Culture

Sélection de la rédaction : trois livres engagés qui ont marqué 2018

©Unuchko Veronika/Shutterstock

De la science-fiction qui met en scène une société vraiment écologique, une vision optimiste de l'effondrement de notre civilisation et des héros de l'écologie mis en avant. ID a sélectionné pour vous trois livres publiés en 2018 à lire absolument.

Ecotopia d’Ernest Callenbach

Bien loin des récits de science-fiction dystopiques à la 1984, le roman à succès d’Ernest Callenbach, paru en 1975, réédité cette année en France aux éditions Rue de l’échiquier fiction, dresse le portrait d’une société utopique dont l’écologie, l’égalité et la démocratie participative sont quelques uns des piliers.

Le protagoniste, Wiliam Weston, journaliste au Times Post, est envoyé en Ecotopia, où aucun Américain n’avait encore fait de visite officielle. Cette région correspondant à la Californie, l’Oregon et Washington a fait sécession des Etats-Unis 20 ans auparavant. D’abord sceptique voire moqueur devant les spécificités de cette communauté autosuffisante, le reporter finit, au fil de ses rencontres avec les Ecotopiens, par se laisser séduire par cette société plus proche de la nature et plus humaine.

Ernest Callenbach y décrit – dès 1975 - un mode de vie qui répond avec justesse aux enjeux écologiques et de société actuels : aucun avion n’est autorisé à survoler l’espace aérien, le réseau de transports en commun est particulièrement dense, toutes les voitures sont électriques, les fruits et légumes tous produits localement sont cultivés sans aucun pesticide, le recyclage et le réemploi sont la règle et l’égalité femmes/hommes est parfaite. Un récit de fiction inhabituel où la décroissance a remporté les suffrages, et qui laisse entrevoir un avenir bien plus enviable que celui imaginé par Orwell.

Une autre fin du monde est possible de Pablo Servigne, Raphaël Stevens et Gauthier Chapelle

C’est d’ailleurs notamment dans la science-fiction que les auteurs d’Une autre fin du monde est possible, Pablo Servigne, Raphaël Stevens et Gauthier Chapelle, proposent de puiser pour imaginer la société post-capitaliste de demain. Partant du constat que l’effondrement au moins partiel de notre civilisation telle que nous la connaissons est une réalité déjà amorcée – cela est explicité dans un premier ouvrage Comment tout peut s’effondrer ? Petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes, Seuil 2015 - les trois chercheurs "in-Terre-dépendants" s’interrogent sur les moyens d’avancer dans le contexte actuel de déclin écologique malgré les chocs psychologiques ou le sentiment d’impuissance que cela peut engendrer.

Ils précisent dès l’introduction les raisons d’être de ce nouvel ouvrage, où la "collapsologie" laisse place à la "collapsosophie" (de sophie = sagesse) : "l’envie de se préparer à vivre les conséquences des catastrophes en cours et à venir en recherchant prioritairement les liens entre humains, les liens avec les autres qu’humains, et un sens à tout cela". De quoi envisager un avenir où compassion et humanité permettront non seulement de survivre mais aussi de vivre, qui passera avant tout par une transformation intérieure à chacun.

Les héros de l'environnement d'Élisabeth Schneiter

Un livre très touchant qui présente le combat d'activistes contre les industriels dans "une guerre ignorée" pour la sauvegarde de l'environnement à travers le monde. Dans son ouvrage, Élisabeth Schneiter donne la parole à ceux qui luttaient ou luttent encore pour la protection de l'environnement, souvent au péril de leur propre vie et de celle de leur famille. Elle choisit de commencer son ouvrage par l'histoire de Berta Isabel Cáceres Flores, assassinée en 2016 pour avoir tenté de protéger la rivière Gualcarque de l'entreprise Desa. L'activiste hondurienne parle à la première personne et raconte ainsi son combat ainsi que sa dernière journée.

Mais son récit ne s'arrête pas là puisque comme le titre du premier chapitre le laisse supposer "Bertha est vivante". Pas physiquement non, mais dans la lutte que continuent de mener ses collègues de l'association Copinh. Une référence également à ces pancartes aperçues à l'enterrement de la jeune femme où l'on pouvait lire cette même phrase. L'auteure enchaîne ensuite avec l'histoire d'autres militants écologistes, tous morts pour leur cause, avant de finalement donner la parole aux "vivants" qui ont repris le flambeau. Un livre qui dépeint la réalité difficile à laquelle certains défenseurs de l'environnement doivent faire face mais qui porte également un message d'espoir.