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Environnement

Et si vous deveniez un arbre après votre mort ?

©Worraket/Shutterstock

Simple tendance ou réelle nécessité ? Depuis quelques années, l’idée de devenir un arbre après sa mort semble accueillir de plus en plus d’adeptes. Et pour cause : la crémation et l’inhumation, les deux seuls rites funéraires autorisés en France, ne sont pas sans conséquence sur l’environnement.

Même morts, nous continuons à polluer. Les Services funéraires de la ville de Paris se sont d'ailleurs emparés du sujet au travers d'une étude publiée en 2017 : selon celle-ci, la crémation et l'inhumation auraient un impact considérable sur l'environnement. Le premier, qui consiste à brûler le corps du défunt pour le réduire en cendres, représenterait en effet 3 % des émissions de CO2 annuelles d'un Français. Une pollution principalement due aux gaz utilisés pour brûler le corps, qui s'échappent généralement dans l'air : ils représentent à eux seuls 56 % des émissions de CO2 d'une crémation. 

Mais l'inhumation, qui consiste pour sa part à enterrer le corps du défunt sous terre, reste toutefois le procédé le plus polluant : il dégage presque quatre fois plus de CO2 que la crémation, selon la même étude, et représente 11 % des émissions annuelles d'un Français. En cause ? La mise en terre, qui va généralement utiliser des caveaux fabriqués en béton et des monuments en granit, très souvent importés de l'étranger. Les produits injectés dans le corps par les pompes funèbres, afin de conserver celui-ci, peuvent également être source de pollution des sols : l'étude estime que jusqu'à 10 litres de formol peuvent ainsi être utilisés. Sans compter les cercueils, généralement fabriqués en bois, qui peuvent contenir de la colle ou du vernis, également polluants pour les sols. 

Un impact qui ne peut plus être ignoré, d'autant que la population mondiale devrait atteindre plus de 9 milliards d'habitants en 2050, selon les dernières projections de l'ONU. Citoyens, militants écologistes et même personnalités politiques se saisissent ainsi de la question afin d'imaginer une mort plus respectueuse du vivant

En France, des cercueils biodégradables...

La mise en cercueil étant obligatoire en France, certains imaginent alors des solutions pour réduire leur impact sur l'environnement, telles que la création de cercueils en carton biodégradable. C'est le cas d'Eco Cerc, qui affirme répondre "aux normes écologiques les plus strictes". "À ce jour, il y a 540 000 décès par année en France, il faut un chêne de 80 ans ou d’autres essences pour faire 5 cercueils", précise la société sur son site internet. Elle affirme ainsi que l'utilisation de cercueils en carton permettrait d'économiser chaque année 31 536 km2 de forêt, mais également 6 657 600 m3 d’eau et 315 360 000 litres de fuel.

Cercueils et urnes biodégradables, c'est également ce que propose la société ab cremation, lancée en 2008 par Brigitte Sabatier : ils sont fabriqués en carton, à partir de matières recyclées, et sont même personnalisables. "Je n’ai pas été accueillie à bras ouverts par les acteurs du funéraire !", déplore toutefois sa fondatrice auprès de Reporterre, qui explique que les crématoriums ont longtemps refusé ses cercueils. Or, selon un arrêté officiel datant de 2016, "portant agrément de matériaux pour la fabrication de cercueils et de leur garniture étanche non-substituable destinés à la crémation", la fabrication de cercueils en carton est légale en France, et ne peut donc pas être refusée par les pompes funèbres ou crématoriums.

... Et des cimetières écolos !

Certaines communes se penchent également sur la question pour rendre leurs cimetières plus verts. Celui de Joncherolles, par exemple, situé en Seine-Saint-Denis, explique s'être engagé depuis 2013 dans une "démarche environnementale", pour "préserver à la fois l'environnement, la santé des usagers et favoriser la biodiversité", en supprimant notamment "toute utilisation de produit chimique présentant un risque phytosanitaire". Des ruches ont également été installées dans cet espace de 17 hectares, où poussent "33 000 arbres d’ornement, conifères et arbustes entre lesquels fleurissent plusieurs centaines de rosiers".

Plus récemment, la question s'est également posée dans la capitale : lundi 8 juillet 2019, le Conseil de la ville de Paris s'est réuni afin de discuter de la mise en place du premier cimetière écologique de la région à Ivry-sur-Seine, dans le Val-de-Marne : à partir de septembre, l'inhumation aura lieu directement en terre, sans utilisation de monument, les cercueils pourront être en carton ou en bois provenant uniquement de France, et les corps devront être exempts de produit chimique afin d'être enterrés dans le lieu. 

Devenir un arbre, c'est possible ?

Si poétique soit l'idée, elle serait également une manière de réduire l'impact environnemental de notre mort. De plus en plus de sociétés reprennent par ailleurs ce concept pour le moins original. C'est le cas de l'entreprise espagnole Urne Bios, qui propose sur le marché des urnes "100 % biodégradables". Comment ça marche ? On y dépose les cendres du défunt dans la partie inférieure de l'urne, la graine de notre choix dans la partie supérieure (capsule), et la nature fera le reste. "De cette façon, la mort devient une transformation et revient à la vie à travers la nature", explique la société sur son site internet. L'urne peut ensuite être enterrée dans son jardin ou dans un cimetière, après autorisation de la commune. 


L'humusation ou le compost humain 

Certains poussent la démarche encore plus loin en voulant légaliser l'humusation, pratique encore interdite dans le monde. De quoi s'agit-il ? C'est un "processus contrôlé de transformation des corps par les micro-organismes dans un compost composé de broyais de bois d'élagage, qui transforme, en 12 mois, les dépouilles mortelles en Humus sain et fertile", explique humusation.org, une organisation belge qui lutte pour la légalisation de cette pratique. Celle-ci est également à l'origine d'une pétition lancée en 2014, qui a recueilli plus de 17 000 signatures à ce jour. Mais quels sont les avantages du "compost humain" ?

Selon l'organisation, l'humusation évite le rejet de produits toxiques dans l'atmosphère ou dans les égouts, utilise très peu d'énergie fossile et ne dégrade pas les sols. "Au contraire, l'humusation crée un humus riche, utilisable pour améliorer les terres", précise-t-elle. Katrina Spade, fondatrice de l'entreprise américaine de compostage humain "Recompose", expliquait, lors d'une conférence TedX, que l'humusation éviterait ainsi le rejet d'une tonne de CO2 à chaque fois que l'on opte pour ce procédé à la place de la crémation ou de l'inhumation. 

Bien qu'elle ne soit autorisée nulle part, l'humusation est de plus en plus discutée : en Belgique par exemple, où des milliers de citoyens s'emparent du sujet, mais également aux États-Unis, où une loi proposant de la légaliser a été votée en avril dernier dans l'État de Washington, qui sera ainsi le premier au monde à légaliser le "compost humain" : la loi entrera en vigueur le 1er mai 2020.

Du côté de la France, le sujet est également entré dans le débat, notamment en 2016 lorsque la sénatrice LR du Rhône, Elisabeth Lamure, réclamait ainsi sa légalisation. "Un certain nombre de Français, dont des habitants du département du Rhône, souhaitent pouvoir bénéficier de l'humusation", avait-elle expliqué dans une question écrite, adressée au ministre de l'Intérieur. Ce dernier avait ainsi répondu que cette pratique, "actuellement interdite", "soulèverait des questions importantes, tenant notamment à l'absence de statut juridique des particules issues de cette technique". Affaire à suivre...

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