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Performance extra-financière : l’ISR à l’heure du crash test (1/2)

©Thaiview/Shuterstock

Les beaux discours ne suffiront pas. Face à un régulateur de plus en plus insistant et à des investisseurs en demande de preuves tangibles, les acteurs de le l'investissement socialement responsable sont dans la nécessité de prouver l'impact réel des fonds dits responsables sur l'environnement et la société. 

Les investisseurs ont faim de placements verts, et cet appétit se traduit largement dans les chiffres. Avec plus de 1000 milliards d’euros d’actifs sous gestion fin 2017, l’investissement responsable représente désormais près du tiers des encours sous gestion dans l’Hexagone, selon les données de l’AFG. Mieux, les fonds se réclamant de l’investissement socialement responsable (ISR), plus exigeant, pèsent à eux seuls quelque 300 milliards d’euros, et affichent une croissance bien supérieure à celle de leurs homologues conventionnels ces dernières années.

Une dynamique largement portée par la demande des investisseurs institutionnels, assujettis depuis 2015 au fameux article 173 de la loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte (TEE), qui les soumet à des obligations de transparence sur la prise en compte des critères ESG dans leurs politiques d’investissements et sur les moyens déployés pour contribuer à la transition verte.

Si elle se traduit encore mal dans leurs choix de placements, l’attente des particuliers en matière de produits financiers responsables est également élevée, viennent régulièrement souligner différents sondages sur la question. Selon une enquête de Deloitte pour CPR AM publiée récemment, la majorité des épargnants français souhaiteraient ainsi que les enjeux de développement durable soient aujourd’hui obligatoirement inclus dans les produits d’épargne.

Et le marché ne s’y trompe pas, répondant à ces sollicitations via la commercialisation de produits toujours plus nombreux, si bien qu’il ne se passe désormais plus une semaine sans qu’une annonce d’envergure sur le lancement d’un nouveau fonds « à impact » ou le passage d’une maison au « tout ESG » ait lieu.

Crédibilité, régulation et...business

D’où la nécessité impérieuse pour les acteurs de l’ISR, toujours exposés à la méfiance du greenwashing, de prouver que leurs fonds étiquetés verts présentent une valeur ajoutée bien réelle et ne soient pas de simples outils marketing, sous peine d’y perdre en crédibilité et en légitimité. Et plus largement de rater le grand rendez-vous du financement de la transition écologique, qui demande une forte mobilisation des capitaux privés.

Maintenant que la question de sa rentabilité, longtemps suspectée d’être moins bonne que celle de l’investissement classique, semble (quasi) définitivement évacuée, c’est ainsi la notion de performance extra-financière de l’ISR qui cristallise toutes les attentions : Quel est l’impact réel d’un investissement déclaré socialement responsable sur l’environnement et la société ? Et comment rendre compte de cette contribution, positive ou négative, de façon lisible et pertinente ?

Pour la finance durable, l’enjeu est multiple. D’un point de vue commercial, il en va par exemple de la possibilité pour les investisseurs de comparer les fonds entre eux en fonction de leurs convictions et de leurs stratégies ESG, et donc de séparer le bon grain de l’ivraie. Chez les institutionnels, les obligations induites par l’article 173 poussent d’ailleurs bien en ce sens, ces derniers devant identifier des indicateurs concrets pour prouver leurs bonnes intentions.

La mise en place systématique de tels outils pourrait également être de nature à renforcer l’adhésion de la clientèle particulière à ces produits, alors qu’une étude de Natixis IM montrait il y a quelques semaines que plus de deux tiers des CGPI sondés seraient plus enclins à recommander des placements ESG s’ils disposaient de données et de rapports de meilleure qualité. Plus largement, les nouvelles attentes sociétales, qui se traduisent en particulier par des choix de consommation de plus en plus tournés vers des produits et services catalogués « responsables », ou encore par la mauvaise presse faite aux entreprises au centre de controverses constituent des facteurs incitatifs importants en faveur du développement de politiques ESG performantes et transparentes. En France, les labels publics ISR et TEEC, gages de visibilité et d'un certain niveau d'exigence vis-à-vis des compositions de portefeuilles, demandent d'ailleurs aux fonds labellisés de mettre en évidence leurs impacts ESG.

Dans un tel contexte, les sociétés de gestion, également soumises aux obligations de l’article 173, ont donc tout intérêt à mettre en place des méthodologies de mesure de performance ESG solides pour légitimer la valeur de leurs process, d’autant que la pression du régulateur va grandissante à la fois en Europe et dans l’Hexagone où l’AMF, via la loi Pacte, s’est vu doter dernièrement de responsabilités élargies. Le gendarme boursier, qui pointait déjà en 2015 les enjeux de clarté de l’information et les risques de greenswahing liés à l’ISR, devra ainsi désormais veiller « à la qualité de l’information fournie par les sociétés de gestion pour la gestion de placements collectifs sur leur stratégie d’investissement et leur gestion des risques liés aux effets du changement climatique ».

Question de réglementation donc, mais également de business, à l’heure où la matérialité financière de l’ESG revient régulièrement parmi les arguments en faveur d’une prise en compte systématique de ces critères dans les décisions d’investissements.

Retrouvez l'intégralité du deuxième numéro d'Investir Durable, le magazine de la finance durable. 

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