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Education/Citoyenneté

Village de tiny houses à Rezé : "Que tout le monde puisse avoir sa place dans la ville demain"

Gérard Allard, Maire de la ville de Rezé et Vice-Président de Nantes Métropole.
©gerardallard.blogs/DR

D'ici à la fin 2020, la ville de Rezé, en Loire-Atlantique, s'est engagée à expérimenter un village de minimaisons connues sous le nom de "Tiny Houses". Moins chères et plus respectueuses de l'environnement, la commune compte ainsi mettre à disposition un terrain de 7000 mètres carrés pour ces dernières. Entretien avec le Maire de Rezé, Gérard Allard.

Pouvez-vous expliquer votre décision d’affecter un terrain pour ce projet expérimental ?

La ville de Rezé a décidé au dernier conseil municipal d’offrir à un collectif d’habitants, qui viendrait s’installer avec des "Tiny Houses", un terrain de 7000 mètres carrés pour pouvoir développer leur projet collectif de constructions un peu nouvelles et alternatives.

 se situe ce terrain de 7000 mètres carrés ?

C’est un terrain qui se situe en plein cœur de la centralité métropolitaine, en face de l’île de Nantes, et pas très loin de la Loire. Donc la volonté de la ville, c’est de faire en sorte que les habitants de ces modes d’habitations alternatifs puissent trouver un site à l’intérieur de la ville et au cœur de la cité.

On associe trop souvent ce mode d'habitat à la campagne"

Aujourd’hui, on les renvoie souvent, et c’est le cas en Amérique du Nord, à la campagne. On associe trop souvent ce mode d’habitat à la campagne. Donc nous, nous avons souhaité que les gens qui veulent avoir une attitude écoresponsable puissent trouver toute leur place au cœur de la cité et en plein dans la centralité. 

Comment avez-vous donné naissance à cette idée-là ? 

C’est un ami qui m’a parlé des "Tiny Houses" et j’ai trouvé ça très sympathique. Il m’a mis en relation avec le constructeur de "Tiny Houses" de l’agglomération qui se trouve dans le village de "Le Palais" puis nous sommes allés visiter ces logements. Nous avons été très intéressés. La relation avec ces constructeurs nous a permis d’envisager de travailler avec un collectif. Il ne s’agit pas de travailler en direct avec un habitant ou un autre mais d’avoir un collectif qui se regroupe pour créer un village au cœur de la cité.

D'ici à la fin 2020, la ville de Rezé accueillera cinq "Tiny Houses".
©Rezé.fr

Comment cela va-t-il se passer pour créer ce collectif ?

Aujourd’hui, il y a beaucoup de gens, notamment des familles jeunes, qui ont envie d’expérimenter la vie en "Tiny". Nous allons faire un appel à manifestation d’intérêt et faire en sorte que le projet que l’on essaie de développer puisse être compatible avec la volonté et l’ambition de ces familles de pouvoir trouver une place dans la cité.

Combien de familles pourraient s’installer sur ce terrain ?

Dans un premier temps, nous partirons sur cinq logements. Puis, si l’expérience est positive, nous aurons sans doute, à terme, quinze à vingt logements de ce type. Soit sur ce site ou sur un autre. Parce que nous avons également regardé dans le cadre du plan local d’urbanisme métropolitain, la possibilité de trouver des sites sur plusieurs quartiers de la ville.

Est-ce que cela pourrait être une forme de spécificité, une expérimentation grandeur nature pour vous ? Avez-vous l’idée d’être pionnier sur ce genre de sujet ?                           

Je pense que nous devons être pionniers parce que nous avons cherché ailleurs. Bien sûr, en Amérique du Nord c’est assez développé, mais en Europe, nous n’avons pas vu de délibérations ni de projets de ce type-là.

