15,1 millions de personnes présentent désormais un niveau moyen ou fort d’éco-anxiété, soit plus d’un Français sur trois.
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Société

L’éco-anxiété touche désormais plus d’un Français sur trois

Canicules, sécheresse, incendies… Face à des bouleversements environnementaux de plus en plus tangibles, l’inquiétude progresse dans la population française. Plus de 15 millions de personnes sont désormais concernées à un niveau élevé, avec une hausse particulièrement marquée chez les jeunes.

Après un été 2026 marqué par les manifestations du changement climatique, les conséquences se mesurent aussi sur le moral des Français. Selon les chiffres publiés jeudi 3 septembre par l’Observatoire de l’éco-anxiété (Obseca), 15,1 millions de personnes présentent désormais un niveau moyen ou fort d’éco-anxiété, soit plus d’un Français sur trois. Elles étaient 12,5 millions en 2024 : en deux ans, 2,6 millions de personnes supplémentaires ont basculé dans ces catégories, soit une hausse de 20 %.

Derrière ce terme se cache une inquiétude liée aux bouleversements environnementaux présents ou à venir, qui peut parfois prendre la forme d’une véritable angoisse. Pour autant, il ne s’agit pas en soi d’une pathologie. "Ce n'est pas une maladie, mais elle peut rendre malade si elle perdure", rappelle à France 3 Pierre-Éric Sutter, psychologue et fondateur de l’Obseca.

Un été qui a pesé sur les esprits

Difficile, toutefois, de détacher cette progression du contexte dans lequel elle a été mesurée. La dernière vague de l’enquête, menée auprès des 15-64 ans, s’est déroulée du 17 au 24 juillet, en plein troisième pic de canicule. Les répondants qui subissaient directement les fortes chaleurs affichaient alors un niveau d’éco-anxiété supérieur de 18,1 % à celui des autres personnes interrogées.

Les craintes exprimées font d’ailleurs écho aux événements qui ont rythmé ces derniers mois. Les incendies arrivent en tête des catastrophes suscitant le plus d’appréhension, avec 47 % des répondants se disant très inquiets, devant les canicules (44 %) et la sécheresse (39 %).

Cette préoccupation semble également s’être diffusée sur l’ensemble du territoire. En 2024, les habitants de la région parisienne affichaient encore un score significativement supérieur à ceux des régions les moins touchées. Deux ans plus tard, ces différences géographiques se sont effacées. Même évolution entre les sexes : l’écart global entre femmes et hommes n’apparaît plus, même si ces derniers restent surreprésentés parmi les situations les plus sévères.

Les jeunes particulièrement touchés

L’âge continue en revanche de faire apparaître de fortes disparités. Les 15-24 ans constituent aujourd’hui la tranche la plus concernée, significativement davantage que les 35-64 ans.

Pour cette génération, le dérèglement climatique n’est plus seulement une menace projetée dans plusieurs décennies. Pema, jeune Ardéchoise interrogée par France 3, raconte voir le manque d’eau s’installer de plus en plus tôt, les hivers perdre leur neige et les insectes comme les oiseaux se raréfier. Au fil des années, cette accumulation a fini par peser lourdement sur son quotidien. "J’ai fait des crises d'angoisse, j'ai fini en larmes" , confie-t-elle. 

Chez d’autres, ce rapport au climat rebat les cartes de l’avenir. Jade, journaliste à Rennes, explique par exemple avoir renoncé à son projet d’avoir des enfants : "Je ne vois pas quel avenir on peut leur offrir." À 24 ans, Antonin tente de son côté de faire de ses préoccupations un moteur professionnel. Devenu architecte spécialisé dans la rénovation, il souhaite travailler sur l’adaptation du bâti existant aux nouvelles conditions climatiques.

De la peur à l’action

Car cette anxiété n’aboutit pas nécessairement à la paralysie. L’Ademe emploie d’ailleurs le terme d’"éco-clairvoyants" pour qualifier ceux qui ont conscience des risques à venir, mais également des transformations à engager pour mieux y faire face.

Une dynamique qu’Antonin connaît bien. Après une période de résignation et un burn-out militant, le jeune homme s’investit désormais dans des actions collectives et réfléchit avec ses proches à d’autres manières de concevoir l’habitat. "On peut changer notre habitat, ne plus construire en béton, s'inspirer des autres méthodes", avance-t-il.

Pour Pierre-Éric Sutter, cette capacité à retrouver une prise sur les événements constitue justement l’une des pistes pour ne pas se laisser submerger. Le psychologue parle d’"espérance active" : agir à son niveau, mais aussi collectivement, tout en continuant à vivre avec la conscience des transformations en cours.

À mesure que le changement climatique devient plus tangible dans le quotidien, l’enjeu pourrait donc être moins de faire disparaître la peur que d’éviter qu’elle ne conduise à l’impuissance.