Nouvelle feuille de route pour atteindre la neutralité carbone en 2050.
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Environnement

La France veut se passer du pétrole d'ici 2045 : un objectif réaliste ?

Après trois vagues de chaleur en moins de deux mois, le gouvernement a adopté, mercredi 15 juillet, la troisième Stratégie nationale bas-carbone (SNBC-3), sa nouvelle feuille de route pour atteindre la neutralité carbone en 2050. Parmi les objectifs : sortir du pétrole d'ici à 2045. Une ambition qui s'inscrit dans un calendrier plus large, avec l'abandon du charbon en 2030 et du gaz fossile en 2050    

En 2024, les énergies fossiles représentaient encore 57 % de la consommation finale d'énergie en France. Le pétrole en constitue à lui seul près de 38 %. La Stratégie nationale bas-carbone (SNBC-3) fixe l'objectif de réduire de 50 % les émissions de gaz à effet de serre d'ici à 2030 par rapport à leur niveau de 1990, soit un rythme moyen de baisse d'environ 5 % par an, afin d'atteindre la neutralité carbone en 2050. En présentant cette nouvelle feuille de route, le gouvernement a insisté sur la nécessité de maintenir le cap de la décarbonation.

"Cette actualité nous rappelle le besoin d'accélérer notre adaptation, mais n'occulte pas pour autant la nécessité de mener des efforts tout aussi soutenus en matière de décarbonation. Car la première résolution face au changement climatique reste la baisse des émissions", a affirmé la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, en présentant ce plan au ministère.

Les transports, au cœur de la sortie du pétrole

Le défi est particulièrement important avec les transports. La stratégie gouvernementale mise donc en priorité sur l'électrification du parc automobile.

D'ici à 2030, 66 % des voitures neuves vendues devront être électriques, tout comme 90 % des autobus. Le gouvernement souhaite également produire un million de véhicules électriques par an à l'horizon 2030, contre 400 000 dès 2027, afin de renforcer une filière industrielle française.

Mais l'électrification ne constitue pas le seul levier. La SNBC mise aussi sur le développement des biocarburants, des transports collectifs et sur davantage de sobriété dans les déplacements.

Les transports internationaux restent encore un angle mort dénoncé par plusieurs associations environnementales, qui estiment que les mesures concernant l'aviation et le transport maritime demeurent insuffisantes.

Industrie, électricité et agriculture également concernées

Si les transports représentent l'essentiel de la consommation pétrolière, d'autres secteurs devront eux aussi réduire fortement leur dépendance aux énergies fossiles.

L'industrie devra réduire ses émissions de 70 % d'ici à 2030, puis de 96 % en 2050. Pour y parvenir, la stratégie repose sur l'électrification des procédés industriels, les économies d'énergie, mais aussi le captage et le stockage du carbone pour les secteurs les plus difficiles à décarboner.

L'agriculture est également appelée à diminuer ses émissions de 26 % en 2030 puis de 53 % en 2050, grâce notamment à une réduction des émissions liées aux élevages, à une meilleure efficacité énergétique et à une évolution des habitudes alimentaires, avec une baisse attendue de la consommation de viande et de viande importée.

Se passer du pétrole suppose aussi de remplacer les carburants fossiles par une électricité décarbonée. Le gouvernement prévoit notamment de multiplier par dix ses capacités de production solaire, et dépasser les 100 GW d’ici 2050. L’idée est de poursuivre le développement de l'éolien terrestre et de l’éolien en mer.

Un objectif encore ambitieux

Sur le papier, la trajectoire est claire. Dans les faits, plusieurs spécialistes rappellent que le principal défi n'est pas seulement technologique mais aussi politique, économique et social.

La première difficulté concerne le rythme de réduction des émissions. Pour respecter la SNBC, la France devra diminuer ses émissions de 5 % par an jusqu'en 2030. Or la baisse observée par l’association le Citepa ralentit : après -6,8 % en 2022 et -3,9 % en 2023, elle n'a été que de -3 % en 2024 puis -2,1 % en 2025.

Les investissements nécessaires constituent un autre défi majeur. Le renouvellement du parc automobile, la rénovation énergétique des logements, le développement des infrastructures électriques ou encore la construction de nouvelles capacités de production représentent plusieurs dizaines de milliards d'euros.

Pour Anne Bringault, directrice des programmes du Réseau Action Climat, le texte n'accorde pas une place assez importante à la sobriété : "Est-ce que c'est la SNBC qu'auraient faite les ONG ? Non, clairement, on aurait davantage appuyé sur la sobriété notamment dans le transport international".

Les ONG s'inquiètent également des contradictions entre les ambitions affichées et certaines décisions budgétaires, comme le gel récent de 163 millions d'euros du Fonds vert destiné à financer les projets de transition écologique.

"Année après année, nous avons mis au point des technologies efficaces et accessibles pour apprendre à nous déplacer, à nous chauffer et à produire en nous passant progressivement des énergies fossiles. L'enjeu est désormais d'en accélérer le déploiement et c'est l'objet de cette nouvelle stratégie qui secteur par secteur, nous donne un mode d'emploi très concret pour réduire nos émissions", a ajouté la ministre.

Au-delà des annonces, tout dépendra donc de la capacité du gouvernement à transformer cette stratégie en politiques publiques concrètes et à maintenir les investissements nécessaires sur les vingt prochaines années.