Environnement

Canicule, pollution de l'air et projet de loi énergie... Le débrief' de la semaine

Vue de Paris, le jour d'un pic de pollution.
©BERTRAND GUAY / AFP

À la une de l'actualité durable cette semaine : une vague de chaleur intense qui traverse la France, entraînant des pics de pollution dans certaines régions, l'État français reconnu coupable pour la première fois d'inaction dans la lutte contre la pollution de l'air et le projet de loi énergie et climat débattu à l'Assemblée Nationale. 

Alerte canicule et pic de pollution en France

Il a fait chaud cette semaine en France : mercredi 26 juin, 78 départements étaient placés en vigilance orange canicule. Cette vague de chaleur intense fut également accompagnée de pics de pollution dans certaines régions, entraînant ainsi la mise en place d'une circulation différenciée dans les villes de Paris, Lyon, Marseille et Strasbourg. Un "forfait anti-pollution" a également été mis en place dans la capitale, mercredi 26 juin, par Île-de-France Mobilités (IDFM), permettant ainsi aux usagers de se déplacer en transport dans toute la région pour 3,80 euros par jour.

Ce vendredi 28 juin, 76 départements étaient toujours placés en vigilance orange et quatre en vigilance rouge : l’Hérault, le Gard, les Bouches-du-Rhône et le Vaucluse. Un record a même été battu à Villevieille dans le Gard, où le thermomètre affichait 45,1 °C. "Il faudra attendre au minimum jusqu'à mardi pour voir l'ensemble du pays retrouver des températures moins élevées, mais qui devraient rester au-dessus des normales de saison", a expliqué Météo-France. "La multiplication des phénomènes, le nombre de jours dans l’année et l’intensification du phénomène, c’est évidemment l’une des conséquences palpables du réchauffement climatique", a affirmé en début de semaine le ministre de la Transition écologique, François de Rugy, au micro de RMC et BFMTV. Nos conseils pour se rafraîchir sans climatisation à retrouver ici.

L'État reconnu coupable d'inaction dans la lutte contre la pollution de l'air 

C’est historique : pour la première fois en France, le tribunal administratif de Montreuil a reconnu, mardi 25 juin, l’inaction du gouvernement français dans la lutte contre la pollution de l’air. Les deux victimes, une mère et sa fille, réclamaient 160 000 euros de dommages et intérêts pour le manque d’implication de l’État lors du pic de pollution qui a touché Paris en 2016. Alors qu’elles vivaient toutes deux à Saint-Ouen, c’est à cette période que les problèmes respiratoires dont elles souffraient déjà se sont accentués pour donner lieu à des bronchites et des crises d’asthme. Elles ont depuis déménagé à Orléans, où leur santé s’est améliorée.

Si les juges ont reconnu "la responsabilité de l’État" pour "carence" dans la mise en œuvre du "plan de protection de l’atmosphère" en Île-de-France, ils n’ont cependant pas retenu la demande d’indemnisation des victimes. Maître Lafforgue, avocat des deux plaignantes, considèrent que cette décision pourra créer de nouvelles opportunité "pour Farida et les autres victimes de la pollution de l’air qui ont engagé des poursuites", mais envisage toutefois de faire appel.

Projet de loi énergie et climat : clap de fin pour les centrales à charbon

C’est officiel : dans le cadre de l’examen du projet de loi énergie et climat, l’Assemblée Nationale a voté, jeudi 27 juin, pour la fermeture des quatre centrales à charbon de France d’ici 2022. "C'est un choix important en matière énergétique de tourner une page (...) et c'est concrètement la transition énergétique", a déclaré le ministre de la Transition écologique François de Rugy, qui a également ajouté que sur "beaucoup de ces territoires, d'autres activités de production énergétique, d'énergies renouvelables ou d'activité industrielle liées aux énergies renouvelables vont prendre le relais".

