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Environnement

Des cheveux pour lutter contre la pollution marine

Thierry Gras, de l'association "Coiffeurs Justes" qui recycle les cheveux.
©Thierry Gras/Coiffeurs Justes

Avec son association, ce coiffeur collecte les cheveux des salons de coiffures qui sont ensuite transformés en boudins. Grâce à leur propriété absorbante, ils sont utiles pour dépolluer les eaux.

Coiffeur depuis trente ans, Thierry Gras a créé la marque Hairdresser Fair il y a cinq ans. Le but premier était de pratiquer l'égalité des tarifs pour les coupes hommes et femmes. Son association de recyclage des cheveux "Coiffeurs Justes" est quant à elle née en 2017 - elle compte en plus de lui une salariée à mi-temps. Ensemble, ils collectent les cheveux issus des salons de coiffures. 

Dans la profession, on sait que le cheveu est une affaire intéressante ? 

Oui, quand nous étudions la coiffure, nous apprenons toutes les qualités du cheveu, nous faisons son historique. Et depuis des millénaires, c'est une matière qui a toujours été utilisée. Son utilisation a disparu quand le plastique est apparu, mais à l'époque, les gens faisaient avec ce qu'ils avaient sous la main. Pour la petite histoire, au Moyen-Âge, les nobles s'essuyaient les mains dans les cheveux des domestiques. C'est comme ça que l'on savait que les cheveux absorbaient le gras. 

Comment vous est venu l’idée de recycler les cheveux ? 

Ça fait 30 ans que j'y pense ! Et en cherchant sur Internet je me suis aperçu que rien n’était fait. J'ai donc monté l'association pour gérer ce flux de matières premières. En 2015, nous avons demandé des fonds européens pour monter le projet ce qui a mis deux ans. Nous avons profité de ce temps pour mettre au point le sac à cheveux pour les collecter, et c'est un petit peu cela, l'innovation. Un sac complètement bio avec de la colle de maïs. Le sac est calibré pour contenir la production d'un coiffeur par mois. Durant deux ans, nous avons continué à avancer dans notre projet qui en quelque sorte, a pu être lancé grâce aux médias et aux clients. Cela fait des années que les gens me posent la question : “Qu'est-ce que vous faites des cheveux ?”. Je passais au départ pour quelqu'un en avance, voire un illuminé. Puis une vidéo sur mon projet est passée sur une chaîne nationale, et les clients ont été touchés : ils ont demandés à leurs coiffeurs : “Attendez, on peut faire cela avec les cheveux ? Pourquoi vous n’adhérez pas à l’association ?” 

L'objectif est qu'il n'y ait plus un seul cheveu de jeté en France, en Europe et sur la planète. Avec toutes les qualités qu'il a, ce serait vraiment dommage de se priver de cette matière !

Combien avez-vous d'adhérents maintenant ? 

Nous avons 3600 salons adhérents, et plus de 6 000 coiffeurs en France. Ce qui représente 45 tonnes de cheveux propres stockés, triés et prêts à être transformés. Il faut savoir qu'un coiffeur produit 500 litres de cheveux par an car il fait 220 à 230 coupes de cheveux par mois. Les cheveux représentent 50 % de la poubelle d’un coiffeur. Et l'objectif est qu'il n'y ait plus un seul cheveu de jeté en France, en Europe et sur la planète. Avec toutes les qualités qu'il a, ce serait vraiment dommage de se priver de cette matière ! Au début, quand j'ai lancé l’idée, les grandes marques me disaient : “Les coiffeurs ne vous enverront jamais les sacs !”, mais finalement ils le font.

Justement, que faites-vous des cheveux ? 

Pour l'instant nous les donnons à un IAE, centre d'Insertion par l'Activité Économique qui les collecte et transforme. Ils sont mis dans des collants recyclés qui servent à dépolluer les océans. Cela peut aussi dépolluer les bassins de rétention des autoroutes, les pôles industriels les rivières... Cela peut servir pour des macro-pollutions lorsqu'il y a un gros accident, mais aussi dans les micro-pollutions qui sont récurrentes et constantes.

Concrètement, comment les cheveux permettent de dépolluer ? 

La qualité première du cheveu et qu’il est lipophile, c'est à dire que les produits gras se collent et ne rentrent pas à l’intérieur. C'est pour cela qu'ils sont lavables. Pour vous donner un exemple, 1 kg de cheveux absorbe huit litres d'hydrocarbures, c’est gigantesque. Et comme nous pouvons les laver, ils sont réutilisables. Ils sont mis dans des collants comme cela a été le cas pour l'Île Maurice. J’ai envoyé une vidéo pour leur montrer comment fabriquer les boudins, parce que sur place ils avaient déjà le nécessaire pour pouvoir réagir dans l’urgence, les cheveux et les collants.

À l'heure actuelle, tous les ports ont déjà des boudins synthétiques de dépollution. Mais c’est du pétrole pour dépolluer du pétrole, c’est un peu dommage.

Qui peut utiliser ces boudins ? 

Les communautés de communes, ports, autoroutes, zones industrielles, pétroliers... Cela ouvre un champ du possible car à l'heure actuelle, tous les ports ont déjà des boudins synthétiques de dépollution. Mais c’est du pétrole pour dépolluer du pétrole, c’est un peu dommage. Nous aimerions que les communautés de communes mettent à disposition des conteneurs ou des locaux pour que les coiffeurs puissent déposer les cheveux et qu'ils restent sur place. À terme, l’idée est de développer une économie locale, que par exemple les cheveux de Paris restent sur Paris pour dépolluer la Seine ou les zones industrielles. Nous avons déjà beaucoup de centres d’affaires ou de prisons qui sont intéressés pour récupérer cette matière un peu dans toute la France.

Une interview réalisée en partenariat avec France Inter. Pour écouter la chronique Social Lab :

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