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Environnement

Plastique à usage unique : "Il faut réduire les tonnages de déchets, réemployer et recycler"

©Paulo de Oliveira / Biosphoto / Biosphoto via AF

Composition, recyclage, biosourcés, biodégradables... Qu'est-ce qui bloque avec le plastique aujourd’hui ? Tour d’horizon avec Alice Gueudet et Sandra Le Bastard, toutes deux animatrices de la thématique "Plastiques" pour l’Agence de la transition écologique (ADEME). 

Quels sont les enjeux à prendre en compte pour limiter la pollution plastique ? Quel est le bon niveau d’action ?  

Alice Gueudet : En raison de leurs nombreux atouts - légèreté, imperméabilité, protection -, les matières plastiques sont omniprésentes dans nos vies. Mais la croissance des produits dits "à usage unique" est aujourd’hui pointée du doigt. C’est en ce sens que sont mises en place les mesures réglementaires. La phase d’utilisation des matières plastiques est souvent très courte et celles de production et de fin de vie sont très contributrices sur plusieurs indicateurs d’impact environnemental. 

D’une part, il faut donc limiter cette croissance des tonnages de déchets en plastique à usage unique. De l’autre, il faut réussir à capter ce gisement en fin de vie afin d’éviter qu’il se retrouve dans la nature. Pour ça, une action combinée de trois acteurs est nécessaire : industriels, gouvernements et citoyens.

  • En France, la loi AGEC fixe plusieurs objectifs de réduction, de réemploi et de recyclage du plastique à usage unique, qui sont pour certains issus de la réglementation européenne. Il y a une vraie accélération sur ces questions.  
  • Les industriels éco-conçoivent les produits de manière à ce qu’ils soient ajustés en poids et en taille, composés de matières respectueuses de l’environnement, recyclables... Il faut donc revoir le produit de manière à limiter ses impacts sur l’ensemble de son cycle de vie, jusqu'à parfois changer complètement de modèle (par exemple pour les produits d’hygiène solides plutôt que liquides). Les technologies de traitement et de production sont également à améliorer pour qu’elles soient plus efficaces et utilisent moins de matières et d’énergies, tout en obtenant les mêmes performances en termes de qualité.  
  • Enfin au niveau citoyen, le choix des consommateurs compte : il a la possibilité de réduire ses déchets en refusant ce dont il peut se passer, en privilégiant le réemploi, en évitant l’usage unique... Le tri est également important pour que, après collecte, les centres de tri orientent les déchets vers les bonnes filières de recyclage et de valorisation et que de nouvelles usines puissent se mettre en place pour recycler ce qui ne l’est pas encore.  

En 2018, la demande en matières plastiques en France s’élevait à 4,8 millions de tonnes, parmi lesquelles 3,7 millions ont été traitées. La valorisation énergétique représentait alors environ 68 % de ces déchets, 24 % ont été recyclés, et le reste a été éliminé."

Les mesures sur les emballages fixées par la loi AGEC courent jusqu’en 2040. Est-ce un bon calendrier ?

Alice Gueudet : C’est une échéance qui peut sembler lointaine sur le papier, mais elle concerne les emballages en plastique à usage unique, qui représentent un volume de déchets très important. Les mesures sont ambitieuses : il faut préparer cette transition à plusieurs niveaux et cela prend du temps. Elle nécessite beaucoup de réflexion pour les industriels, selon les différentes typologies de produits, les alternatives idéales, l’évaluation des impacts environnementaux... Par exemple, les emballages alimentaires soulèvent des questions plus difficiles à résoudre du fait d’un lien entre protection des aliments et gaspillage alimentaire.  

Cet article est extrait de notre dossier : "Comment vivre presque sans plastique ?". A découvrir ici !

En termes de traitement des déchets plastiques, quelles sont les voies possibles ?  

