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La transition alimentaire encouragée par le drive zéro déchet

Mélanie Guibal, co-fondatrice de Lupotie Drive local.
©DR/Lupotie

Ce sont près de 500 kilos de déchets qui sont produits par Français chaque année, indique l’Agence de la transition écologique. Pour alléger les poubelles et dans une démarche anti-gaspi, les drives zéro déchets fleurissent un peu partout en France.

Cosmétique, alimentation et autres accessoires sont désormais en vente via des drives locaux et zéro déchet. À la différence des enseignes vrac, les drives zéro déchet séduisent les clients en proposant uniquement la vente de leurs produits à travers des commandes réalisées et payées en ligne. Pour en apprendre davantage, ID s’est entretenu avec Mélanie Guibal, co-fondatrice de Lupotie Drive local qui a vu le jour il y a quelques mois.

Que signifie "Lupotie" et qu’est-ce que vous proposez ?

C'est simple, c’est un jeu de mot, nous renversons le mot "utopie". Nous avons ouvert mi-septembre, c'est très récent, et nous sommes présents dans l'Est lyonnais à Décines. Nous sommes un drive local et zéro déchet et nous proposons tout ce qui est crémerie, épicerie, fruits et légumes, produits ménagers, des accessoires, le tout sans emballages plastiques, certains produits sont sans emballages d'autres sont conditionnés dans des bocaux en verre ou dans des sacs en tissu.

Les gens peuvent venir acheter comme dans un magasin physique ?

Non, c'est vraiment un drive pour l'instant. Après nous pouvons très bien accueillir les clients pour leur présenter les produits, et leur faire goûter ce que nous proposons. Nous aspirons à organiser un évènement "magasin physique" éphémère une fois par mois, pour qu'ils puissent venir, choisir les produits avec un système de paiement sur place. Sinon, 99 % du temps, cela reste un drive.

Nous sommes partis sur un modèle d'une épicerie vrac classique, et en janvier 2019 nous avons vu la vidéo du Drive tout nu, et c’était la révélation.

Comment vous est venue cette idée ?

Je suis ingénieure agroalimentaire et je travaillais dans une biscuiterie, puis depuis quelque temps je voulais monter ma propre affaire. À la maison j'avais déjà mis en place un mode de vie zéro déchet, c'était quelque chose qui me tenait à cœur. Donc nous sommes partis sur un modèle d'une épicerie vrac classique, et en janvier 2019 nous avons vu la vidéo du Drive tout nu, et c’était la révélation, nous avons trouvé que leur idée était incroyable, que cela encouragerait plus de monde à passer au zéro déchet. Donc nous avons eu l'envie de faire la même chose de notre côté.

Nous avons des retours très positifs du type c'est "pratique", c'est "rapide" que les produits sont de bonne qualité, donc nous sommes plutôt confiants.

Quel est le premier bilan ?

Nous nous attendions à plus d'engouement pour être honnête, au vu des autres drives qui ont pu ouvrir. Mais, nous avons déjà des clients qui nous sont fidèles depuis le début, nous avons des retours très positifs du type c'est "pratique", c'est "rapide", que les produits sont de "bonne qualité", donc nous sommes plutôt confiants. Nous savons qu'il y a encore beaucoup de travail pour nous faire connaître mais pour le moment nous sommes assez contents.

 Le retour de la consigne, nous n'avons pas voulu qu'elle soit payante, c'est vraiment le principe de bonne foi.

Le principe, c'est de la consigne essentiellement pour les bocaux en verre ?

Oui, c'est bien le retour de la consigne mais nous n'avons pas voulu qu'elle soit payante, c'est vraiment le principe de bonne foi. Les clients ramènent leurs bocaux et nous leur distribuons un bon d'achat au bout de vingt bocaux qui nous sont ramenés.

Lorsqu'on ouvre un drive zéro déchet local, est-ce que c'est corrélé à des valeurs comme la mise en valeur des produits locaux, artisanaux et bio ?

