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Education/Citoyenneté

Un mode d'emploi zéro déchet pour les futurs maires

Thibault Turchet, co-auteur de l'ouvrage "Territoires Zero Waste".
©DR

À quelques mois des élections municipales de mars 2020, le livre "Territoires Zero Waste" se veut comme un guide pratique sur la gestion locale des déchets. L'ouvrage, s'adressant à la fois aux candidats comme aux citoyens, recense les obstacles et opportunités que les acteurs des territoires sont susceptibles de rencontrer. Interview de Thibault Turchet, responsable des affaires juridiques à Zero Waste France et co-auteur du guide. 

Qu’est-ce que l’on peut trouver dans ce livre ?

Dans ce livre, on trouve les neuf grands chantiers qui, a notre sens, sont nécessaires pour transformer un territoire en territoire zéro déchet. On y trouve également une partie relative à la méthodologie, c’est-à-dire, comment faire du zéro déchet un projet politique. On y trouve du fond, de la forme et beaucoup de retour d’expérience.

De votre côté, le fait que cela s’inscrive dans les municipales répond à quelle stratégie ?

Cela répond à la stratégie de faire passer le message à tous les candidats et les candidates. Qu’ils sachent que la gestion des déchets est un sujet sur lequel ils ont des leviers et des pouvoirs pour agir. Bien évidemment, le livre s’adresse aussi au grand public, aux citoyens qui veulent s’engager et comprendre le sujet. Et puis influencer, en réalité, leurs candidats et leurs futurs élus.

L’échelon communal est-il un bon échelon pour agir ?

Nous sommes plutôt sur un échelon intercommunal puisque la gestion des déchets appartient à des structures de type communauté de communes ou communauté d’agglomérations. Aujourd’hui effectivement sur le sujet des déchets ménagers, c’est bien dans les mains de ces acteurs, les communes et leurs intercommunalités, que l’on a des leviers d’actions.

Les collectivités ont de vrais pouvoirs"

Ce sont des politiques publiques qui existent comme la tarification incitative et des vrais choix qui dépendent des collectivités locales et non d’autres acteurs. L’objectif, c’est aussi de montrer cela, de dire qui peut faire quoi et là, les collectivités ont de vrais pouvoirs et des marges, ce sont elles qui ont les budgets notamment. Beaucoup de millions d’euros sont déjà dépensés dans ces missions-là.

Concrètement, que peut faire un maire ou un président d’intercommunalité qui serait un grand levier de réduction des déchets ?

Le premier levier est sans doute celui que l’on appelle la tarification incitative. C’est-à-dire, une tarification de la facture déchet indexée sur le volume ou le poids donc quelque chose qui correspond plus à la réalité. L’autre chantier correspond à la gestion séparée des déchets organiques puisque tout ce qui est compostable constitue encore une bonne part de la poubelle des Français à l’heure actuelle, incinéré ou mis en décharge. C’est un gros chantier. Deux politiques publiques très importantes, on en a identifié d’autres mais celles-ci sont vraiment primordiales.

Concernant la tarification incitative, il y a parfois débat. Comment peut-elle être juste socialement ? Quelles formes peut-elle recouvrir une fois mise en place ?

Il y a tout un panel de choix techniques, certaines collectivités préfèrent facturer au volume, d’autres préfèrent au poids. Ce qui est certain, c’est que c’est une mesure qui est parfois mal perçue par une partie des usagers et des contribuables. Dans le livre, on trouve des conseils pour que cela soit une mesure juste car c’est une exigence que nous prenons bien en compte.

Le but n'est pas de prendre les gens en otage"

Par exemple, pour les familles nombreuses, il peut y avoir des aménagements. Il peut aussi y avoir des solutions mises en place comme sur le compostage pour que les foyers puissent vraiment changer leurs pratiques. Le but n’est pas de prendre les gens en otage, mais de donner des solutions qu’ils peuvent clairement mettre en œuvre. Là-dessus, nous donnons ce genre de conseil. Et cela se passe d’ores et déjà bien dans beaucoup de collectivités en France. Ça concerne plus de cinq millions de personnes donc ce n’est plus du tout négligeable.

Comment comptez-vous diffuser ce livre ?

Nous comptons le diffuser avec nos groupes locaux. Nous en avons 80 à l’heure actuelle en France. Et bien sûr, en le faisant passer via les pouvoirs publics. On l’a envoyé à un certain nombre de décideurs, d’associations de collectivités. En tout cas, nous avons signalé sa publication donc nous espérons aussi que les relais institutionnels joueront le jeu. Mais c’est un livre qui est diffusé dans toutes les librairies et on peut se le procurer assez facilement.

Pensez-vous que la question zéro déchet peut-elle vraiment se cristalliser comme un enjeu de politique locale pour les prochaines élections ?

Sincèrement oui. On se rend compte en France ou à l’Étranger que ces déchets deviennent très présents dans un débat local. Souvent, ce sont des débats assez difficiles.

Le sujet déchet prend une ampleur très importante dans le débat local"

Par exemple, autour de la construction d’une usine d’incinération. Ce sont des circonstances qui ne sont pas évidentes et qui font que, parfois, le sujet déchet prend une ampleur très importante dans le débat local. Nous, nous essayons de faire monter cette importance via d’autres sujets qui peuvent être plus consensuels et pas forcément toujours axés autour d’une contestation locale. Mais oui, cela arrive régulièrement que ce sujet soit très présent. L’idée, c’est que ce soit un débat qui soit constructif et que nous réussissions à embarquer avec nous tous les candidats ainsi que la société civile à cette occasion. On compte sur le livre pour poursuivre dans ce sens.

Une interview réalisée en partenariat avec France Inter. Pour écouter la chronique Social Lab, c'est par ici :

TERRITOIRES ZERO WASTE est paru chez Rue de l'échiquier

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