la Literie, on l'a bien compris : depuis octobre dernier, le distributeur, fondé en 1980 et qui a réalisé 240 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2017, s'est lancé dans la location avec option d'achat (LOA).

Avec des contrats sur six ans, "soit la durée de vie d'un bon matelas", et un panier qui dépasse les 1300 euros dépensés généralement pour ce type de produit, l'offre a déjà séduit 2000 personnes, explique à l'AFP son PDG, Pierre Elmalek.

C'est que la propriété perd du terrain partout, jusque dans ses recoins les plus intimes.

L'abonnement "moins cher ou vraiment meilleur"

Ainsi, grâce au "Bic Shave Club", même le rasoir jetable, là aussi produit hautement personnel, peut arriver tous les mois dans la boîte aux lettres, à un prix "jusqu'à 40 % moins cher" que dans le commerce, explique Laurent Laforest, son directeur général.

Selon l'étude d'ING, les formules d'abonnements présentent de nombreux avantages pour les entrepreneurs : augmenter leur chiffre d'affaires s'ils apportent une plus grande valeur ajoutée grâce à des services complémentaires, établir un contact direct avec le client et s'assurer des revenus stables grâce à des contrats à long terme.

"Si on ne peut appliquer ce 'business model' à tous les cas, il faut en plus tenir compte de la vigilance des consommateurs (...) Un abonnement n'a de chance de succès durable que s'il est vraiment moins cher ou vraiment meilleur", conclut ING.

Avec AFP.

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