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Analyses

Tech for good et sobriété, le double sésame de la neutralité carbone

Marie-Doha Besancenot, Directrice de la RSE et de la Marque chez Allianz France.
©DR

Dans cette tribune, Marie-Doha Besancenot, Directrice de la RSE et de la Marque chez Allianz France fait le lien entre innovation et sobriété à l'heure où les engagements des entreprises se multiplient autour de la neutralité carbone.

Le constat pragmatique « No Climate plan means no Business plan » n’a jamais aussi bien résumé les changements de paradigmes en cours. Plus de 200 grandes entreprises se sont engagées lors de la COP26 à atteindre la neutralité carbone d’ici 2040. Pour la plupart, elles ont fait leur ce nouvel objectif : être reconnues comme des contributeurs à la durabilité du monde, en faire un avantage concurrentiel et un levier de croissance. La durabilité a rejoint la protection des consommateurs dans les principes cardinaux de cette troisième voie européenne qui entend incarner un capitalisme rééquilibré.

Aussi radicale que la révolution digitale, la déferlante environnementale marque de son empreinte tous les plans stratégiques et raisons d’être des grands acteurs économiques. Ce qui est en jeu, c’est bien l’émergence d’un nouveau modèle d’entreprise capable de concilier deux missions : une mission productive et une mission de contribution au bien commun.  

Les consommateurs ont évolué. Beaucoup sont prêts à embrasser une vie plus attentive à leur empreinte carbone et à leur production de déchets.

Dans ce contexte, faut-il vraiment opposer les deux grands courants dominants, frugalité ou “Tech for good” ? Avec d’une part, Greta Thunberg, de l’autre, les tenants d’un messianisme technologique, qui voit le salut de l’humanité dans l’avènement d’une « tech for good » efficace, comme Elon Musk ou Bill Gates. Les deux tiennent une part de la solution, mais à des échelles de temps différentes.

L’option de la frugalité a été explorée grandeur nature pendant la crise du COVID. De façon inédite, chacun s’est vu expérimenter un univers de besoins réduits et a découvert une autre manière de vivre et consommer. Les consommateurs ont évolué. Beaucoup sont prêts à embrasser une vie plus attentive à leur empreinte carbone et à leur production de déchets.

En retour, ils attendent que les acteurs économiques fassent évoluer leurs produits. Ils en appellent à une RSE de l’innovation et non uniquement de la restreinte. Ils sont prêts à un changement radical des comportements, mais attendent des révolutions techniques de moyen et long terme. C’est donc sur cette ligne de crête que les acteurs économiques sont sommés d’agir sans attendre.

Dans son livre How to avoid a climate disaster, Bill Gates professe sa foi en une croissance neutre en carbone et mise tout sur les nouvelles technologies. A en croire les derniers rapports, il a raison, puisque l’hydrogène pourrait représenter d’ici le milieu du siècle jusqu’à 25% de notre consommation d’énergie, la rendant de facto moins polluante. Et cette transition paraît accessible : l’électricité solaire est déjà moins chère que celle issue du charbon, la production d’hydrogène doit exploser d’ici les 10 prochaines années. Ces avancées technologiques rapides en matière d’énergie donnent bon espoir d’atténuer le changement climatique…sur le long terme.

La « tech for good », en pleine invention, n’échappe pas aux critiques sur son efficacité. En témoignent les débats provoqués par les vols sur Mars d’Elon Musk : « des fusées 100% hydrogène, oui…mais pour les produire, il a fallu consommer beaucoup de carbone ! » ou les tentatives maladroites de nombreuses enseignes pour qualifier de « for good » n’importe lequel de leurs produits.

C’est pourtant là que les acteurs économiques sont attendus : en dehors des transports et de l’énergie, l’une des grandes problématiques de demain est l’inefficience avec laquelle nous produisons nos aliments. L’élevage contribue autant aux émissions de gaz à effet de serre que les émissions directes de tous les trains, avions et voitures de la planète. Tout reste à inventer ; le terrain de jeu de la « tech for good » est immense.

A entendre les débats de la COP26, on a urgemment besoin de l’innovation pour sortir de la trajectoire actuelle d’un réchauffement de 2,7 degrés qualifié d’« aller simple vers le désastre » par l’ONU. La COP26 a aussi salué avec raison la multiplication des alliances sectorielles pour la neutralité carbone. C’est le cas d’ Allianz qui a été précurseur en créant l’Asset Owner Alliance sous l’égide de l’ONU, rassemblant d’autres grands investisseurs de la planète.

Chaque entreprise sait que produire « zéro carbone » exige d’innover et de repenser ses activités

Certains jugent 2050 trop éloigné et les objectifs intermédiaires inégaux. D’autres font de l’objectif « zéro émissions nettes » un objet de frustration en soi, jugeant certaines solutions trop faciles, comme la compensation, pour équilibrer émissions et absorptions de CO2 et pouvoir ainsi revendiquer leur neutralité carbone.  Pour autant, le pari global est que si chacun accélère sa transition, celui-ci peut être gagné. Même si les alliances ont leurs limites, elles restent une alternative efficace aux discours incantatoires, aux bonnes actions isolées et aux débats technocratiques sur l’évolution de la taxonomie.

Chaque entreprise sait que produire « zéro carbone » exige d’innover et de repenser ses activités. Aucune entreprise n’est aujourd’hui exonérée d’une analyse de sa contribution à la création de valeur durable. Les entreprises qui resteront sur une approche strictement financière seront condamnées au profit de celles qui réussissent dès maintenant à combiner innovation et sobriété et donc à articuler un rapport positif au bien commun."

Par Marie-Doha Besancenot, Directrice de la RSE et de la Marque chez Allianz France.