Elle fait déjà ses preuves en Europe, et en France, industriels et citoyens se mobilisent. Il est temps que les pouvoirs publics fixent un cap clair pour la déployer à plus grande échelle.
Le jetable épuise nos ressources naturelles et nos finances publiques
Chaque année, la France produit près de 345 millions de tonnes de déchets, dont près de 2 millions de tonnes d’emballages plastiques. Or seuls 26 % de ces plastiques sont réellement recyclés ; le reste est enfoui, incinéré ou relâché dans la nature.
Ce modèle du "tout-jetable", longtemps perçu comme un symbole de modernité, révèle aujourd’hui ses limites : il épuise les ressources, fragilise la biodiversité et alourdit nos finances publiques alors même que ses conséquences sont connues depuis des années : écosystèmes dégradés, ressources halieutiques affaiblies, et surtout, risques accrus pour la santé humaine.
Cette pression écologique se double d’un coût économique considérable : la gestion des déchets mobilise près de 18 milliards d’euros par an pour les collectivités, tandis que le non-respect des objectifs européens nous expose à 1,6 milliard d’euros de sanctions.
Face à ce constat, un choix stratégique et durable s’impose : la consigne pour réemploi. Plus qu’un simple dispositif technique, cette solution réduit l’impact environnemental, renforce l’économie locale et consolide notre souveraineté nationale.
Créer des emplois : réindustrialiser peut être réemployer, pas forcément produire
La consigne pour réemploi repose sur un principe simple : réutiliser plutôt que produire à nouveau. Un contenant en verre, par exemple, peut être lavé et remis en circulation jusqu’à quarante fois, réduisant ainsi son empreinte carbone de près de 85 % par rapport à un emballage à usage unique.
Dans les pays où la consigne est généralisée - Allemagne, Danemark, Pays-Bas - les résultats parlent d’eux-mêmes : plus de 90 % des emballages consignés sont retournés, les déchets d’emballages ont chuté d’environ 40 %, et des milliers d’emplois locaux ont été créés dans le lavage, la logistique et la distribution. Selon l’ADEME, la filière du réemploi pourrait créer jusqu’à 500 000 nouveaux emplois à l’horizon 2030 dans l’Hexagone... à condition d’accélérer.
En France, plusieurs industriels majeurs ont déjà revu leurs offres, convaincus que la consigne dépasse le simple geste écologique. Parmi eux, Bonduelle, Nestlé, Lustucru ou encore Michel & Augustin ouvrent la voie à une nouvelle ère de responsabilité industrielle et territoriale.
Producteurs, distributeurs, collectivités et citoyens : toute une filière est en train de se structurer autour d’un objectif commun. Il est donc temps pour les pouvoirs publics d’accélérer le processus en faisant de la consigne une norme.
Pour un cadre réglementaire ambitieux et consensuel
Malgré l’existence de cadres (loi AGEC, règlement PPWR, projet ReUse) et d’un écosystème grandissant, la consigne est encore à l’aube de l’impact colossal qu’elle pourrait avoir sur nos modes de consommation. L’aspect technique étant désormais maîtrisé, l’enjeu est avant tout réglementaire et structurel.
Nous devons définir les conditions d’un déploiement coordonné, équitable et transparent sur l’ensemble du territoire. Cela suppose :
- la fixation d’un objectif national d’offre consignée accessible dans tous les points de vente ;
- la mise en place d’une obligation progressive de consigne sur les contenants de boissons,
- produits ménagers et d’hygiène, voire sur les produits d’épicerie ;
- des mécanismes de soutien à l’investissement pour les infrastructures de lavage, de collecte et de tri ;
- un bonus économique pour les industriels et fournisseurs qui s’engagent dans le réemploi,
- aider le consommateur à privilégier ce mode de consommation ;
- une harmonisation européenne des standards pour garantir la compatibilité des systèmes ;
- la création d’un observatoire public du réemploi, chargé de suivre les résultats et d’assurer la transparence.
Le meilleur déchet, c’est celui qu’on ne produit pas : aller au-delà du recyclage est donc essentiel si nous voulons obtenir des résultats tangibles. L’objectif de 30% de réemploi d’ici 2030 n’est atteignable qu’à condition qu’une filière industrielle, logistique, et de service se structure.
Par Charles Christory, PDG et cofondateur de Le Fourgon.