Les ONG environnementales ont fustigé mercredi l'abandon de l'indicateur français de mesure de l'usage des pesticides.
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Environnement

Atlas des pesticides 2023 : quatre infos à retenir

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L'institut allemand Heinrich-Böll, en collaboration avec plusieurs organisations françaises, a publié le 16 mai dernier l’édition 2023 de l’Atlas des pesticides, une première dans l’Hexagone. Le rapport de 68 pages se penche sur la dépendance du pays aux produits phytosanitaires. Quatre infos à retenir de l’étude.   

Selon l’Atlas des Pesticides, publié par l’institut allemand Heinrich-Böll le 16 mai dernier, l’utilisation des produits phytosanitaires s’est accentuée. Le but de ces substances chimiques : aider les agriculteurs à réguler ou éliminer les organismes considérés comme indésirables. Mais leur usages posent question tant en termes d’impact sur la biodiversité que sur la santé humaine. Le document, qui entend, "contribuer au développement de solutions alternatives", présente un état des lieux de la situation agricole à l'échelle nationale et européenne.

1. Des chiffres en hausse

Quatre entreprises sont ciblées par l'Atlas des pesticides, détenant les plus importantes parts de marché dans le monde : Syngenta Group, Bayer, Corteva et BASF. Elles représentaient 31 milliards d’euros en 2018, soit 70 % du marché mondial, contre 29 % en 1994. Le rapport note qu'environ "un quart de toutes les ventes de pesticides est réalisé dans l’Union européenne, soit 12 milliards par an". Si les produits fongicides, herbicides et pesticides sont réglementés en Europe, ces quatre grandes firmes exportent à hauteur de 5,8 milliards d’euros chaque année, dans les pays où les législations sont plus souples. Depuis deux décennies, l’Amérique du Sud a ainsi augmenté ses épandages de 120 %.

2. Un problème de santé publique

Notre alimentation est la principale victime de cette dépendance. Si l’EFSA (Autorité Européenne de Sécurité des Aliments) affirme que 96 % d’aliments testés en 2023 étaient dépourvus de résidus de pesticides ou à des taux inférieurs à la limite autorisée, l’institut Heinrich-Böll avance pour sa part des chiffres différents : par exemple, 85 % des fraises ou des groseilles présentes sur le sol européen contiendraient des pesticides.

Au début de la chaîne de production, les agriculteurs sont les plus exposés : 50 % des pesticides employés en 2021 au Brésil étaient classés comme "extrêmement dangereux". Un chiffre qui s’élève à 67 % pour le Kenya. Un laxisme sur les réglementations explique entre autres ces disparités, tandis que "le nombre total de décès dus à un empoisonnement non intentionnel par les pesticides s’élève à environ 11 000 par an dans le monde", selon l'organisme de recherche allemand. "Chaque année 385 millions de personnes sont victimes d’empoisonnement par les pesticides", stipule encore le rapport.

3. La biodiversité européenne en déclin

Outre ces aspects sanitaires, les chercheurs mettent également en lumière les dégâts environnementaux causés par les pesticides sur le sol européen. Leur contamination touche 60 % des cours d'eau du Vieux continent. Au Nord de l'Union, plusieurs animaux marins tels que les marsouins, les loutres ou les dauphins ont été par exemple contaminés par "l’hexachlorobenzène (HCB), fongicide interdit en 1981". 

Sous terre, les sols européens ont été bouleversés par l’usage massif de pesticides. La végétation s’est faite plus rare, affectant les écosystèmes qui la composent. Au point que les principales puissances agricoles (France, Espagne, Pologne..) ont vu 80 % de leur surface arable contaminée en 2019, selon l'enquête.

4. Directive européenne en question

"Bien que l’UE possède la législation sur les pesticides la plus poussée au monde, elle ne parvient pas à faire baisser leur consommation. Sa stratégie De la ferme à la table entend y remédier, mais laisse de nombreuses questions en suspens", affirment les chercheurs. En effet, malgré une baisse de presque un quart des épandages les plus dangereux en Europe depuis 10 ans, selon Eurostat, le constat est clair : l'Europe "a échoué" dans la mise en place de directives strictes, concernant un problème agricole pourtant connu depuis longtemps. De son côté, la Commission européenne s’est mobilisée en octobre 2021 avec l’adoption d’une mesure ambitieuse. Celle-ci prévoit de réduire de moitié la présence de pesticides sur les champs des producteurs européens avant 2030. Insuffisant aux yeux d’un million d’Européens, qui ont adhéré à l’initiative citoyenne "Sauvez les abeilles et les agriculteurs". Ils exigent une réduction de 80 % de l'utilisation des pesticides chimiques d'ici à 2030. L’Institut à l’origine du rapport déplore également l’absence de traités mondiaux sur le sujet.

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