Environnement

Les transports, talon d'Achille de la transition énergétique française

©LanaElcova/Shutterstock

Plus gros émetteurs de gaz à effet de serre en France, les transports sont également, après le bâtiment, le secteur le plus en retard sur les objectifs fixés dans le cadre de la transition énergétique. 

C’est le poids lourd de la pollution atmosphérique : en France, le secteur des transports représente la principale source d'émissions de gaz à effet de serre (GES), avec près de 30 % des émissions nationales, devant les domaines des bâtiments et de l'agriculture. Et la tendance ne va pas en s'améliorant. Selon l'Observatoire Climat-Énergie, lancé par le Réseau Action Climat (RAC) et le CLER-Réseau le 13 septembre, le secteur est également l'un des plus à la traîne dans la réalisation des objectifs nationaux fixés dans le cadre de la stratégie nationale bas carbone (SNBC) : diminuer de 30 % ses émissions entre 2013 et 2028. 

Émissions en hausse

Résultat de cette mauvaise trajectoire : 137,9 millions de tonnes équivalent CO2 (Mt CO2e) de GES ont été émis par les transports en 2017, contre un objectif de 124,7 Mt CO2e, soit un dépassement du budget carbone, c'est-à-dire le volume maximum d'émissions à ne pas dépasser, de 10,6 %. Sur ce point, seul le bâtiment fait moins bien avec un dépassement de 22,7 %. Pire, après avoir baissé entre 2011 et 2014, les émissions du secteur sont reparties à la hausse ces trois dernières années. Une "contre-performance" qui s'expliquerait "pour partie par des éléments conjoncturels, tels que le faible prix des produits pétroliers (tendance qui pourrait se prolonger), qui incite à la consommation et donc à la hausse des émissions", pointait en janvier 2018 le premier Suivi de la Stratégie Nationale Bas-Carbone.

Dans le détail, l'ensemble des indicateurs repris par l'Observatoire présentent des retards par rapport aux trajectoires cibles, à l'exception de deux d'entre eux. La mobilité des voyageurs ( + 3,1 % par rapport à l'objectif),  le transport de marchandises (+ 0,5 %), le fret routier (+ 2,6 %) et le fret ferroviaire et fluvial (+ 16, 6 %) tirent ainsi le secteur vers le bas, quand le nombre de stations de livraison de gaz naturel ( + 8,8 %) et d'hydrogène ( + 46,5 %) sont les seuls axes d'amélioration. 

Salve de mesures

Pour inverser la tendance, le gouvernement a annoncé ces derniers mois une batterie de mesures destinées à remettre le pays sur le droit chemin via le projet de loi d’orientation des mobilités et le projet de loi des finances, actuellement en cours de discussion, ainsi que la programmation des investissements de transports pour la période 2018-2027. Celles-ci visent notamment à favoriser le recours aux mobilités propres via l'entretien et la rénovation des réseaux ferroviaires, le développement du vélo, avec l'ambition de tripler la part de la bicyclette dans les déplacements quotidiens d'ici 2024, ou l'interdiction aux véhicules les plus polluants de circuler dans des zones de basses émissions. 

Pour cela deux enveloppes sont prévues : 27,7 milliards d’euros seront débloqués sur 10 ans dans le cadre de la programmation d'investissement, dont 350 millions d'euros sur sept ans pour le financement du plan vélo, tandis que la part allouée aux transports dans le budget destiné à la transition écologique et solidaire devrait s'élever en 2019 à près de sept milliards d'euros, en augmentation de 300 millions d'euros. 

Un tableau de bord climatique pour les transports

Toujours insuffisant pour "enrayer les changements climatiques", selon les associations réunies au sein du groupe Réseau Action Climat. Dans un tableau de bord climatique lancé fin septembre, celles-ci estiment que les mesures annoncées "ne répondent pas aux besoins de moderniser le transport de marchandises et de permettre à chacun de se déplacer moins, mieux et autrement", certaines pouvant même s'avérer "néfastes à l’environnement et au climat".

Ce nouvel outil, dont le but est d'évaluer "la politique nationale de mobilité et de transports" sera mis à jour "en fonction des avancées et des reculs du gouvernement et des parlementaires". Sur six chapitres, le RAC reprend les principales annonces du gouvernement, et juge leur capacité à apporter des réponses concrètes aux difficultés auxquelles est exposé le secteur, pointant pêle-mêle les "contradictions" de l'action gouvernementale sur les projets d'infrastructures ou encore le manque de moyens alloués au plan vélo, mais également des points positifs, dont la "création d’un bureau de surveillance du marché automobile, afin de vérifier la conformité des véhicules avec les normes anti-pollution".

En mai 2018, le réseau d'associations a d'ailleurs publié son propre projet de loi d'avenir pour les transports et la mobilité "dont la France a besoin", censé mettre l'Hexagone "en bonne voie (pour) réduire les émissions de gaz à effet de serre des transports".