Finance

Français et investissement responsable : la flamme tarde à prendre

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Si les épargnants français sont une majorité à déclarer accorder une place importante aux impacts écologiques et sociétaux dans leur épargne, ils sont encore peu à se diriger vers les produits d'investissement responsable, selon une enquête de Deloitte pour CPR AM. La faute en particulier à une information insuffisante. 

Lame de fond, raz-de-marée, déferlante... Les analogies ne manquent pas de la part des acteurs financiers lorsqu'il s'agit de qualifier la dynamique qui anime, depuis plusieurs années, l'investissement responsable (IR), dont les actifs sous gestion ont dépassé l'an dernier les 30 000 milliards de dollars au global, soit une progression de 34 % sur deux ans. Sur le seul marché français, les encours des 488 fonds se réclamant de cette thématique recensés par Novethic ont augmenté de 11 % entre 2017 et 2018 pour atteindre 149 milliards d'euros, quand l'ensemble du secteur de la gestion a reculé de 6 % sur la même période. 

Pourtant, une catégorie d'investisseurs échappe encore et toujours à cette tendance, illustre une nouvelle enquête sur les Français et l’investissement responsable menée par le cabinet Deloitte (avec OpinionWay et Spoking Polls) pour CPR AM auprès d'épargnants et de conseillers financiers : alors que 66 % d'entre eux estiment que les produits IR sont de nature à renforcer leur confiance dans la gestion de leur épargne, seuls 21 % des épargnants français déclarent avoir déjà investi dans des fonds IR. 

Ce n'est pourtant pas l'intérêt pour le sujet qui manque : selon l'étude, 57 % des sondés souhaitent que les enjeux de développement durable soient obligatoirement inclus dans les produits d’épargne, avec une préférence pour les thématiques du respect et de la protection de l'environnement (56 %), de l'emploi (50 %), de l'éducation (48%) et du respect des droits de l'homme (47 %). 

Conseillers et épargnants, dialogue de sourds ? 

Mais alors comment expliquer le contraste entre les aspirations affichées en matière de finance responsable par les panélistes et la rareté du passage à l'acte ? Principalement par le manque d'information, avancent 38 % des sondés, alors que le jargon et la multitude d'approches propres à l'IR restent difficilement compréhensibles pour le grand public. Pour 61 % de l'échantillon, le développement de labels serait d'ailleurs un levier possible pour inciter à investir dans des fonds IR. 

Egalement pointé du doigt, le défaut d'offre de la part des intermédiaires financiers apparaît comme l'autre grand frein à l'investissement dans les produits IR. Sur les 55 % d'épargnants s'appuyant sur un conseiller pour leurs décisions d'investissement, seuls 12 % se sont ainsi vus proposer ce type de produits. 

Du côté des conseillers (en banque privée et CGP) pourtant, 89 % déclarent connaître un peu ou très bien l'investissement responsable (contre 36 % chez les épargnants) et 77 % annoncent avoir déjà proposé des produits IR à leurs clients, sous forme principalement de fonds thématiques et de fonds à impact, dont les stratégies sont plus lisibles pour les particuliers.

Défaut de pédagogie 

Problème, ces produits semblent souffrir aujourd'hui d'un manque de légitimité auprès des intermédiaires, pour qui ils représentent avant tout, dans les modèles d'allocation, des opportunités de diversification (49 %) voire une réponse à un effet de mode (40 %). Seuls 31 % des sondés considèrent ainsi qu'ils peuvent constituer une alternative aux fonds traditionnels.

Une retenue qui s'explique là encore en premier lieu par le manque d'information, pour 46 % d'entre eux, mais également par des doutes sur la performance des fonds IR (33 %, contre 11 % pour les épargnants) et le manque d'intérêt des clients (26 %). "Des conseillers convaincus, disposant enfin d’une information standardisée à leur destination, accompagnée d’outils pédagogiques dédiés, devraient permettre d’accélérer et de transformer le capital confiance avéré des épargnants français en acte d’investissement", note Deloitte. 

Gage que les changements réglementaires, à la fois à l'échelle européenne, où la Commission travaille en ce moment à l'élaboration d'une taxonomie des actifs verts, et nationale, où la loi Pacte a introduit l'obligation, à partir de 2020, d'inclure au moins une unité de compte (UC) labellisée ISR dans tous les contrats d'assurance-vie, devraient faire bouger ces lignes.