Alors que l'assurance a longtemps joué le rôle d'amortisseur, elle se retrouve aujourd'hui débordée. En cause, la crise climatique qui accroît le nombre et l'intensité de catastrophes naturelles. Selon l'ONG Christian Aid, les dix cataclysmes les plus coûteux de 2025 ont provoqué 122 milliards de dollars (103 milliards d’euros) de dégâts. Un montant majeur, mais qui reste inférieur aux 200 milliards de dollars enregistrés en 2024.
Rien qu'en France, les montants des indemnités liées aux sinistres climatiques représentent 7,16 milliards d'euros par an sur la période 2022-2024. Un montant qui ne fait qu'augmenter d'année en année et qui pourrait bientôt devenir inassurable. Le changement climatique devient donc un risque financier majeur, impactant notamment le fonctionnement de l'économie mondiale : 80 % des entreprises ont subi des perturbations opérationnelles et 70 % des fermetures temporaires, selon une étude du MSCI Institute. Autre conséquence : une hausse de plus de 150 % des coûts d'assurance.
Des assureurs sous pression
Face à l'explosion du coût des dégâts, les assureurs durcissent leurs conditions et augmentent les primes. "On arrive aux limites du système, on ne peut pas tout répercuter sur les clients", déplore Régis Lemarchand, directeur général délégué de Generali France. En 2015, Henri de Castries, alors dirigeant d'AXA, avertissait déjà : "Un monde à + 2 °C pourrait être assurable, mais un monde à + 4 °C ne le serait certainement pas." Cette mise en garde résonne aujourd'hui avec une acuité particulière, alors que la trajectoire climatique reste incertaine.
Dans certains territoires, des assureurs commencent déjà à retirer ou à restreindre leur exposition face à des risques jugés trop importants. Une évolution qui fait craindre l'apparition de "zones blanches" de l'assurance. Dans ces territoires, les entreprises et les particuliers ne pourraient plus s'assurer efficacement. Pour redresser la barre, les assureurs misent donc sur l'adaptation pour préserver un système à bout de souffle face aux changements climatiques.
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Un secteur en pleine mutation
Dans ce contexte, des dispositifs émergent pour prévenir les dégâts. C'est par exemple le cas de Geoya, une initiative de plusieurs acteurs du secteur. D'un côté, des assureurs : Generali, MAIF et Société Générale Assurances. De l'autre, des spécialistes de l'expertise et de l'ingénierie des risques : Saretec et Sixense. Ensemble, ils développent des solutions visant à mieux anticiper les risques climatiques et à accompagner les assurés dans la prévention.
La coentreprise propose une gamme de diagnostics, d'outils et de services destinés aux particuliers comme aux professionnels, pour limiter l'exposition aux risques climatiques et réduire l'ampleur des dommages futurs. "Nous voulons intervenir avant le sinistre, pour en réduire le coût et mieux protéger nos clients", résume Hélène N'Diaye, de MAIF. À terme, c’est tout le modèle assurantiel qui pourrait basculer d'une logique de réparation vers une culture de prévention, devenue aujourd'hui indispensable.