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Louise Émoi ou le pari des savons à froid, bio, fabriqués avec des produits locaux et... de l'amour

©Louise Émoi

Basée à Vielmur-sur-Agout, un village situé entre Toulouse et Castres, la savonnerie artisanale Louise Émoi met toute son énergie (...positive !) dans la fabrication de savons à froid, qui respectent les standards de l'agriculture biologique les plus stricts, boudent l'huile de palme et encouragent les producteurs locaux. 

Dans le Tarn, Véronique Schiavon, créatrice de la marque Louise Émoi, travaille avec Louise Charles Alfred et Matthieu Delbo, ses associés, et leur équipe, à fabriquer des savons à froid remplis d'amour pour ses clients.

©Louise émoi DR

"Lorsque je dis qu'ils sont fabriqués avec amour, ce n'est pas une simple accroche publicitaire, précise-t-elle. Je suis persuadée que dans chaque geste, l’intention transparaît : elle se transmet et se mélange furtivement aux matières premières."

Il y a trois façons de faire du savon, nous rappelle-t-elle. "La méthode la plus connue est celle du savon de Marseille et du savon d’Alep. Le processus est le suivant : tout d’abord, les huiles cuisent à 90 °C pendant une semaine. Mais peu d’huiles supportent une haute température sur une durée de sept jours, exceptées l'huile d'olive et l'huile de baie de laurier, qui sont utilisées pour fabriquer ces savons." Le gros avantage du savon de Marseille, selon Mme Schiavon, est qu'il s'agit d'un pur savon lavant. "Ce savon ne contient pas de glycérine ; il peut tout laver ! explique-t-elle. Cependant, malgré son efficacité sur le linge par exemple, il n’est pas forcément adapté pour nettoyer la peau."

La deuxième manière de faire du savon, la plus courante, n'est pas non plus celle pour laquelle a opté l'équipe de Louise Émoi - loin de là. "La méthode des 'bondillons' est employée dans 98 % des cas. Utilisée dans la savonnerie industrielle, elle se base sur l’utilisation de petits morceaux de savons que l’on assemble et que l’on passe dans une machine. Les industriels y ajoutent 4 % d’ingrédients complémentaires, comme par exemple de la couleur, du lait, du parfum... Puis la machine va pousser l’ensemble sous pression dans des moules pour obtenir des savons parfaits, jolis et sans aucune aspérité. Cette méthode a deux inconvénients majeurs : non seulement elle ne permet pas de choisir la formule, mais en outre les savons ne contiennent pas de surgras, pourtant essentiel pour reconstituer le  film hydrolipidique (ndlr : film protecteur qui recouvre la surface de l'épiderme humain)".

Non mécanisable, la fabrication de savons à froid était boudée depuis 200 ans par les savonniers. Nous avons créé sa formule.

La saponification à froid

©Louise émoi

Restait alors, pour cette entrepreneure originaire de la Martinique arrivée dans la métropole il y a 12 ans, la dernière option. "La troisième méthode est celle de la fabrication de savons à froid. Non mécanisable, elle était boudée depuis 200 ans par les savonniers. Nous avons créé sa formule, détaille Mme Schiavon. Le savon nous débarrasse de la poussière, des impuretés, mais aussi du sébum. C’est pourquoi dans mon processus, j’ajoute systématiquement à la fin un pourcentage d'huile qui ne sera pas saponifiée : par exemple de l’huile de noisette, de ricin, de macadamia, de chanvre…. Au final, environ 8 % d'huiles ne seront pas saponifiées : ce pourcentage d'huiles en surgras participera à rétablir le film hydrolipidique, pour ne pas décaper la peau." 

La saponification à froid est une réaction chimique entre un corps gras (des huiles végétales dans le cas de Louise Émoi) et une base, de la soude (hydroxyde de sodium) pour les savons solides et la potasse (hydroxyde de potassium) pour les savons liquides. Il résulte de cette réaction deux éléments, la glycérine et le savon. L'intérêt : préserver autant que possible les propriétés des huiles utilisées. 

Concrètement, l'équipe, composée de huit personnes, dont quatre en laboratoire, fabrique 2500 savons par jour, à la main, avec une cuve de 200 kilos. "La préparation se fait manuellement, au fouet. Et lorsque le savon commence à prendre, sa consistance ressemble un peu à celle de la mayonnaise", d'expliquer Mme Schiavon. "Nous bénéficions de la labellisation bio 'Nature et Progrès', qui est l’association bio la plus ancienne et la plus exigeante de France. Nous privilégions les circuits courts et le local. Et nos savons sont tous garantis sans huile de palme."

Une histoire de famille

Pourquoi avoir décidé de se lancer dans une telle aventure ? "Toute petite, ma fille a eu des problèmes de peau : elle ne supportait pas les gels douche, nous répond la créatrice de la marque. J’ai cherché une solution afin de la soulager et de calmer son épiderme. C’est alors que j’ai commencé à fabriquer du savon, juste pour elle. Ses problèmes de peau se sont volatilisés ! Ensuite, j’ai commencé à en distribuer autour de moi. Au bout de trois ans, ma décision était prise : après plusieurs formations, je me suis lancée dans ce magnifique métier de savonnier. Un an et demi après, je me suis installée via une coopérative, et cinq ans plus tard, la société a changé de forme. Toujours avec Louise et Matthieu, pour la partie technique et l’export, qui font partie de l’aventure depuis le début."

©Louise émoi

Louise Émoi est d'abord et avant tout une savonnerie, qui propose entre autres du savon au lait d'avoine, d'ânesse, de brebis ou du savon tout simple à l'huile d'olive, tous entourés d'un papier biodégradable. Mais l'entreprise vend également des soins bio pour hommes, des baumes et des huiles. La marque développe aussi du dentifrice et du déodorant solides. Véronique Schiavon dit avoir vendu environ 130 000 savons en 2018, et espère pouvoir doubler ce nombre cette année. L'entrepreneure insiste également sur son engagement auprès de ses employés : "À la base, je souhaite qu’il n’y ait pas de grande différence entre la rémunération des employés et la mienne. Mais au-delà de ce principe, je voudrais mettre en place un système d’intéressement aux bénéfices de Louise Émoi. Tous donnent beaucoup de leur personne, et sont très impliqués dans la vie de l’entreprise. C’est important pour moi."

On peut commander en ligne sur la plateforme de sa boutique, ouverte six mois à l'année et dont la surface s'apprête à être doublée. L'équipe de Louise Émoi se rend également dans divers salons, dont trois à Paris : Marjolaine, Vivre autrement et ZEN.

En partenariat avec Louise Émoi.

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