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Entreprises

Les entreprises à mission, un nouveau statut qui se met lentement en place

La Banque Postale a annoncé début mars sa conversion en entreprise à mission.
©SAMEER AL-DOUMY/AFP

La Banque Postale, filiale bancaire du groupe La Poste, est devenue mardi la dernière société en date à devenir une entreprise à mission, un statut qui peine encore à convaincre les grands groupes.

Explications sur ce dispositif récent qui tente de responsabiliser les entreprises tout en leur permettant de soigner leur image.

Qu'est-ce qu'une entreprise à mission ?

La disposition de "société à mission", prévue par la loi Pacte sur la croissance promulguée en mai 2019, permet à une société commerciale d'intégrer dans ses statuts des objectifs sociaux et environnementaux auxquels elle consacrera des moyens et un suivi. Il faudra pour cela qu'elle définisse elle-même et inscrive dans ses statuts une "raison d'être" ainsi que des objectifs précis.

L'entreprise devra aussi créer un nouvel organe de gouvernance, le "comité de mission". Composé à minima d'un salarié mais parfois aussi de parties prenantes externes (fournisseurs, experts, actionnaires), il veillera au respect de la mission.

Quelles entreprises ont sauté le pas ?

Fin décembre 2021, l'Observatoire des Sociétés à mission en avait recensé 505, dont 79 % dépendaient du secteur des services. Parmi les entreprises connues, on retrouve l'assureur Maif, Harmonie mutuelle, l'école de commerce EM Lyon, le réseau de jardinerie Botanic, la marque de bottes Aigle ou celle de chaussures Faguo, la banque Crédit Mutuel Alliance Fédérale, la marque de vêtements Le slip français, le groupe d'ameublement Camif ou encore le site de formation en ligne OpenClassrooms.

Selon l'Observatoire, seules sept entreprises cotées à Paris avaient franchi le pas fin 2021: la foncière Frey, la société de marketing relationnel Obiz, le promoteur Realites, le producteur photovoltaïque Voltalia, l'agence immobilière Les agences de Papa et les maisons de champagne Vranken-Pommery. Danone reste elle la seule société du CAC 40 à avoir adopté ce statut, depuis 2020.

Quels bénéfices ?

Devenir une entreprise à mission permet notamment de redorer son image de marque en valorisant le fait qu'elle œuvre pour l'intérêt général, à l'heure où "une majorité des Français considèrent qu'une entreprise doit être utile pour la société", détaille le ministère de l’Économie sur son site.

Pour Anne Mollet, directrice générale de l'association Communauté des entreprises à mission, s'inscrire dans cette démarche permet aussi de se démarquer dans la "guerre des talents" qu'est le processus de recrutement. "On voit la différence en termes d'attractivité de l'entreprise", détaille-t-elle auprès de l'AFP, car les collaborateurs se sentent "impliqués dans le projet de l'entreprise". En revanche, "point d'avantage fiscal ou financier", explique Mme Mollet, car ce statut a vocation à "embarquer le plus d'entreprises possibles" et devenir "le futur de l'entreprise engagée".

Quelles contraintes ?

Les entreprises à mission doivent respecter les objectifs sociaux et environnementaux qu'elles se sont fixés. Selon Anne Mollet, pour éviter tout "mission washing", à savoir l'adoption du statut seulement pour des arguments de communication, un organisme tiers indépendant est chargé tous les deux ans - trois ans pour les entreprises de moins de 50 salariés - de veiller au respect des engagements.

Un avis négatif n'entraîne pas automatique un retrait du statut de société de mission, mais "n'importe qui peut alors saisir le tribunal de Commerce" en ce sens. Si aucune pénalité financière n'est prévue, gare cependant à "l'effet boomerang" auprès des collaborateurs, prévient Mme Mollet, pour qui un manque de sincérité dans l'engagement peut nuire à l'image du groupe.

Pourquoi si peu de grosses entreprises à mission ?

"Le passage en société à mission pour les entreprises cotées peut nécessiter un temps plus long pour acculturer les actionnaires à ce nouveau modèle d’entreprise", affirme l'Observatoire dans son dernier rapport. Selon Mme Mollet, le changement statutaire peut par ailleurs prendre "12 à 18 mois" pour les grosses entreprises, si bien que de nombreuses sociétés verront leurs démarches plutôt aboutir "en 2022, voir en 2023".

"On devrait voir dans les prochains mois plus d'entreprises cotées se lancer", notamment "dans le domaine médico-social" après les scandales qui ont frappé les maisons de retraite, a-t-elle ajouté, rappelant que Korian, numéro un européen dans le domaine, s'est déjà lancé dans les démarches.

Avec AFP.