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En bref

Le label ISR veut se fortifier pour gagner en visibilité

© Cinemanikor / Shutterstock

Qu'est-ce qu'un "investissement responsable"? Le principal label français, l'ISR, bien ancré parmi les gérants d'actifs, mais méconnu du grand public, veut renforcer ses critères pour corriger des incohérences et gagner en visibilité.

Lancé officiellement en 2016, le label "Investissement socialement responsable" (ISR), promu par Bercy, est la référence dans la finance durable française. Son but est de mieux recenser les fonds qui prennent en compte l'environnement ou les aspects sociétaux dans leurs placements, au-delà des critères purement financiers. Il a homologué 1.072 fonds au 30 septembre 2022, dans des types d'investissements divers: actions, dettes, immobilier, monétaire... Mais selon un sondage Ifop pour le Forum de l'investissement responsable (FIR) , basé sur un échantillon représentatif de 1.001 personnes, seul un Français sur sept (16%) connaît l'ISR, à peine plus qu'en 2018 (14%).

Il est temps de "rendre ce label plus visible pour les épargnants", insiste la présidente du FIR Nathalie Lhayani. Le label a déjà trouvé sa place parmi les gérants financiers. D'après le panorama des labels européens de la finance durable du spécialiste du secteur Novethic, publié en mai, l'ISR était, de loin, la marque durable la plus apposée sur les fonds en Europe. Mais ce succès pose aussi la question de la sélectivité du label, à ce jour "loin de la réglementation européenne", selon Novethic. En juillet, le comité du label ISR reconnaissait "certaines faiblesses du référentiel", utilisées "pour flirter avec l'écoblanchiment" ou "greenwashing".

Sa gouvernance avait changé en octobre 2021 alors qu'il était critiqué pour "ne être pas assez sélectif, connu du grand public et exigeant", expliquait au cours d'une conférence fin septembre Pascale Baussant, conseillère en gestion du patrimoine et un des treize membres du comité.

Pas un label vert

Dans la famille nombreuse des labels durables, l'ISR est l'un des moins exigeants sur la composante environnement, l'un des trois piliers avec la dimension sociale et les aspects de gouvernance qui forment ensemble l'acronyme ESG. Il est l'un des seuls en Europe à n'utiliser aucun filtre d'exclusion de secteurs parmi les plus polluants, comme le charbon ou les hydrocarbures non conventionnels.

Pour qu'un fonds soit approuvé ISR, il faut qu'il sélectionne ses investissements parmi les 80% considérés comme les plus responsables de son "univers d'investissement initial" et qu'il s'inscrive dans une "perspective de long terme". Il n'est donc pas rare que les fonds ISR fassent la part belle à des entreprises dont les activités ont d'importantes conséquences sur le changement climatique, comme TotalEnergies ou les banques qui financent des entreprises continuant l'exploration de matières fossiles.

La philosophie du label est surtout d'aller "vers la sortie des énergies fossiles en obligeant les fonds à avoir une trajectoire" en ce sens, mais sans imposer de politiques d'exclusion trop strictes, défend Michèle Pappalardo, la présidente du comité du label, interrogée par l'AFP.

"Colorations"

Le label a pourtant amorcé un premier virage en envisageant un certain nombre d'exclusions comme celle du charbon. Il souhaiterait aussi mettre en place des "niveaux planchers" à atteindre sur les trois piliers de l'ESG pour qu'un fonds soit certifié. L'Alliance contre le tabac s'est indignée que cette industrie ne soit pas citée parmi les secteurs à rejeter, mais, dans la nouvelle structure ISR, la logique d'exclusion ne sera pas limitée au climat, a assuré Michèle Pappalardo.

Plusieurs acteurs de la finance poussent aussi pour établir différents degrés d'exigence. "Une approche monolithique nuit à la crédibilité du label", a estimé la Banque Postale AM, dont 100% des fonds sont approuvés par l'ISR, dans sa réponse aux propositions d'orientation. Elle souhaite un "label à colorations" avec "un socle complémentaire et optionnel", pour reconnaître des fonds ayant "un niveau d'exigence plus élevé".

Le label doit présenter son projet au ministère des Finances pour approbation dans les prochains jours et espère publier son référentiel d'ici début 2023. "Le sujet est récent et évolue vite", souligne Mme Pappalardo, qui estime que des "ajustements" pourraient être encore pratiqués dans la version révisée, deux ans après sa mise en place.

Avec AFP.