Longtemps synonyme de vacances au plus près de la nature, le camping se retrouve aujourd’hui particulièrement exposé à ses dérèglements. L’été 2026 en offre une nouvelle illustration : plusieurs établissements ont dû être évacués face aux incendies, du Sud-Ouest jusqu’au littoral du Pas-de-Calais, où plus d’un millier de vacanciers ont été contraints de quitter temporairement un camping de Camiers le 12 août.
Une situation qui pourrait devenir de moins en moins exceptionnelle à mesure que les fortes chaleurs et les sécheresses favorisent les conditions propices aux incendies. Mais le feu n’est qu’une partie du problème : inondations, submersions ou encore érosion côtière menacent également une activité dont l’implantation la place directement au contact des aléas climatiques.
Une proximité avec la nature devenue source de vulnérabilité
Forêts, bords de mer, rivières : les paysages qui ont fait le succès du camping sont aussi ceux qui concentrent une partie des risques. Cette proximité avec la nature reste pourtant au cœur de son attractivité. Selon une enquête Ifop publiée en 2025, 79 % des Français estiment que le camping permet de s’en rapprocher.
Sur les quelque 7 400 campings que compte la France, près de 2 000 se trouvent aujourd’hui dans des zones exposées aux inondations, incendies, submersions ou à l’érosion, selon un rapport de la Fédération nationale de l’hôtellerie de plein air (FNHPA). Ces établissements concentrent à eux seuls la moitié de la fréquentation du secteur. Un camping français sur quatre serait notamment exposé au risque d’inondation et un sur cinq aux feux de forêt.
"Les campings sont situés en forêt, en bord de mer ou au bord des rivières ; c’est pourquoi nous sommes directement touchés par les incendies", résumait auprès de Reuters Nicolas Dayot, président de la FNHPA, début août. Avant d’appeler le secteur à changer d’approche : "Nous devons trouver des solutions. Nous sommes au XXIe siècle, pas au XXe."
Je suis gérant depuis 2020 et j’ai connu des crues en 2021, 2023 et 2026. Mon prédécesseur était moins embêté. On voit qu’il y a une accélération du dérèglement climatique.
Surélever, déplacer, repenser
Pour les professionnels, l’adaptation commence déjà à modifier la physionomie des établissements. Dans les zones inondables, certains équipements sont surélevés ou installés sur pilotis, tandis que des hébergements sont conçus pour pouvoir être déplacés. Face aux incendies, la profession réfléchit également au débroussaillement, à l’accès aux réserves d’eau ou aux essences d’arbres à privilégier lors des replantations, rapporte Reuters.
À Chaniers, en Charente-Maritime, le camping Belle-Rivière a par exemple été progressivement réaménagé face aux crues : équipements surélevés, matériaux résistants à l’eau et hébergements pouvant être remorqués. Des transformations qui n’ont pas empêché de nouveaux dégâts lors des inondations de février 2026. "Je suis gérant depuis 2020 et j’ai connu des crues en 2021, 2023 et 2026. Mon prédécesseur était moins embêté. On voit qu’il y a une accélération du dérèglement climatique", témoignait Jean-Christophe Doreau dans La Gazette France.
À certains endroits, adapter les installations pourrait toutefois ne plus suffire. La FNHPA estime que 117 campings pourraient être menacés par le seul recul du trait de côte d’ici 2050. La fédération défend ainsi la possibilité de relocaliser certains établissements, une opération aujourd’hui difficile à mettre en œuvre en raison des contraintes réglementaires.
À cette vulnérabilité physique s’ajoute enfin une question économique. La multiplication des sinistres peut renchérir les franchises ou compliquer l’accès à l’assurance, alors que certaines évacuations en pleine saison entraînent également annulations et pertes d’exploitation.
Quand les vacanciers adaptent eux aussi leurs habitudes
Mais le changement climatique pourrait rebattre les cartes du camping d’une autre manière : en modifiant les destinations et les périodes choisies par les vacanciers. Une tendance commence à apparaître à l’échelle européenne, où les régions plus fraîches attirent davantage de vacanciers au cœur de l’été.
Pour les séjours prévus en juillet et août 2026, les réservations enregistrées par la plateforme PiNCAMP ont ainsi progressé de 15 % en Europe du Nord et de 6 % en Europe centrale par rapport à 2025, tandis qu’elles ont reculé de 2 % dans le sud du continent. Depuis 2023, la demande estivale à destination de la Scandinavie aurait même augmenté de 68 %, selon la plateforme.
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Un mouvement parfois qualifié de "coolcation", qui consiste à privilégier des destinations plus tempérées pour échapper aux fortes chaleurs. Il s’accompagne également d’un étalement des séjours en dehors de juillet et août. "L’Europe du Sud demeure la destination de rêve du tourisme de camping européen", nuance Oliver Grützner, directeur général de TCS Camping et membre du conseil consultatif de PiNCAMP. Mais, poursuit-il dans une analyse publiée par la plateforme, "la haute saison stagne, tandis que la demande se reporte de plus en plus souvent vers la basse saison ou vers des séjours dans son propre pays."
Le défi dépasse donc désormais la seule protection des établissements face aux incendies ou aux inondations. À mesure que les conditions climatiques évoluent, c’est progressivement toute la carte du camping qui pourrait être redessinée : la manière d’aménager les sites, leur localisation, mais aussi les périodes et les régions dans lesquelles les vacanciers choisissent de planter leur tente.