Ce mercredi 17 juin, le Parlement européen est sur le point d’approuver des plantes issues de nouvelles techniques génomiques.
© Steward Masweneng / Pexels
Environnement

"Nouveaux OGM" : pourquoi ces plantes génétiquement modifiées divisent l'Europe

Ce mercredi 17 juin, le Parlement européen a adopté un texte concernant les plantes issues des nouvelles techniques génomiques (NGT), parfois présentées comme les "nouveaux OGM". Défendues par leurs partisans comme un outil d'adaptation au changement climatique, elles suscitent toutefois de fortes inquiétudes chez une partie du monde agricole, des ONG et des défenseurs de l'agriculture biologique. On fait le point.

Le Parlement européen a adopté le 17 juin un texte visant à assouplir les règles applicables à certaines plantes issues des nouvelles techniques génomiques (NGT), souvent qualifiées de "nouveaux OGM". Contrairement aux OGM de première génération, ces végétaux sont obtenus par modification ciblée du génome sans introduction d'ADN provenant d'une autre espèce.

Une fronde importante 

Pour rappel, le 16 juin, des agriculteurs s'étaient rassemblés devant le Parlement européen à Strasbourg pour dénoncer l’autorisation de ces OGM. Pour la Confédération paysanne, il s’agit "d’une aberration agronomique et écologique confirmée par tous les paysans soucieux de bien nourrir leurs concitoyens et par de nombreux scientifiques".

Contrairement à la première génération d’OGM, ces nouvelles versions sont modifiées sans introduire d’ADN étranger, mais à l’intérieur de la graine directement. On les appelle les NGT. Le problème : on ne connaît pas encore leur impact sur la santé ou l’environnement. "C’est une menace directe pour la souveraineté alimentaire et pour la diversité génétique des plantes cultivées", a ajouté la confédération paysanne. 

Ils soulèvent en effet plusieurs interrogations sur les plans environnemental, économique et éthique. Parmi les risques évoqués figure notamment la dissémination de certains caractères génétiques vers des plantes sauvages apparentées. 

"Une plante génétiquement modifiée pour être tolérante à un herbicide risque de transmettre cette tolérance à des plantes sauvages de la même famille", selon une publication du ministère de la transition écologique. Certaines plantes génétiquement modifiées pour produire leur propre insecticide pourraient également affecter des insectes non ciblés, qui jouent pourtant un rôle important dans le fonctionnement des écosystèmes. Les opposants aux OGM soulignent par ailleurs qu'une utilisation massive de ces cultures pourrait favoriser l'apparition de résistances chez certains ravageurs, réduisant progressivement l'efficacité de ces protections.

Le risque de la privatisation des OGM

Les OGM présentent également des risques socio-économiques liés à la question des brevets et de la propriété industrielle. Par exemple, si une entreprise développe une variété d’OGM, elle peut la breveter. Cela lui confère un droit exclusif d’exploitation, ce qui pose de multiples problèmes aux agriculteurs :

  • Ils doivent, par exemple, acheter des semences très chères auprès de l’entreprise qui détient le brevet ; 
  • Ils ne peuvent pas replanter une partie de leur récolte comme semence l’année suivante. Il est aussi impossible de se les échanger ;
  • Les exploitants peuvent devenir rapidement dépendant de grandes entreprises contrôlant le marché tel que Mosanto.

Concrètement, les brevets entraînent une "stérilité juridique" des plantes agricoles.

À lire aussi :  5 minutes pour comprendre la polémique sur les "nouveaux OGM"

Une réflexion éthique sur la modification génétique des êtres vivants

Les discussions autour des "nouveaux OGM" ne se limitent pas aux enjeux agricoles ou environnementaux. Elles soulèvent également des questions éthiques. Le Comité consultatif national d'éthique (CCNE) en met notamment deux en avant :

  • La transmission des modifications génétiques à la descendance
  • La maîtrise incomplète des techniques, ce qui entraîne une incertitude quant à leurs effets à court et à long terme sur les individus et la biodiversité.

Cela interroge plus largement la place de l'intervention humaine sur le vivant et les limites que la société souhaite lui fixer. Certains acteurs du monde agricole craignent également que la diffusion de semences génétiquement modifiées renforce la dépendance économique des exploitants envers les entreprises qui les commercialisent, dans un contexte où de nombreuses exploitations font déjà face à d'importantes difficultés financières.