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Greenflation : coût juste ou obstacle ?

©DR_Pixabay/Pexels

La hausse de l’inflation a une nouvelle fois soulevé la question des coûts et des avantages liés à la lutte contre le changement climatique. Les consommateurs, les entreprises, les investisseurs et les gouvernements évaluent actuellement les avantages et les inconvénients de payer plus aujourd’hui pour un avenir plus durable. Alors que les débats font rage, on ne peut éluder le fait qu’en voulant éviter les coûts de l’action, ceux de l’inaction s’avéreraient bien plus élevés, tant sur le plan humain que financier.

Le dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), qui a fourni au fil des ans des preuves concluantes que le changement climatique est la cause d’événements plus extrêmes, a souligné l’urgence de réduire drastiquement nos émissions de gaz à effet de serre. Pour ce faire, il faudrait opérer une transition des combustibles fossiles vers des sources d’énergie renouvelables, et vers une économie basée sur les matériaux s’appuyant sur un modèle circulaire. Et ce changement devra non seulement impliquer tous les secteurs, mais il faudra que cela se produise très rapidement.

Au cours de l’année écoulée, alors que l’inflation s’est accélérée, les experts du marché ont tenté de savoir à quel point celle-ci était due aux dépenses d’un monde plus « vert ». Différents moteurs d’inflation ont été pris en compte et évalués, et les termes « greenflation » (inflation verte) et « greenium » (prime verte) ont été évoqués à maintes reprises. Des questions ont été posées sur le prix que nous sommes censés payer pour la transition vers une économie différente, plus durable, et un nouveau mode de vie. Et si ce coût était trop élevé.

De quoi s’agit-il ?

Pour citer Bill Gates dans son récent livre « Climat : comment éviter un désastre », la prime verte (ou « greenium » dans sa forme abrégée) est « [la] différence de coût entre un produit qui émet du carbone et un produit alternatif qui n’en émet pas ». La théorie veut que la transition du charbon, du pétrole et du gaz (combustibles fossiles) vers les énergies renouvelables, le déploiement des véhicules électriques, et des trains et navires à hydrogène, ainsi que les nouveaux types d’isolation des bâtiments, entraînent des coûts importants. Selon cette école de pensée, ces dépenses supplémentaires visant à atteindre des objectifs de neutralité carbone devraient provoquer une hausse de l’inflation.

La greenflation est-elle responsable de la hausse actuelle de l’inflation ?

Il s’agit certes d’une question complexe, mais la « greenflation » n’en est pas le principal moteur.

Les perturbations des chaînes d’approvisionnement dues à la pandémie de COVID ont fait grimper les prix des matières premières et de nombreux biens de consommation. Bien qu’il soit difficile de prédire la trajectoire de l’inflation compte tenu de l’incertitude entourant l’évolution de la pandémie de COVID-19, nous pensons que l’inflation devrait diminuer à mesure que les goulets d’étranglement de l’offre disparaîtront progressivement, que les marchés physiques ainsi que l’offre et la demande s’adapteront, et que les prix baisseront pour refléter cette évolution.

Si l’on considère une perspective à plus long terme de la transition énergétique, elle impliquera inévitablement des pics des prix de certaines matières premières. Ceux-ci peuvent concerner des matériaux rares requis pour divers équipements, machines et infrastructures nécessaires à l’électrification de l’économie. Ce type d’inflation devrait être fondamentalement dû à des problèmes de « démarrage », car la transition vers une économie plus circulaire et économe en énergie risque d’être difficile en raison des contraintes de temps.

Pourquoi ? Si la réglementation et la politique environnementales sont planifiées et communiquées de manière appropriée bien avant leur mise en œuvre, nous ne nous attendons pas à ce que ces perturbations aient un impact durable sur les prix des matières premières et des produits finis dans leur ensemble. Il est important de noter que ces évolutions sont relatives, si bien que la demande d’une matière première peut avoir un impact négatif sur les prix des autres. La flambée des prix du cuivre s’explique par une tendance nette en faveur de l’électrification. Cette même tendance fait entrevoir des effets négatifs à long terme pour le pétrole.

Toutefois, il est devenu évident, en particulier lors de la COP26 qui s’est tenue à Glasgow, que jusqu’à présent, les gouvernements et les entreprises n’ont pas avancé assez vite. Et si nous devons rattraper notre retard, nous n’aurons pas le temps d’attendre que l’offre des matières premières augmente pour pouvoir répondre efficacement à notre demande, ni que tout le monde se mette d’accord sur une feuille de route, ni que les législateurs et les régulateurs proposent un cadre soigneusement pondéré couvrant tous les aspects de la nouvelle économie. Le monde devra évoluer rapidement pour prévenir les changements climatiques avant qu’ils ne deviennent vraiment catastrophiques et irréversibles. Et cela signifie que nous devrons revoir nos attentes quant à notre confort lors de ce parcours.

Quelle est l’alternative ?

Les coûts de l’inaction retomberont principalement sur la prochaine génération, mais ils sont difficiles à envisager. En partie parce que le changement climatique aura inévitablement un coût humain élevé. Aujourd’hui déjà, les événements climatiques extrêmes ont un coût financier et économique énorme pour les gouvernements du monde entier. Ces dernières années, nous avons déjà été témoins de quelques-uns des pires exemples en Californie, en Australie, au Canada, en Alaska et nous avons très récemment pu constater le résultat des tornades meurtrières qui ont traversé les États-Unis. Les coûts de ces événements se chiffrent déjà à des centaines de milliards de dollars, assurés et non assurés.

Les scénarios les plus pessimistes prévoient notamment que de très vastes parties de notre planète deviendront inhabitables en raison de la chaleur et de la destruction de la flore et de la faune. Cela devrait se traduire par une immigration massive de ceux qui parviendront à survivre vers des « zones sûres » déjà surpeuplées, ce qui signifierait davantage de conflits, de guerres et de destruction.

La route vers la neutralité carbone est-elle uniquement pavée de coûts ?

Malgré tous les défis à venir, si nous agissons à temps, nous ne devons pas oublier que le passage à une économie circulaire et plus économe en énergie créera un large éventail d’évolutions positives.

Elles engloberont la réglementation, les tendances sociétales et les changements de comportement des consommateurs, présenteront des opportunités d’investissement évidentes à long terme pour les gérants de portefeuille et auront de nombreuses ramifications positives dans tous les secteurs de l’économie mondiale.

La greenflation est-elle si inévitable ?

L’exemple des énergies renouvelables nous fait sérieusement douter que la « greenflation » devienne un défi insoluble. Lorsque, dans les années qui ont suivi la crise financière mondiale, des institutions comme l’Agence internationale de l’énergie (AIE) ont présenté leurs prévisions pour que les énergies renouvelables atteignent la parité réseau, leur évaluation pointait vers 2025-2030. Cependant, la réalité s’est avérée bien différente. Dans de nombreuses régions du monde, les énergies renouvelables ont atteint la parité réseau à peine cinq ans plus tard. En effet, les incitations des gouvernements ont permis une mise à niveau rapide - alors que le changement a eu un impact sur les prix des combustibles fossiles et a fait grimper l’inflation dans certaines parties de l’économie, dans d’autres, il a entraîné une baisse de l’inflation. Et le résultat global peut facilement être une absence totale de hausse de l’inflation.

Wim Van Hyfte, Global Head of ESG Investments and Research