"Le plastique est au cœur des débats, mais il est trop souvent la cible de raccourcis", introduit le syndicat de la plasturgie dans son communiqué. Polyvia a lancé sa campagne "Too much ?" le 7 janvier et diffuse ses affiches pour interpeller les consommateurs. Ton absurde, visuels décalés, QR code pour approfondir le sujet… Le syndicat pose la question de la pertinence de remplacer systématiquement le plastique, comme le prévoit la loi antigaspillage pour une économie circulaire (AGEC).
"Un yaourt dans un pot en poils ?" ou encore "une pause déjeuner dans une barquette en glaçon ?" : les affiches diffusées interrogent la tendance à remplacer le plastique par d'autres matériaux pour améliorer l'image d'un produit. Prévue pour durer un an, la campagne s'étend aux grands pôles urbains : Paris, Lyon, Nantes, Bordeaux… Les affiches sont visibles sur 457 écrans répartis dans 257 supermarchés comme Franprix, Carrefour City ou Intermarché Express.

Une campagne légère, mais "inappropriée"
Si le sac à gravats en laine ou le jerrican en papier mâché peuvent faire rire, le lobby du plastique s'attaque frontalement aux décisions politiques en matière de lutte contre le polyéthylène (PE) et le polypropylène (PP). "Les emballages plastiques : pas systématiques mais souvent logiques !" s'inspire fortement du slogan "Les antibiotiques, c’est pas automatique". Mais ce tacle adressé à la loi AGEC fait réagir Mathieu Lefèvre, ministre délégué à la Transition écologique.
"Cette campagne est inappropriée face au défi plastique qui reste devant nous. Elle présente de manière caricaturale l'action publique et entretient une confusion entre les plastiques à usage unique, qui posent un problème avéré, et les autres usages encadrés", affirme le ministre dans les colonnes du mensuel Le Monde.
Pour autant, le syndicat a commandé une étude au cabinet Quantis afin de rendre son propos crédible. Le rapport compare l'impact sur l'environnement de différents emballages sur l’ensemble de leur cycle de vie. Verre, métaux, papiers-cartons, plastique… Cinq paramètres sont pris en compte : la consommation d'énergie, la quantité de matière utilisée, la mobilisation de matières recyclées, la possibilité de recycler et le réemploi.
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Une étude "biaisée"
À l'aide de ce rapport, le syndicat national de la plasturgie s'appuie sur une "méthodologie scientifique rigoureuse" et dédiabolise l'usage du plastique pour les emballages. "Grâce à leur légèreté et leur efficacité matière, les plastiques sont parmi les matériaux les moins impactants dans la plupart des cas d'usage comparatifs étudiés", explique l'organisation sur son site. Mais ce constat est remis en cause, notamment par la directrice de recherche à l’Inrae, Nathalie Gontard.
"L’étude biaisée sur laquelle s'appuie Polyvia n’évalue pas [...] les impacts des micro- et des nanoplastiques, qui, contrairement au carton ou au papier dont se moque Polyvia, sont retrouvés dans les endroits les plus protégés du monde et de nos corps - cerveau, placenta, sang, sperme… - et perturbent le bon fonctionnement du monde vivant", déplore la spécialiste des emballages. L’extraction d'énergies fossiles, sur laquelle repose le plastique, ainsi que les 4 200 substances chimiques ("hautement dangereuses" selon la communauté scientifique) ne sont pas non plus évoquées.