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ÉDITO

Puisqu'il faut interdire pour prévenir...

©Kanittha Boon/Shutterstock

Dix jours après le 1er août, date à laquelle les Terriens ont épuisé toutes les ressources que la planète pouvait normalement leur offrir en un an, avez-vous remarqué cet incroyable changement autour de vous ?

Terminé, basta. Votre collègue ne ramène plus de couverts en plastique le midi lorsqu'il revient au bureau avec sa salade de pâtes, votre sœur n'a pas abandonné sa cigarette sur la plage durant ses vacances à Biarritz et pour la première fois de votre existence, vous avez VRAIMENT trié correctement vos déchets. D'ailleurs, vous n'aviez pas tellement d'ordures à jeter, puisque vous avez décidé de boycotter les aliments suremballés de votre grande surface. Il était temps que chacun réagisse ! La Terre vous remercie. Les poissons aussi. 

Réveil difficile, ça pique. C'était pourtant si beau. Un doux rêve. Routine difficile à briser, je-m'-en-foutisme ou raisonnement du type "ce n'est pas mon geste qui sauvera la planète"... Raisons multiples, résultat unique : non, non, rien n'a changé. Chaque jour, Gérard continue de jeter nonchalamment sa vaisselle à usage unique, comme si le bureau ne regorgeait pas de couverts en inox lavables. Votre sœur, qui avait d'ailleurs promis d'arrêter la cigarette, a fait offrande de ses mégots à la mer. Vous avez vous-même acheté ce concombre recouvert d'une fine couche de plastique dans votre hypermarché. Et un gros pot de cotons-tiges. 

Interdit, banni ! Cette fois, le rêve est prémonitoire. Nous sommes à l'été 2035. Les images sont plus nettes. Encore une vague importante de chaleur, il vous faut une bouteille d'eau. Vous avez couru dans tout le magasin. Vous êtes essoufflé - vous avez 17 ans de plus. Rien à faire. Introuvable. Que des bouteilles d'eau en verre dans l'allée 10. Ce sera un peu plus lourd à transporter qu'un pack en plastique, mais puisqu'il n'y a que cela... Au rayon soin et beauté, vous cherchez vos cotons-tiges. La vendeuse vous regarde avec des yeux de merlan frit. "C'est un oriculi que vous cherchez plutôt, non ? On ne vend plus de cotons-tiges depuis 2020 !" Il vous faut de l'air. Un petit tour sur la côte avec votre sœur. Vous regardez la mer depuis deux heures et elle n'a pas fumé une cigarette. Ce n'est pas possible, ce n'est pas votre sœur. "Je n'ai pas le choix, je fumerai plus tard. Les cigarettes sont interdites sur les plages."

Loin des yeux, loin du cœur. Vivre dans un monde où tout est accessible, pratique et jetable n'est plus viable pour la planète. Faut-il pour autant tout interdire ? Évidemment, nombre de citoyens s'engagent, dénoncent et boycottent certaines pratiques et certaines industries très polluantes. Mais tant que la facilité est sous nos yeux, la tentation reste trop grande pour nombre de consommateurs que nous sommes. Triste réalité. Il faudra donc s'habituer aux titres redondants dans les médias : "Une cinquantaine de plages bannissent la cigarette en France", "La Dominique, premier pays à interdire les objets en plastique à usage unique", "Une proposition de loi entend interdire les bouteilles en plastique en France", "Abeilles : cinq néonicotinoïdes interdits dès la rentrée"... 

Terminé, basta. Puisqu'il faut interdire pour prévenir... La planète nous remerciera, si elle le peut encore. Les poissons (et la faune et la flore en général) aussi.