Bérénice Arbona, responsable de la dette infrastructure chez LBP AM European Private Markets.
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Fonds de dette infrastructure à impact : "Les investisseurs ont apprécié que nous ne cherchions pas à leur présenter une image idéalisée"

Dette infrastructure, impact climatique, taxonomie européenne, mesure et transparence... LBP AM European Private Markets, la plateforme d’investissement en actifs non cotés de LBP AM, publie le deuxième rapport d’impact annuel de son fonds LBP AM Infrastructure Debt Climate Impact Fund. À cette occasion, Bérénice Arbona, responsable de la dette infrastructure chez LBP AM European Private Markets (EPM), revient sur la stratégie du fonds, les principaux enseignements du rapport et les défis à relever pour concilier exigence réglementaire et réalité opérationnelle.

Lancé en 2022, le fonds de dette infrastructure à impact de LBP AM s’inscrit dans une approche exigeante de l’investissement durable. Classé article 9 au sens de la réglementation SFDR, l’intégralité des investissements privilégie des actifs contribuant à l’atténuation du changement climatique, avec un objectif d’alignement de 70 % du portefeuille sur la taxonomie européenne à la fin de la période d’investissement. À l’occasion de la publication du deuxième rapport d’impact annuel, ID s’est entretenu avec Bérénice Arbona, responsable de la dette infrastructure d’EPM, pour décrypter la stratégie d’impact du fonds, les principaux résultats du rapport et les perspectives d’amélioration continue. 

Quelles sont les caractéristiques et la stratégie du fonds LBPAM Infrastructure Debt Climate Impact Fund ? 

Nous avons lancé ce fonds en 2022 en nous appuyant sur deux constats. D’abord, nous disposions d’une expérience significative d’investissement dans les infrastructures vertes : historiquement, plus de la moitié de nos investissements en dette infrastructure concernaient déjà ce type d’actifs. Ensuite, nous avions développé au fil des années, des capacités solides d’analyse ESG et de mesure de l’impact, notamment climatique. Cela nous a permis d’assumer un positionnement exigeant dès le départ, avec ce fonds classé article 9 au sens de la réglementation SFDR, visant explicitement à contribuer à la réduction des émissions de gaz à effet de serre dans l’économie réelle tout en assurant la bonne gestion risques ESG.  

La stratégie d’impact du fonds repose sur un triptyque clair : intentionnalité, additionnalité et mesure. L’intentionnalité correspond à la volonté de contribuer à l’objectif climatique du portefeuille, aligné avec l’Accord de Paris, pour limiter le réchauffement en dessous des 2°C d’ici 2100. L’additionnalité repose sur une très forte sélectivité : nous finançons exclusivement des projets contribuant de manière significative à l’objectif d’atténuation du changement climatique tel que défini par la taxonomie européenne, très exigeante. Enfin, la mesure est centrale, et comporte trois indicateurs principaux : le bilan carbone des actifs et du portefeuille sur l’ensemble des scopes, la température du portefeuille et l’alignement de chaque créance du fonds à la taxonomie européenne. 

Pour bâtir notre stratégie d’impact, nous nous sommes appuyés sur les travaux de place menés notamment par le FIR, France Invest, l’Institut de la finance durable et le GIIN.  Le fonds s’appuie également sur un outil de scoring d’impact fondé sur la méthodologie Impact Frontiers, permettant de comparer la contribution relative des créances du portefeuille. Enfin, nous avons fait le choix de faire auditer annuellement notre rapport d’impact par un auditeur indépendant, qui s’est penché à la fois sur nos méthodologies et sur nos indicateurs de mesure.  

Par-delà sa thèse d’investissement dédié à l’impact climatique, le fonds fait également l’objet d’une analyse holistique des investissements afin de pouvoir identifier et prendre en compte les risques de durabilité de chaque projet dans la sélection des investissements. Cette diligence ESG repose sur notre méthodologie propriétaire GREaT¹ adaptée aux spécificités de la dette infrastructure, développée depuis 2016 et régulièrement enrichie afin de tenir compte des dernières sources de référence dans l’identification de ces risques.  

Vous venez de publier le deuxième rapport d’impact annuel du fonds de dette infrastructure à impact. Quels sont les principaux résultats mis en avant dans ce rapport ?  

