Il y a quelque chose d'épuisant dans le discours climatique dominant. Non pas parce qu'il serait faux (l'urgence est réelle, les données sont là), mais parce qu'il a fini par produire l'effet inverse de celui recherché : une partie croissante de la population décroche. Par mauvaise volonté pour certains, mais surtout par sentiment d’impuissance pour la majorité. Quand on répète à quelqu'un que le bateau coule, à un moment, il cesse de ramer. Selon une étude de la Fondation Descartes (1), plus de 10 % de la population ne croit pas au changement climatique, et 37 % pense qu’il n’est pas causé par l’activité humaine. Des chiffres en hausse par rapport à 2022.
Ne veut-on pas tous la même chose ? Respirer de l’air moins pollué, mieux manger, être en bonne santé, se déplacer facilement à pied ou à vélo (et en sécurité), ne pas connaître de catastrophes naturelles quasi quotidiennement…Et comment fait-on pour arrêter de croire que cela est inatteignable ?
Une transition est par définition un processus, un chemin entre deux états. Cela implique du temps, des étapes, des ajustements et soyons honnêtes, des erreurs en cours de route. Penser la transition comme un ultimatum est non seulement inexact, mais contre-productif. Ce n'est qu'en l'appréhendant comme une trajectoire, avec ses avancées et ses résistances, qu'on pourra embarquer ceux qui ne sont pas encore convaincus. L'écologie ne sera durable que si elle est populaire.
Il faut être clair : de nombreux défis restent à relever. Parmi eux : l’investissement.
Celle-ci reste malgré tout une préoccupation majeure des Français (2) comme des entreprises, qui ont bien compris que pour sauver leur business model, la transition écologique n’était pas optionnelle. D’ailleurs, malgré l’Omnibus, 90 % des entreprises sorties du périmètre de la CSRD prévoient de maintenir leur reporting (3). Ce qui lui est reproché, c’est que si l’intérêt pour l’information climatique demeure, elle manque cruellement de présenter des solutions concrètes.
Les "projets d’avenir" sont devenus des solutions du quotidien
Il faut être clair : de nombreux défis restent à relever. Parmi eux : l’investissement. En ce sens, la récente allocution du Premier Ministre français, qui souhaite "électrifier la France" et réinvestir massivement dans les énergies renouvelables est une bonne nouvelle, bien qu’elle soit une conséquence malheureuse de tensions géopolitiques. À l’avenir, espérons qu’elle soit une stratégie de souveraineté et d’indépendance assumée.
Longtemps présentées comme une utopie coûteuse, les énergies renouvelables sont désormais compétitives sur les marchés. Pour la première fois en 2025, l’éolien et le solaire ont produit 30 % de l’électricité de l’Union européenne tandis que les fossiles plafonnent à 29 % (4). Au-delà des deux renouvelables, de nouveaux process de production intéressants émergent. C’est le cas de l’électricité houlomotrice, produite à partir des vagues, que plusieurs entreprises françaises développent le long des côtes françaises, telle que Seaturns vers Bordeaux.
En parallèle, les mobilités décarbonées s’ancrent dans le quotidien, et 2025 a été une année charnière pour les véhicules électrifiés, avec 20 % de ventes en plus dans le monde (5). Electra, le champion national de la recharge électrique, a vu son chiffre d’affaires bondir de 74 % sur l’année. La guerre en Iran vient confirmer cette transition déjà engagée, avec la flambée des prix du pétrole.
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La rénovation énergétique est aussi devenue un axe structurant des politiques publiques et un levier industriel concret. L'économie circulaire crée des emplois, des filières, des territoires qui se réinventent : par exemple, la filière recyclage et réemploi devrait créer 32 000 postes dans les 8 ans à venir selon sa fédération. Et dans les entreprises, l'impact n'est plus un département annexe ou un rapport RSE oublié dans un tiroir : il entre dans les stratégies de développement, les critères d'investissement, les modèles économiques. Par exemple, la finance à impact est intégrée dans les stratégies d’investissement des acteurs financiers, comme elle est devenue accessible à chacun via des plateformes d’investissement responsables. L’impact n’est plus "à la marge".
L'écologie ne sera durable que si elle est populaire.
Alors que les preuves sont là pour cesser d’opposer économie et écologie, il est temps de conjuguer les projets durables au présent et non plus qu’au futur. L’enjeu n’est pas de minimiser ce qu’il reste à faire, il est colossal, mais de reconnaître ce qui a déjà été accompli : c’est de là que naît l’élan nécessaire pour la suite. Personne ne s’engage dans des causes perdues, mais beaucoup trouvent les ressources pour des causes qui avancent.
(1) Information climatique : évolution des perceptions des Français entre 2022 et 2025, Fondation Descartes
(2) Étude Ipsos pour Réseau Action Climat, octobre 2025
(3) Étude du cabinet osapiens, mars 2026
(4) European electricity review 2026, Ember Energy, janvier 2026
(5) Étude du cabinet Benchmark Minerals, janvier 2026
Par Arthur Auboeuf, auteur de "Le meilleur est avenir" et cofondateur de Team for The Planet, et Joseph Choueifaty, cofondateur de Goodvest