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Les produits financiers au défi de la transparence

Jean-Guillaume Péladan, Directeur de la Stratégie Environnement chez Sycomore AM.
D.R

La transparence accrue des produits financiers est une étape fondamentale pour la crédibilité du secteur et la bonne information des investisseurs, analyse Jean-Guillaume Péladan, gérant et responsable de la stratégie environnementale chez Sycomore AM.

Les citoyens sont de plus en plus exigeants en matière de transparence des produits qu'ils consomment, où en est-on pour le secteur financier ? 

Aujourd’hui, la transparence des produits financiers est encore clairement insuffisante. On observe un décalage considérable entre le monde de la consommation courante, où les consommateurs sont habitués depuis plusieurs décennies à des labels verts, éthiques ou responsables et celui de la finance, qui pâtît d’un retard en termes de vulgarisation et de simplification de l’information.

Comment combler ce retard ? 

La réglementation, si elle est bien faite et bien appliquée, est un levier fondamental pour inciter à plus de transparence. Au niveau européen, les règlements SFDR (Sustainable Finance Disclosure Regulation) et CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive) notamment, vont introduire de nouvelles obligations pour les acteurs financiers et les entreprises. En France, nous avions déjà pris de l’avance sur le sujet avec l’article 173 de la loi sur la transition énergétique de 2015, remplacé en 2019 par l’article 29 de la loi énergie climat. Ce nouveau texte, qui rentrera en application en 2022, est très ambitieux, avec des obligations de transparence incluant notamment de manière explicite les impacts sur la biodiversité, jusque-là en retrait. Toujours en France, l’Autorité des Marchés Financiers semble avoir pleinement saisi son rôle de gendarme, en témoigne sa doctrine publiée en mars 2020 avec des recommandations clairement destinées à lutter contre le greenwashing.

La France et l’Europe sont en position de leadership sur ces questions, mais on peut également observer une tendance à l’échelle internationale incarnée par la TCFD (Task force on Climate-related Financial Disclosures) et le projet de TNFD (Task force on Nature-related Financial Disclosures). Si elles relèvent de la soft law, ses recommandations fournissent un cadre qui s’est imposé mondialement pour introduire notamment le risque climatique et sa mesure explicite dans les métiers de la gestion. Au-delà de la réglementation, les labels ont également un rôle essentiel à jouer pour l’information du grand public, puisqu’ils permettent de véhiculer une information synthétique et claire aux clients finaux, à condition bien sûr qu’ils soient de qualité.

Cette transparence accrue est-elle aussi une réponse au greenwashing ? 

Effectivement, on constate ces dernières années une inflation de l’ESG washing. Ce phénomène n’a rien de nouveau : dans tous les domaines, la publicité façonne souvent une perception des services et produits proposés qui diffère de la réalité scientifique de leurs impacts environnementaux et sociaux. La finance ne fait pas exception à la règle. Pourtant, il est essentiel que les épargnants et les investisseurs puissent discerner les produits financiers ayant un impact réel : c’est avec plus de transparence qu’on leur permettra d’effectuer ce tri.

Ces différentes initiatives réglementaires sont-elles suffisantes ? 

Il est avant tout essentiel que les textes existants soient clairs, compris et respectés. Il s’agit déjà d’un énorme chantier. Si nous atteignons le niveau d’ambition de l’article 29 par exemple, nous aurons déjà franchi une étape-clé.

Mais au-delà de la réglementation, il est important que les acteurs du marché eux-mêmes créent et proposent de "vrais" produits responsables tout en satisfaisant les obligations de transparence sur les impacts afin de répondre aux attentes grandissantes des clients. Aujourd’hui, tous les sondages montrent qu’il y a une vraie demande pour des produits durables de la part des épargnants qui reste insatisfaite.

Le sens de l’histoire est d’aller vers un degré de transparence beaucoup plus poussé : sans transparence, il n’y a pas de comparabilité possible, ni de confiance. Chez Sycomore AM, c’est un pari que nous avons fait et qui se révèle payant, puisque nous constatons que les fonds thématiques labellisés, les plus transparents et avec des contributions mesurées grâce à des méthodologies propriétaires développées avec des experts des sujets environnementaux et sociaux, comme I Care & Consult, Quantis ou The Good Economy, sont ceux qui collectent le plus.

Il ne peut pas y avoir authenticité d’impact sans transparence.

Le secteur financier souffre encoure souvent d'une mauvaise image aux yeux du grand public, pourtant son rôle est essentiel dans la transition...

Un monde aligné sur l’objectif de maintien de la hausse de la température mondiale sous la barre des + 1,5 °C est un monde radicalement différent du nôtre. Pour y parvenir, la société devra mobiliser l’ensemble de ses acteurs et réaliser des investissements considérables à la fois pour organiser la décroissance des activités qui nous mènent droit dans le mur et pour financer les métiers alignés avec une transition juste.

La finance est un outil incontournable pour la transition, d’où l’urgence qu’elle aussi opère sa transformation. Aujourd’hui et malgré le greenwashing ambiant, on observe des signes forts d’amélioration et sa mobilisation paraît plus importante et plus sincère qu’il y a quelques années.

 

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