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Un festival met la "science collaborative" à l'honneur

Le DIY arrive aussi pour la science
©Open Source Body

Laboratoires associatifs, microscopes low-cost et performances queer gynécologiques ? Bienvenue dans la santé du futur !

En marge des Journées nationales de l’innovation en santé, qui se tiennent ce week-end, plusieurs institutions parisiennes ouvrent leurs portes au festival Open Source Body : le premier événement grand public « open science » autour des problématiques du matériel pour la santé. Pas besoin d’être un geek ni d’avoir soutenu une thèse en neurosciences : ici, chacun peut apporter ses réflexions, ses questionnements, ses savoirs. Même dans les sciences, l’heure est à la recherche collaborative.

Après une semaine d’ateliers à la Paillasse et au CRI (Centre de recherches interdisciplinaires), c’est la Gaîté Lyrique à Paris qui accueille le bouquet final de l’événement, ce vendredi et samedi. Au programme : démonstrations, conférences, et une soirée de performances queer féministes autour du rapport entre corps et technologie.

Pour y voir plus clair et démystifier le monde des sciences, nous avons posé trois questions à Marc Fournier, co-fondateur de la Paillasse, laboratoire citoyen qui fédère scientifiques et artistes, il est co-organisateur du festival (avec le medialab Makery).

 

Marc Fournier, co-fondateur de La Paillasse

Peut-on venir à l’Open Source Body si on n’y connaît rien ?!

Marc Fournier : On peut venir surtout si on n’y connaît rien ! Et puis on connaît toujours quelque chose. Chacun peut, et doit se questionner sur les grands enjeux de société qui sont, entre autres, liés aux sciences du vivant : l’alimentation, l’environnement, les potentiels dangers liés aux perturbateurs endocriniens, etc. L’ambition de la Paillasse, c’est de revendiquer le fait que chaque individu est légitime à interroger la science. Progressivement, les citoyens deviennent vraiment acteurs d’une partie du processus de recherche.

En ce sens, un événement comme le festival Open Source Body contribue énormément à cette ouverture : il implique des lieux différents, des communautés différentes, des propositions différentes à travers des ateliers, des performances, des démos techniques, des choses de l’ordre de la réflexion, d’autres plus dans le jeu ou le théâtre. C’est l’occasion de découvrir que la science n’est pas aussi rébarbative qu’on croit !

Selon vous, la participation citoyenne serait aujourd’hui nécessaire pour innover en sciences ?

C’est effectivement une tendance de fond. Aujourd’hui, on ne peut plus être « que » biologiste ou « que » informaticien. Il y a besoin de passerelles, et on constate que de vraies avancées sont faites par un tas de communautés hors du périmètre de la recherche académique, chez des hackers, des designers, des artistes. On a parfois intérêt à retrouver une démarche d’exploration naïve, parce qu’on se rend compte qu’une bonne partie des découvertes scientifiques se font aujourd’hui sur du hasard. Donc plus on est nombreux à expérimenter, plus on a de chances statistiquement de trouver quelque chose.

Le gouvernement pousse dans cette direction, avec des dispositions légales qui vont vers plus de transparence et de collaboration : en juin par exemple, toutes les données des labos de recherche financés par des crédits publics seront ouvertes. Cela va radicalement transformer le paysage de la recherche.

Le festival porte particulièrement sur le « bio-DIY » : sera-t-on bientôt tous capables de fabriquer son séquenceur de génome chez soi ?

Les mouvements de « bio-DIY », « bio-hack » ou « do it yourself biology », veulent déconstruire le mythe autour des objets de laboratoire pour se les réapproprier, voire les construire soi-même. L’idée, c’est de les rendre accessibles en termes de tarifs et d’usage, c’est-à-dire documenter et expliquer comment tout ça fonctionne. Après, ces outils faits-maison seront-ils aussi précis que ceux qu’on trouve dans des labos de pointe ? Pas forcément. Mais ce n’est pas toujours un besoin. Pour beaucoup, il s’agit avant tout d’un amorçage, pour vérifier avec quelques indicateurs simples s’il y a une piste pertinente.

À la Paillasse, on a vu plusieurs projets devenir ensuite des entreprises et finalement développer des technologies assez puissantes, jusqu’à des phases industrielles. C’est tout notre propos : montrer que ces espaces citoyens peuvent aussi générer des résultats solides à la fois d’un point de vue scientifique et technique, et, si ce n’est concurrencer, au moins se positionner à égalité avec la production réalisée dans des laboratoires de haut niveau.

Festival Open Source Body
Jusqu’au samedi 27 janvier 2018 à 22h
La Gaîté Lyrique
3 bis rue Papin 75003 Paris
Pour plus d’informations, cliquez ici.

Retrouvez toutes nos propositions de sorties culturelles (et durables) sur notre agenda participatif.