Les biocarburants sont notamment fabriqués à partir de matières oléagineuses comme le colza ou le tournesol.
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Environnement

Biocarburants : le boom d'une énergie "verte" qui menace les cultures alimentaires

La demande mondiale de biocarburants devrait progresser de plus de 30 % cette année. Mais cette solution face aux énergies fossiles soulève une question : peut-on faire rouler les voitures sans fragiliser notre alimentation ?

Alors que la crise au Moyen-Orient rappelle au monde sa dépendance aux énergies fossiles, des solutions émergent dans le transport et le chauffage. La France mise notamment sur l'électrification de ces secteurs, notamment en se reposant sur son parc nucléaire imposant. D'autres nations, comme la Chine ou l'Allemagne, investissent massivement dans les énergies renouvelables via le photovoltaïque et l'éolien. Plus discrets, les biocarburants se démocratisent et remplissent véhicules et chauffages domestiques.

C'est le constat que fait Transport & Environment dans son dernier rapport sur ces agrocarburants. Selon l'organisation européenne, la demande mondiale pourrait augmenter de 70 % d'ici 2030. Une hausse importante qui témoigne d'un vrai engouement pour cette solution qui complète ou remplace les combustibles fossiles. Mais derrière cette croissance se cache une autre dépendance : celle aux ressources agricoles, nécessaires à la fabrication de ces carburants.

La guerre des engrais

Pour produire ces carburants dits "verts", il faut pourtant mobiliser des ressources qui ne sont pas illimitées. Selon T&E, les biocarburants consomment déjà environ 5 % des engrais mondiaux. Déjà fortement perturbée par le blocage du détroit d'Ormuz, l'industrie des engrais est sous tension depuis plusieurs mois. Résultat : le secteur agricole subit une forte hausse des prix des engrais azotés. Ce sont également des milliers d'hectares de cultures qui se transforment pour alimenter la demande toujours plus importante.

Les biocarburants ne peuvent être qu'une ressource d'appoint, et leur expansion aurait des conséquences catastrophiques aussi bien sur les prix alimentaires que sur l'environnement.

"La situation est particulièrement grave dans certains pays", rappelle T&E. L'Indonésie consacre près de 20 % de ses engrais aux biocarburants, les États-Unis environ 10 %, et l'UE 8 %. Cette concurrence entre agriculture alimentaire et production énergétique accentue les tensions sur les marchés agricoles. Dans un contexte où les sols sont déjà fragilisés par le changement climatique, l'utilisation croissante d'engrais pour les carburants interroge la durabilité réelle de cette transition.

Quid de l'alimentation ?

Au-delà des ressources agricoles nécessaires à leur production, les biocarburants posent aussi la question de leur impact direct sur l'alimentation mondiale. Les prix des produits agricoles, notamment les huiles végétales, explosent. Leur indice FAO mensuel a gagné 3,3 % en février dernier, atteignant son plus haut niveau depuis juin 2022. Une hausse qui s'explique notamment par la forte demande mondiale, alors que certaines cultures destinées à nourrir les populations sont désormais utilisées pour alimenter des moteurs.

Face à ces tensions, T&E alerte sur les limites d'une transition énergétique qui reposerait sur des terres agricoles. "Les gouvernements jouent un jeu dangereux en valorisant des carburants qui proviennent de cultures alimentaires", déplore Marie Chéron, directrice par intérim de T&E France. "Les biocarburants ne peuvent être qu'une ressource d'appoint, et leur expansion aurait des conséquences catastrophiques aussi bien sur les prix alimentaires que sur l'environnement", conclut-elle.