L’un des premiers enseignements de notre rapport d’impact 2024, c’est que 100 % des investissements sont bien éligibles à l’objectif n°1 de la taxonomie européenne, ce qui confirme la cohérence globale de la sélection effectuée avec l’objectif d’atténuation du changement climatique. En termes de contribution climatique, la température estimée du portefeuille ressort à 1,6 °C, ce qui constitue un niveau d’alignement significatif avec les trajectoires issues de l’Accord de Paris.  

En revanche, l’alignement taxonomique strict, au sens réglementaire, atteint 59 % (une évolution par rapport aux 45 % d’alignement sur la base du premier rapport), par rapport à un objectif de 70 % à la fin de la période d’investissement. Cet écart ne remet pas en cause la qualité environnementale des projets financés, mais reflète la complexité opérationnelle et documentaire de certains critères techniques, en particulier ceux liés au principe DNSH, "Do no significant harm". Sur un portefeuille diversifié, incluant des projets d’énergies renouvelables, de biomasse, d’électrification des usages, d’efficacité énergétique ou encore de data center, la démonstration exhaustive de ces critères peut s’avérer délicate. Cette difficulté tient notamment au fait que certaines exigences DNSH demeurent partiellement inadaptées à la réalité opérationnelle de disponibilité et de structuration des informations requises. 

Enfin, le rapport met en évidence de bonnes performances extra-financières globales, illustrées par les scores Great (notre méthodologie d’analyse ESG propriétaire) et d’impact du portefeuille. Il témoigne aussi de notre démarche d’amélioration continue, illustrée par l’évolution de notre méthodologie de scoring d’impact. Nous avons en effet capitalisé sur l’audit indépendant du précédent exercice pour la rendre moins subjective.   

Avez-vous tiré d’autres apprentissages de cet exercice ?  

Oui nous avons pu mettre en évidence que certains résultats pouvaient être fortement impactés par des choix méthodologiques. À titre d’exemple, l’outil Ciara, développé par Carbon 4 et sur lequel nous nous appuyons pour calculer les émissions carbone du portefeuille et des actifs, utilise une approche location-based qui se base sur le facteur d’émission moyen du réseau d’électricité local, alors que la taxonomie est davantage market-based, c’est-à-dire qu’elle prend en compte les choix contractuels de l’entreprise concernant la fourniture d’énergie. Nous avons jugé essentiel d’expliciter les écarts induits par ces différentes approches méthodologiques auprès des investisseurs.  

Comment les investisseurs ont-ils réagi à ce rapport d’impact ? 

Nous avons souhaité aller au-delà d’un simple exercice de reporting et avons organisé une présentation dédiée du rapport. Les retours ont été très positifs, notamment sur le niveau de transparence. Les investisseurs ont apprécié que nous ne cherchions pas à présenter une image idéalisée, mais que nous expliquions clairement ce qui fonctionne, ce qui reste complexe et pourquoi. Cette approche factuelle, y compris sur les enjeux méthodologiques de certains indicateurs ou de la taxonomie, a été perçue comme un gage de crédibilité. 

Quelles sont les perspectives pour les prochains exercices d’impact ?  

Pour nous, l'un des points les plus importants, c'est la démarche de progrès, dans nos propres méthodes mais aussi de la part des actifs financés. À la suite de l’audit indépendant de notre premier rapport, nous avons renforcé et simplifié notre méthodologie de scoring d’impact afin de réduire au maximum les critères reposant sur un dire qualitatif d’expert. Nous avons également engagé un dialogue structuré avec nos émetteurs, en leur restituant les conclusions détaillées des analyses taxonomiques afin que ceux-ci puissent le prendre en compte pour les prochains exercices de reporting. L’objectif reste inchangé : améliorer progressivement l’alignement du portefeuille, tout en maintenant un haut niveau d’exigence et de transparence vis-à-vis des investisseurs.  

En partenariat avec LBP AM. 

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¹ La méthodologie d’analyse GREaT de LBP AM repose sur 4 piliers : la Gouvernance responsable ; la gestion durable des Ressources naturelles et humaines ; la transition économique et Énergétique ; le développement des Territoires, chacun déclinés en critères d’évaluation.