La volonté n'est pas d'être pionnier mais de faire en sorte que tout le monde puisse avoir sa place dans la ville demain"

Donc nous le serons peut-être. Mais la volonté n’est pas forcément d’être pionnier mais de faire en sorte que tout le monde puisse avoir sa place dans la ville demain. Nous avons déjà, à Rezé, une histoire avec des formes d’habitats un peu innovants. Dans les années 30, nous avons développé "Claire Cité", "La Maison Radieuse", et, aujourd’hui, nous travaillons sur de l’habitat participatif. Nous avons déjà développé des projets comme cela sur plusieurs sites de la ville. Les "Tiny", c’est quelque chose de très nouveau et de très innovant et qui correspond à un public jeune. Cela dit, il y a également des retraités qui ont envie de vivre dans la ville en étant le moins consommateur d’espace et surtout le moins nuisant du point de vue de la planète en étant écoresponsables.

Cette transition écologique qui, finalement, est en pleine accélération et va de plus en plus loin ne demande-t-elle pas aussi une forme de souplesse à l’échelle communale ?

Il faut qu’on soit en capacité de s’adapter, d’innover, de trouver des réponses pour tout type de proposition. L’habitat classique en collectif ou en maison individuelle doit, aujourd'hui, être interrogé. Tout le monde n’a pas envie de s’inscrire dans ce mode-là. Et puis les nouvelles pratiques sont aussi respectueuses de l’environnement, davantage que l’habitat traditionnel. Donc faisons la place à tout le monde et à ceux qui vont sans doute faire des propositions pour la planète demain.

En tant qu’élu local, constatez-vous un changement de paradigme depuis quelques mois sur ces sujets-là ?

Oui bien sûr. Et cela sera certainement l’enjeu des prochaines échéances municipales. 

C'est la question des humains et de leur devenir qui est en première ligne"

C’est-à-dire la question de la ville et de son rapport à l’évolution de la planète et de l’humanité. Car c’est la question des humains et de leur devenir qui est en première ligne. Donc cette question-là, elle est prégnante et on la sent dans la préoccupation quotidienne des habitants. C’est, aujourd’hui, quelque chose qui prime sur beaucoup d’autres questions. Cela n’empêche pas que l’on maintienne également nos priorités en matière de solidarité car la volonté n’est pas de faire des villages pour une catégorie socio-professionnelle particulière. Il ne s’agit pas de faire un village de "bobos", de gens qui expérimenteraient les choses de façon marginales. Nous voulons vraiment qu’il y ait une intégration de toutes les propositions dans la cité.

Comment allez-vous faire précisément pour que cette expérimentation de "Tiny House" ne soit pas un village de "bobos" ?

Justement, la proposition est faite pour que les habitants puissent s’inscrire dans un projet collectif. Et donc, ils vont pouvoir travailler, participer à la vie du quartier, débattre de l’évolution de leur environnement immédiat.

D’un point de vue financier, comment cela va-t-il se passer ?

D’un point de vue financier, c’est la ville qui met à disposition le terrain, le foncier. Et puis les propriétaires des "Tiny" seront locataires et devront payer une redevance à la ville car il n’y a pas de raison de faire de cadeaux. C’est un logement comme un autre donc il faut que chacun participe à la vie de la collectivité et participe financièrement aussi à son financement.

Sur l’aspect "contribution financière" mais aussi sur l’occupation de l’espace, pouvez-vous assurer que cela sera véritablement écoresponsable et, en même temps, assurer une dimension sociale ?

Nous avons toujours cette préoccupation de la densification et de la densité donc il n’y aura pas de consommation de l’espace beaucoup plus importante que pour les autres logements. Pour le reste, les "Tiny", c’est surtout des petits logements donc ils ne sont pas très chers à l’acquisition. Et puis, en matière de location, ce sera raisonnable. Mais notre volonté, c’est de faire aussi que les personnes qui ont accès au logement social  puissent avoir un loyer adapté à leur situation. Nous aurons également une pratique de mixité sociale à l’intérieur du projet.

Une interview réalisée en partenariat avec France Inter. Pour écouter la chronique Social Lab, c'est par ici :

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