Environnement

Greta Thunberg : la lauréate du Prix Liberté en Normandie divise la classe politique

©LIONEL BONAVENTURE / AFP

L'égérie suédoise de la lutte climatique Greta Thunberg a reçu dimanche, 21 juillet, le Prix Liberté 2019 à Caen en présence de vétérans du Débarquement de Normandie de 1944, a constaté un photographe de l'AFP.

"Très reconnaissante", l'adolescente de 16 ans a annoncé qu'elle donnerait les 25 000 euros du prix à quatre organisations oeuvrant "pour la justice climatique et aidant des habitants du sud de la planète qui sont déjà affectés par l'urgence climatique et écologique."

Le prix lui a été remis devant des centaines de personnes à l'Abbaye-aux-Dames, en présence de Léon Gautier, vétéran du commando Kieffer, et Charles Norman Shay, vétéran américain du Débarquement, tous deux parrains du Prix Liberté.

"En tant que soldat, je me suis battu pour la liberté et pour libérer l'Europe et le monde du nazisme il y a 75 ans. Mais cela n'a aucun sens si notre mère Nature est profondément blessée et que notre civilisation s'effondre en raison de comportements humains inappropriés", a déclaré M. Shay, en se disant "très heureux" que "la jeune génération se batte pour cette noble cause".

Dans son discours, Greta Thunberg a dit avoir passé samedi une journée "qu'elle n'oubliera jamais" sur la plage d'Omaha Beach avec Charles Norman Shay. "Le minimum que nous puissions faire pour les honorer est d'arrêter de détruire cette même planète pour laquelle Charles, Léon et leurs amis se sont battus pour nous sauver", a-t-elle souligné. "Sept millions de personnes meurent de maladies liées à la pollution de l'air chaque année. Il y a une guerre silencieuse qui est en cours", a-t-elle ajouté. "Le lien entre l'urgence écologique et climatique et des migrations massives, la famine et la guerre n'est toujours pas évident pour beaucoup de gens. Cela doit changer", a-t-elle plaidé.

"Le fait que (le changement climatique) va créer d'énormes conflits et une souffrance inexprimée est loin d'être un secret", a affirmé l'adolescente, estimant que le monde risquait de faire face à la migration de milliards de personnes et à l'apparition de zones inhabitables pendant une partie de l'année. "En deux générations, on a réussi à créer une tension pour l'ensemble de l'humanité qui est une tension vitale, une question de survie", a commenté le président du jury Yacine Ait Kaci. "Greta fait partie d'une nature qui se défend, Greta est le symbole d'une humanité qui se défend face à un système qui est devenu fou."

Porté par les valeurs du Débarquement allié de 1944 en Normandie, le Prix Liberté rend hommage à ceux qui se sont engagés dans le combat pour la liberté partout dans le monde. Il est décerné après un vote numérique ouvert aux jeunes de 15 à 25 ans du monde entier.

Une intervention qui divise

La lauréate du Prix Liberté est invitée à s'exprimer devant l'Assemblée mardi 23 juillet. Son intervention divise, elle n'est pas la bienvenue pour les députés LR surtout :

"@GretaThunberg a été invitée à l'Assemblée nationale pour la séance. Je respecte la liberté de penser... mais ne comptez pas sur moi pour applaudir une prophétesse en culottes courtes, "Prix Nobel de la peur". La planète, oui. Le greenbusiness, non", a tweeté dimanche Julien Aubert, candidat à la présidence de LR.

Samedi, Guillaume Larrivé, également dans la course à la présidence des Républicains, avait appelé ses collègues "à boycotter @GretaThunberg à l'Assemblée nationale". "Pour lutter intelligemment contre le réchauffement climatique, nous n'avons pas besoin de gourous apocalyptiques, mais de progrès scientifique & de courage politique", avait-il lancé sur le réseau social.

Auparavant, Valérie Boyer (LR) avait parlé de Greta Thunberg comme d'une "jeune activiste totalement sous emprise". Et Sébastien Chenu (RN) avait demandé: "si je dis que je ne veux pas aller me prosterner devant @GretaThunberg cette enfant de 16 ans invitée à l'Assemblee devant la représentation nationale, je sors (encore?) du politiquement correct?".

"On ne me forcera pas à aller m'agenouiller, à aller applaudir la Justin Bieber de l'écologie, une espèce de créature médiatique qui va énoncer des banalités", a-t-il critiqué lundi 22 juillet sur BFMTV, tout en précisant ne pas être "climato-sceptique".

Un agenda incompréhensible 

Des élus de gauche ont pour leur part fait valoir ces derniers jours qu'il était "incompréhensible" que la majorité vante les mérites de la jeune adolescente et vote mardi, au moment même de sa venue, le projet de loi de ratification du traité Ceta de libre-échange entre l'UE et le Canada, nocif selon eux pour l'environnement.

Greta Thunberg a été invitée par les 162 députés membres du collectif transpartisan pour le climat "Accélérons", pour une réunion ouverte aux autres parlementaires. Elle assistera aussi à la séance des questions au gouvernement, depuis la tribune d'honneur.

Faure et Batho réagissent aux déclarations des députés LR et RN

Le premier secrétaire du Parti socialiste Olivier Faure et la présidente de Génération écologie Delphine Batho ont critiqué lundi 22 juillet, l'attitude des députés LR et RN opposés à la venue de l'égérie suédoise de la lutte contre le changement climatique Greta Thunberg mardi à l'Assemblée nationale.

"C'est une clarification utile parce que les masques tombent en fait sur un arrière-fond, en quelque sorte, de climato-scepticisme", a accusé la députée des Deux-Sèvres sur Franceinfo

"Monsieur (Guillaume) Larrivé et monsieur (Julien) Aubert jouent leur compétition interne (à la tête du parti les Républicains) de politique politicienne sur le dos de la lutte contre le changement climatique", a-t-elle dénoncé. 

"Il faut croire qu'on est dans une situation tellement dramatique et même tragique que la jeunesse a davantage lu les rapports du Giec que bien des responsables politiques", s'est-elle indignée.

"C'est la colère qui devrait nous emporter tous aujourd'hui. Ce n'est pas la boycotter qu'il faut, c'est au contraire l'acclamer et dire que nous n'en faisons pas suffisamment", a réagi Olivier Faure sur Cnews, en soulignant que "cette jeune femme a eu un rôle extraordinaire dans la prise de conscience globale en Europe, même dans le monde". 

La majorité apparaît divisée sur le sujet

Gabriel Attal, secrétaire d'État auprès du ministre de l'Éducation nationale et de la Jeunesse, estime sur Twitter que "si Greta Thunberg avait 30 ans de plus, personne ne mettrait en cause sa légitimité à y intervenir. C'est bien sa jeunesse qui fait oublier à certains qu'elle a initié un mouvement historique. Triste message pour les jeunes engagés".

Une députée LREM, Bénédicte Peyrol, a pris ses distances dimanche à l'égard de la visite de la jeune Suédoise. "Pourrait-on mettre autant à l'honneur les scientifiques, les personnes qui agissent depuis des années pour la planète. Utiliser le manichéisme du Bien contre le Mal est bien trop simple pour agir dans un monde complexe", a-t-elle tweeté.

"Faire la grève de l'école, quel triste symbole", selon le député LREM de Paris Sylvain Maillard qui s'est dit "extrêmement mal à l'aise devant la construction iconique à l'encontre d'une réflexion scientifique".

 

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Avec AFP

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