Oui, pour moi le zéro déchet ne tourne pas qu'autour de l'alimentation, mais c'est aussi d'éveiller les consciences sur nos modes de consommation en général, de se dire que nous allons encourager les producteurs qui viennent d'ouvrir leurs entreprises alimentaires plutôt que d'aller chez les grandes enseignes. Il y a aussi le fait de consommer différemment, nous faisons attention au niveau du référencement donc il y a cette démarche de réflexion sur l'origine des produits, leur fabrication, leur culture en nous demandant si les personnes sont correctement rémunérées, est-ce qu'elles arrivent à en vivre décemment, etc. 

Il y a tout un ensemble de choses et les gens qui viennent chez nous sont clairement sensibilisés et ils cherchent des choses différentes qu'ils ne trouveront pas ailleurs pour changer leur façon de consommer. Il faut aussi rappeler qu'il y a des gens qui font leurs courses ailleurs dans la grande distribution, mais qui vont quand même venir chez-nous, ils essayent de consommer quelques produits différemment et je trouve ça super.

Ce principe du drive, est-ce qu'il apporte ce petit plus en termes d'organisation selon vous qui peut faciliter aussi le passage à l'acte d'achat ?

Effectivement. Je peux parler aussi de mon expérience professionnelle je partais à 6h30 de la maison et je rentrais à 20h30 donc clairement pour aller dans une épicerie avec tous mes bocaux, les remplir et faire toute la démarche qui se trouve derrière c'était compliqué. Je pense qu'il y a un tas de personnes qui sont dans ce cas-là, il y a une notion du temps, ce n'est pas que de la volonté. Donc le drive permet de faire ses courses chez soi, de réfléchir, de faire ses menus à la semaine et d'acheter les produits en fonction de ce dont nous avons besoin, et il n'y a pas besoin de ramener avec soi un bocal précis parce que nous préparons la commande en amont. Chacun a la possibilité de choisir le créneau qui lui correspond pour le retrait sachant que nous restons flexibles, malgré les retards nous laissons le temps aux clients de venir. Donc pour moi le drive est complémentaire d'une épicerie.

Nous essayons de surveiller les prix, il y a des produits sur lesquels la marge est vraiment réduite pour essayer de les rendre accessibles car pour nous c'est important.

Pour nous, le principal c'est de rendre cela pratique. Outre l'alimentaire, nous avons des accessoires de couture, de beauté, nous avons 450 références et nous n'avons pas encore tout mais chacun peut réaliser la majorité de ses courses dans le drive.

Mais ce type de commerce reste inaccessible et cher pour certains clients...

C'est vrai que tout le monde ne peut pas venir chez nous, c'est évident et nous le savons bien. Pour ce qui est de notre drive en tout cas, nous essayons de surveiller les prix, il y a des produits sur lesquels la marge est vraiment réduite pour essayer de les rendre accessibles car pour nous c'est important. Par exemple, nous avons des coquillettes françaises qui ne sont particulièrement pas chères pour que ce soit un produit accessible et consommé. Mais vous avez raison, globalement ça reste plus cher que les courses réalisées dans un hard discount. Après ça n'empêche pas d'essayer certains produits, de tester. Il y a des clients qui font la majorité de leurs courses dans la grande distribution et qui viennent chez nous pour certains produits et je trouve ça déjà très bien. Mais je pense que nos prix restent relativement raisonnables notamment en ce qui concerne les fruits et légumes.

Certains ont vraiment le choix et malgré cela ils ne vont pas mettre de l'argent dans leur alimentation.

Il y a aussi des clés pour faire des économies et mettre plus de budget sur les produits alimentaires, nous savons que certains produits peuvent impacter la santé, et perdre en quantité en gaspillant etc. Vous avez des arguments à mettre en avant sur ces aspects ?

Oui, c'est évident. Chacun choisit aussi là où il a envie de dépenser son argent, certains ont vraiment le choix et malgré cela ils ne vont pas mettre de l'argent dans leur alimentation. Si vous consommez différemment c'est toute la chaîne de production, qu'elle soit alimentaire ou pas, qui est remise en cause. Par exemple, ne pas s'acheter un téléphone neuf tous les mois, favoriser du reconditionné, aussi ne pas s'acheter des plats préparés mais du fait maison, cela va coûter moins cher pour votre budget et votre santé parce que je pense que le junkfood, nous finirons par le payer tôt ou tard. Il y a des tas de manières pour s'organiser et de faire des économies là-dessus.

Une interview réalisée en partenariat avec France Inter. Pour écouter la chronique Social Lab :

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