L'Assemblée Nationale décrète "l'urgence écologique et climatique" 

Après le Royaume-Uni, c'est au tour de la France de décréter "l'urgence écologique et climatique". Cette action symbolique, votée jeudi 27 juin, a été inscrite dans le premier article du projet de loi énergie et climat, qui prévoit notamment d’atteindre "la neutralité carbone" d’ici 2050 et une baisse de 40 % de la consommation d’énergies fossiles d’ici 2030. L’ancienne ministre de l’Écologie, Delphine Batho, et l’ex-député de La République en Marche, Matthieu Orphelin, ont cependant estimé que la loi n’était pas à la hauteur des enjeux climatiques. "L’objectif de 40 % en 2030 ne correspond à rien, c’est un chiffre politique", déplore Delphine Batho. "Le coeur du débat est de savoir si l’urgence climatique, c’est juste des mots ou s’il y a une traduction concrète".

La France, mauvaise élève dans la lutte contre le changement climatique 

Le Haut conseil pour le climat (HCC), formé par le président Emmanuel Macron, a remis au Premier ministre, mardi 25 juin, un premier rapport d’une quarantaine de pages, intitulé "Agir en cohérence avec les ambitions" dans lequel ils reconnaissent des "objectifs ambitieux" de la part du gouvernement mais des "actions insuffisantes". Si celui-ci salue la décision de la France d’inscrire dans la loi un objectif de neutralité carbone pour 2050, sa présidente, la climatologue Corinne Le Quéré, estime cependant qu'"au rythme actuel, les engagements de la France ont peu de chance d’être tenus".

"Tant que l'action en réponse au changement climatique restera à la périphérie des politiques publiques, la France n'aura aucune chance d'atteindre la neutralité carbone en 2050. Pour cela il faut que les mesures pour réduire les émissions deviennent une priorité nationale, au cœur des décisions des acteurs publics et privés", souligne la scientifique. Le HCC préconise notamment de mettre en place des réformes structurelles pour mettre le climat "au cœur de l’action publique" et souligne également la nécessité de remettre en place la très contestée taxe carbone, mais cette fois avec plus de transparence et plus d’équité. Les membres du gouvernement auront six mois pour répondre à ce rapport devant le Parlement. 

Décrochage des portraits présidentiels : trois militants relaxés

Mercredi 26 juin, trois militants écologistes ont été relaxés par le tribunal de Grande Instance de Strasbourg après avoir été condamnés, le 5 mars dernier, pour "vol en réunion" après avoir décroché le portrait d’Emmanuel Macron dans la mairie de Kolbsheim. Lancé en février dernier par le mouvement citoyen ANV-COP21, la campagne de désobéissance civile #DécrochonsMacron consiste à se rendre dans les mairies françaises pour y décrocher les portraits du président, une action qui vise à dénoncer "l’inaction climatique" du gouvernement.

Selon ANV-COP21, 99 personnes auraient été auditionnées dans le cadre de cette campagne, dont 63 placées en garde à vue. 50 domiciles ont été perquisitionnés et 10 procès sont actuellement en cours, avec 36 personnes poursuivies. Le 28 mai dernier, lors du premier procès, six militants ont été condamnés à des amendes pouvant aller jusqu’à 500 euros pour avoir également participé à une action de décrochage dans la mairie de Jassans-Riottier, située dans le département de l'Ain. 

Les investisseurs font pression auprès des dirigeants

477 investisseurs mondiaux, représentant pas moins de 34 000 milliards de dollars d’actifs sous gestion, soit près de la moitié du capital investi dans le monde, ont haussé le ton dans une lettre ouverte adressée aux pays membre du G20, qui se réunissent ce vendredi 28 juin au Japon. Les signataires de l’appel, dont Amundi, Axa ou encore Natixis Investment Managers, réclament aux gouvernements de prendre des mesures "urgentes" contre le changement climatique afin de respecter les objectifs fixés lors de l’Accord de Paris. Ils exhortent notamment les États à supprimer progressivement les subventions au charbon et aux combustibles fossiles et à accélérer les investissements du secteur privé vers la "transition à faible intensité carbone".