Face aux fortes chaleurs, les vacanciers se tournent davantage vers les destinations réputées plus fraîches.
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Société

"Capri, c'est fini" : les vacances au frais vont-elles changer la donne touristique ?

Recherche 25°C en plein soleil, courants d'air bienvenus: face aux fortes chaleurs, les vacanciers se tournent davantage vers les destinations réputées plus fraîches. Mais cette tendance est-elle suffisante pour modifier durablement la géographie du tourisme mondial ?

"Les visiteurs que j'ai reçus cette année m'ont dit qu'ils venaient échapper aux grandes chaleurs du sud de l'Europe", explique à l'AFP Terje Viblom Pedersen, guide touristique qui propose des expéditions dans le sud-est de la Suède.

Les touristes sont "émerveillés quand ils arrivent ici", décrit-il, dépeignant des températures maximales sous les 30°C. "Quand je leur dis que nous sommes en pleine haute saison estivale, ils sont surpris", car "il y a beaucoup de place et l'ambiance est détendue".

Dans la vieille ville de Stockholm, juste avant la pluie, un couple de touristes français se réjouit lui aussi. Daniel et Florence Gastaldi, retraités depuis peu, avaient réservé leur voyage au printemps, avant les fortes chaleurs. Pour autant, "étant Marseillais, nous sommes bien contents de trouver la fraîcheur ici", disent-ils.

La tendance des "coolcations", un concept né de la contraction entre cool (frais) et vacations (vacances), semble s'affirmer d'année en année.

En France, "des villes comme Saint-Claude dans le Haut-Jura (dans l'est du pays, NDLR) ont connu une fréquentation touristique beaucoup plus importante en juillet que les années précédentes", explique Jean-Pascal Chopard, directeur de Jura Tourisme. "Parce qu'en altitude, il y a un net rafraîchissement le soir et la nuit, ce qui rend les séjours beaucoup plus vivables."

En Normandie aussi, cet effet se fait sentir. "Il y a toujours eu une certaine habitude à quitter Paris le week-end pour venir sur la côte calvadosienne dès lors qu'il fait chaud (...) . Et on a une fréquentation qui, à la journée, s'est densifiée" lors des épisodes caniculaires, abonde Karl Joly, directeur de Calvados Attractivité.

Lorsque l'on sue à grosses gouttes, d'autres pays que le pourtour méditerranéen font rêver. Sur la plateforme française du site Hotels.com, les recherches de réservation pour Copenhague, au Danemark, ont ainsi bondi de 246% depuis l'arrivée de la première canicule de mai, et celles pour Dublin en Irlande de 151%.

Le Sud reste prisé

Une évolution qui se retrouve aux Etats-Unis, témoigne Jonna Robertson, conseillère en voyages chez Fora Travel. Selon les données de cette start-up américaine spécialisée dans le voyage, "Oslo a enregistré une croissance des réservations de 154% sur un an, Helsinki 124%", tandis que l'Alaska (Etats-Unis) ou la Patagonie (Argentine) pourraient aussi en profiter, explique la spécialiste, fondatrice de Coolcation Adventures.

Cet engouement peut-il pour autant modifier la géographie du tourisme international? Car le sud de l'Europe, moins cher que le nord, reste en tête des destinations prisées. "Tous les pays d'Europe ont enregistré une augmentation des arrivées de touristes et il n'y a aucune tendance discernable qui soit liée à la chaleur", estime le professeur suédois Stefan Gossling, spécialiste du tourisme.

"La température est un aspect que les gens prennent en compte lorsqu'ils partent en vacances. Mais il y a beaucoup d'autres éléments. L'Italie n'est pas le Danemark en termes de culture, d'environnement, de prix. Tout cela fait que les gens ne changent pas facilement de destination lorsqu'ils en ont une prédilection", ajoute-t-il.

L'agence de promotion du tourisme norvégien confirme: "Nos récentes enquêtes auprès des visiteurs montrent qu'environ un touriste étranger sur cinq considère que des températures estivales plus fraîches font partie des raisons de choisir la Norvège." Mais, rappelle-t-elle, "le climat n'est qu'un des nombreux facteurs qui influencent les décisions de voyage", auquel s'ajoutent la sécurité, la nature, l'accessibilité, les liaisons aériennes ou les taux de change...

Les chiffres de fréquentation continuent d'ailleurs de montrer l'importance des pays chauds. La Grèce a par exemple connu l'an dernier sa meilleure année en nombre de visiteurs, tout comme l'Espagne.

Pour ce pays, les dépenses des touristes locaux et étrangers ont déjà augmenté de plus de 8% au deuxième trimestre 2026, selon des données publiées par l'organisation Exceltur, qui regroupe les principales entreprises touristiques espagnoles.

Jonna Robertson table, elle, sur une redistribution saisonnière et des départs dans les pays plus chauds au printemps ou à l'automne, pour éviter à la fois le surtourisme et des températures épuisantes.

Avec AFP.