Sandra Le Bastard : Il y en a quatre que l’on classe selon la "hiérarchie des modes de traitement des déchets". On privilégie en premier lieu la réutilisation, puis le recyclage, suivi par la valorisation énergétique et enfin l’élimination - soit la mise en décharge. En 2018, la demande en matières plastiques en France s’élevait à 4,8 millions de tonnes, parmi lesquelles 3,7 millions ont été traitées. La valorisation énergétique représentait alors environ 68 % de ces déchets, 24 % ont été recyclés, et le reste a été éliminé. 

Le recyclage mécanique est aujourd’hui le mode de traitement le plus développé puisqu’il représente 99 % du recyclage des plastiques. Mais le recyclage chimique est émergent et permet de combler certaines failles."

Il existe aujourd’hui deux options de recyclage des déchets plastiques : chimique ou mécanique. Quelles sont les conditions de l’une et l’autre ?

Alice Gueudet : Il faut bien considérer qu’il existe aujourd’hui une très grande diversité de matières plastiques qui diffèrent selon les polymères utilisés et les additifs qu’elles contiennent - colorants, filtres anti-UV, stabilisants thermiques... - selon les propriétés que l’on destine au produit. Cette pluralité peut poser problème en termes de recyclage mécanique tout comme les déchets trop complexes, composés de différentes résines mélangées, de certains additifs, ne permettent pas d’obtenir une matière recyclée de qualité suffisante. L’éco-conception vers une simplification des compositions et une meilleure recyclabilité est le premier levier d’amélioration. 

Le recyclage mécanique est aujourd’hui le mode de traitement le plus développé puisqu’il représente 99 % du recyclage des plastiques. Mais le recyclage chimique est émergent et permet de combler certaines failles.

Sandra Le Bastard : Sur ce point, le recyclage chimique est très complémentaire, puisqu’il permet de traiter des déchets plus complexes et de reformer un matériau de haute qualité. Il s'agit là de revenir à la structure initiale du polymère. Cela peut se faire par différents procédés comme la "dépolymérisation" - on "coupe" le polymère pour revenir aux monomères et pouvoir ainsi reformer d’autres types de plastique -, ou la pyrolyse - soit la conversion des plastiques en substances telles que du gaz ou de l’huile permettant de revenir au naphta originel. Pour l’heure, ces procédés coûtent très cher, mais ils devraient se développer dans les années à venir.  

On entend souvent parler des "bioplastiques", mais sont-ils une solution intéressante ?

Alice Gueudet : Le terme "bioplastique" est erroné et porte trop à confusion. On parle plutôt de plastique "biosourcé", "biodégradable" ou encore "compostable". Tous les trois sont très différents et ont chacun leurs limites. De plus, ces appellations ne signifient en aucun cas que l’on peut les jeter dans la nature sans conséquence.  

  • Lorsque l’on parle de "plastique biosourcé", on fait référence à la composition du plastique et en particulier aux ressources utilisées qui sont issues de la biomasse. Il peut s’agir de cultures de maïs, de pommes de terre, de canne à sucre ou encore d’algues, qui nécessitent quoi qu’il en soit de solliciter des terres agricoles. Certains plastiques biosourcés sont compostables, d’autres non. 
  • Concernant les "plastiques biodégradables", l’utilisation seule de ce terme ne veut rien dire. La loi AGEC interdit d’ailleurs cette mention sur les produits. Il faut définir dans quelles conditions, quel environnement, ou encore en combien de temps le déchet peut se dégrader.  
  • Lorsque l’on parle de "plastique compostable", en revanche, on parle d’une biodégradation dans un milieu compost selon des conditions bien définies. La norme 13432 désigne l’aptitude à se dégrader dans des conditions de compostage industriel. La norme 51800 concerne le compostage en milieu domestique. C’est un terme plus précis qui implique le respect de conditions de décomposition strictes.  

Sandra Le Bastard : Quoi qu’il en soit, le recyclage reste une meilleure voie à suivre. Un plastique compostable se dégrade en émettant principalement du CO2 rejeté dans l’atmosphère. Il n’apporte pas d’éléments fertilisants au sol comme les biodéchets. Pour réduire l’impact des plastiques à usage unique, il faut avant tout réduire les tonnages, réemployer et enfin recycler. 

Avec l'ADEME. 

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