Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne.
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Finance durable

Ce que révèle le nouveau fonds d’obligations vertes de l’UE sur sa stratégie climatique

La Commission européenne lance un fonds d’obligations vertes pour financer des infrastructures durables dans les pays émergents. L’enjeu : attirer des capitaux privés vers des projets encore jugés trop risqués.

Faire venir les investisseurs privés là où ils n’investissent pas encore : c’est l’objectif du Global Green Bond Initiative (GGBI). Lancé par l’Union européenne, ce nouveau fonds d’obligations vertes pourrait mobiliser jusqu’à 20 milliards d’euros pour financer des infrastructures durables dans les pays à revenu faible et intermédiaire.

Derrière ce chiffre, une logique simple : s’appuyer sur l’argent public pour orienter les investissements privés vers des projets encore jugés trop risqués ou pas assez matures.

Un outil pour structurer un marché encore émergent

Le fonds s’inscrit dans la stratégie "Global Gateway" de l’Union européenne, dédiée au financement d’infrastructures durables à l’international. L’objectif : structurer un marché plutôt que multiplier les projets isolés.

Concrètement, le fonds interviendra uniquement sur le marché primaire, autrement dit lors de l’émission des obligations. Cela permet de soutenir directement de nouveaux émetteurs, comme des États, des collectivités ou des entreprises qui se lancent dans les obligations vertes (aussi appelées "green bonds").

Autrement dit, il ne s’agit pas seulement de financer la transition, mais d’élargir le nombre d’acteurs capables de la financer.

Nous mobiliserons des milliards d’euros d’investissements privés au service de nos objectifs climatiques et environnementaux. Avec nos partenaires, nous redéfinissons la manière dont le monde finance son avenir. Il ne s’agit pas seulement de finance, mais d’un choix stratégique visant à aligner résilience économique et justice climatique, pour notre planète et les générations futures.

Un levier public pour attirer le privé

Le montage financier du fonds repose sur un principe simple : utiliser de l’argent public pour attirer des investisseurs privés.

Concrètement, environ 1 milliard d’euros sera apporté par des acteurs publics, dont près de 800 millions issus d’un consortium d’institutions européennes de financement du développement, piloté par la Banque européenne d’investissement. Ce socle public doit ensuite permettre d’attirer jusqu’à 2 milliards d’euros supplémentaires auprès d’investisseurs privés.

À cela s’ajoutent des garanties apportées par l’Union européenne via le "Fonds européen pour le développement durable Plus", un dispositif clé pour sécuriser les investissements et réduire le risque perçu par les acteurs privés. Le fonds sera, lui, géré par Amundi.

Une ambition géopolitique assumée

Au-delà de l’outil financier, le projet porte aussi une ambition plus large : repositionner l’Europe comme acteur central de la finance durable à l’échelle mondiale.

"Avec le fonds Global Green Bond Initiative, l’Europe affirme son leadership en matière de finance durable", a déclaré Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne. "Nous mobiliserons des milliards d’euros d’investissements privés au service de nos objectifs climatiques et environnementaux. Avec nos partenaires, nous redéfinissons la manière dont le monde finance son avenir. Il ne s’agit pas seulement de finance, mais d’un choix stratégique visant à aligner résilience économique et justice climatique, pour notre planète et les générations futures."

Cette dimension stratégique se retrouve aussi dans la place donnée à l’euro. Le fonds financera des obligations en euros, mais aussi en monnaies locales, ce qui permet à la fois de s’adapter aux pays concernés et de renforcer la place de l’euro à l’international.

Priorité aux pays les plus vulnérables

Dans ce dispositif, la répartition des investissements est également encadrée. Au moins 20 % des financements seront dirigés vers les pays les moins avancés, selon la Commission. Un point clé, alors que ces territoires concentrent une grande partie des besoins en infrastructures, mais restent sous-financés par les marchés.

Pour Nadia Calviño, présidente de la Banque européenne d’investissement, l’enjeu dépasse largement la seule transition écologique : "Les partenariats mondiaux solides sont plus essentiels que jamais. En tant que bras financier de l’UE, la Banque européenne d’investissement est fière de diriger ce nouveau consortium pour la Global Green Bond Initiative. Il renforcera les marchés de capitaux mondiaux et nous aidera à mobiliser des financements privés pour construire des infrastructures durables, contribuant à la stabilité et à une prospérité partagée à l’échelle mondiale."

Obligations vertes : de quoi parle-t-on ?

Pour rappel, les obligations vertes fonctionnent comme des obligations classiques : un État, une collectivité ou une entreprise emprunte de l’argent auprès d’investisseurs.

La différence tient à l’usage des fonds. Ici, les montants levés sont fléchés vers des projets à bénéfice environnemental, comme les énergies renouvelables, les transports propres ou des infrastructures plus sobres. Autrement dit, le green bond reprend les codes d’un emprunt classique, avec une exigence supplémentaire : financer des projets alignés avec la transition écologique.