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Economie circulaire : les idées se recyclent aussi

Eric Lecocq, fondateur de Recupidee.com
©Eric Lecocq - DR

Tout se recycle, même les biens immatériels. C'est le principe de Recupidee, une plateforme d'achat et de vente de documents, projets et actifs immatériels. Rencontre avec son fondateur. 

Eric Lecocq a tiré son idée d'une expérience personnelle. Après avoir monté un projet, cet entrepreneur a été contraint de l'arrêter à sa phase de création. Afin de ne pas le voir mourir, il a cherché à le vendre via une plateforme Internet, sans résultat. Il a donc décidé de créer Recupidee, une plateforme collaborative d'achat et de vente de documents, projets ou actifs immatériels de seconde main. Une manière de recycler son travail. Explications. 

En langage courant, que sont les actifs immatériels ? 

Il s'agit de tout ce qui peut être créé au sein d'une entreprise, qui n'est pas matériel. Donc ça peut être des logos, des business plans, des études de marché, des sites Internet, des bases de données clients, etc...

Sur Recupidee, y a-t-il un secteur particulier qui se démarque ? 

Ce que l'on peut remarquer, c'est qu'il y a beaucoup de startup qui vendent leurs idées sur la plateforme. Aujourd'hui, une société "classique" sur deux ne survit pas au delà des cinq premières années. Pour les startups, les chiffres sont bien plus élevés. Environ 90 % d'entres elles ne passent pas le cap des deux ans. En général, les cas d'abandon sont dus à un manque de financement

Nous sommes sur une activité qui regroupe l'économie circulaire, mais appliquée aux actifs immatériels"

Un même document peut-il être vendu plusieurs fois ? 

Les documents qui nécessitent des droits ne se vendent qu'une seule fois. D'autres, peuvent être utilisés par plusieurs personnes, donc vendus plusieurs fois : les business plans ou les études de marché, par exemple. Un porteur de projet a mis en vente une étude de marché concernant les "escape games". Aujourd'hui, son document se vend une dizaine de fois par mois. Ce genre de document se vend à bas prix : trente, cinquante ou cent euros... En revanche, quand il s'agit d'un projet plus complet et abouti, il n'est pas exceptionnel qu'il se vende à 20 000 ou 30 000 euros. Le document le plus cher de la plateforme s'élève à 100 000 euros

Vous vous qualifiez d'entreprise sociale, pourquoi ? 

Nous sommes un peu à la bordure dans le sens où nous sommes sur une activité qui regroupe l'économie circulaire, mais appliquée aux actifs immatériels. On recycle toutes sortes d'objets, pourquoi ne pas recycler aussi ces actifs-là ? 

Chaque année, 900 000 euros sont consacrés à l'aide à la création, pourtant, une grande partie des entreprises mettent la clé sous la porte, donc ces aides sont perdues : L'idée est de les valoriser en transmettant les projets qui n'ont pas aboutit"

Quelles sont les vertus de ce type d'économie circulaire ? 

Quand on est créateur d'entreprise on est toujours à la recherche d'un gain de temps et c'est ce que l'on apporte, au delà d'un gain d'argent. Il y a aussi quelque chose d'un peu moins visible : chaque année, 900 000 euros sont consacrés à l'aide à la création. Pourtant, une grande partie des entreprises mettent la clé sous la porte, donc ces aides sont perdues. L'idée c'est aussi de les valoriser en transmettant les projets qui n'ont pas abouti, c'est un moyen de leur permettre de continuer à vivre en quelque sorte. 

Il y a un côté un peu particulier à ça. On est pas très loin d'une sorte de cimetière des entreprises, non ? 

Ce n'est pas forcément facile pour le vendeur de se libérer d'une idée, d'un projet sur lequel il a échoué... Mais c'est aussi ça l'économie circulaire : ne pas laisser mourir ses idées et son projet.