Culture

PariSolidari-Thé, des parcours culturels verts et solidaires

Pont levant rue de Crimée, à l'intersection du bassin de la Villette et du canal de l'Ourcq
©Marie Vabre/ID

Cafés associatifs, jardins partagés, street art, ressourceries… De nombreuses initiatives méconnues animent les quartiers pour mettre la culture, le partage et l’éco-responsabilité à l’honneur. Sortir des sentiers battus pour découvrir une autre version de la capitale, entre jeux de pistes et visites-rencontres, c’est l’activité originale de PariSolidari-Thé. Reportage.

"L’idée, c’est de prendre le temps de se balader. Ce n’est pas une course !", Flora Doubilet, tout sourire, donne le ton. Cette jeune trentenaire a fondé PariSolidari-Thé il y a un peu plus de trois ans. Autour d’elle, une vingtaine de curieux venus des quatre coins de Paris et de l’Hexagone, sont répartis en petits groupes pour participer à un mystérieux jeu de piste. Aujourd’hui, ce sera dans le 19ème arrondissement. Personne ne doit savoir à l’avance ce qui l’attend durant les trois prochaines heures. Pour éviter de tout révéler, ID a sélectionné quelques étapes clés de la visite.

Flora, la fondatrice de PariSolidari-Thé a donné rendez-vous devant le Cafézoïde, le café des enfants, Paris 19ème
©Marie Vabre/ID

Le premier café des enfants

"On veut montrer qu’il n’y a pas que les fast foods pour les plus jeunes !", Anne-Marie Rodenas est la fondatrice du Cafézoïde, le tout premier café culturel créé en France pour les plus petits, il y a 16 ans déjà. Ici, les enfants n’ont pas juste un petit coin dédié, mais tout un lieu de 160 m2 aménagé spécialement pour eux, où ils peuvent s’amuser et apprendre sous la responsabilité collective. "C’est un espace de liberté et de droit pour les enfants de 0 à 18 ans, sur la base de la convention internationale des droits de l’enfant", revendique Anne-Marie. Les visiteurs du jour découvrent que les parents peuvent manger un délicieux couscous végétarien (pour 5 €) ou siroter une boisson (pour 1 €), pendant que leurs bambins prennent le goûter (pour 2 €) ou participent à l’un des ateliers : cirque, écriture, arts plastiques, éveil musical…

Pari réussi pour ce haut lieu de la mixité sociale qui parvient réellement à mélanger des familles issues des habitats sociaux et les "bobos" des alentours. La visite se poursuit, carnet de route en main. Au détour des rues, les participants sont invités à répondre à des questions pour en apprendre davantage sur l’histoire du quartier et regarder attentivement ce qui les entoure : des fresques de street-artistes, des détails architecturaux, des motifs amusants sur des enseignes… "C’est aussi une façon d’être dans le moment présent, au lieu d’avoir le nez dans ses chaussures et de courir tout le temps", commente Marlène, l’une des participantes. Cette Bretonne de 26 ans habite depuis quatre ans dans le 16ème arrondissement : "C’est génial de découvrir la ville différemment et avec des gens qu’on ne connaît pas !"

Fresque de Billie Holiday, grande chanteuse de jazz et militante anti-racisme
©Marie Vabre/ID

Billet "suspendu"

C’est bien pour créer du lien social avant tout que Flora a eu cette idée : "Rapprocher les différentes catégories socio-professionnelles, mélanger les populations, les sortir de leur quotidien". Cette infatigable engagée souhaite ouvrir les visites au plus grand nombre, avec un tarif doux de 10 € par personne. Et pour s’inscrire davantage dans l’économie sociale et solidaire, PariSolidari-Thé s’est inspirée du "café suspendu" (caffè sospeso), vieux concept venu de Naples : un consommateur peut payer deux cafés au lieu d’un afin d’en offrir à une personne démunie. Ainsi, une "place suspendue" de jeu de piste peut être mise à disposition grâce à un partenariat avec une centaine d’associations : Les Restos du cœur, Croix-Rouge, Secours Populaire ou La Mie de Pain

Bières bio et économie circulaire

Étape suivante : une brasserie artisanale et cave à bières. La Brasserie de l’Etre est née de l’envie d’Edward Jalat-Dehen de relocaliser à Paris une production de qualité. Ses bières, qui ont le label AB et la mention Nature & Progrès (encore plus exigeante), sont fabriquées avec de l’orge des départements environnants, du houblon d’Alsace et de l’eau de Paris, il y tient ! "On peut faire occasionnellement des ajouts de jus de fruits de saison et plantes aromatiques 100 % bio et pressés à froid qui proviennent d’O’Ju. Il n’y a aucun adjuvant technique ou additif, contrairement aux produits industriels". Ici, on essaye de limiter la consommation d’eau et d’énergie, par exemple en récupérant pour le chauffage, la chaleur de la chambre chaude qui sert à la fermentation. C’est une véritable filière de valorisation de biodéchets qu’Edward a créé autour de son activité. Les drèches, résidus de l’orge, sont récupérés par l’atelier de boulangerie artisanale, L’Origine du Pain, la société Love Your Waste pour la transformation en engrais et biogaz, ou la coopérative ZéBU, dédiée à l’amélioration de l’impact environnemental des brasseries parisiennes. Les levures trouvent preneur chez un apiculteur, en complément alimentaire pour les colonies d’abeilles.

Après la pause dégustation, les participants peuvent faire du shopping chez Emmaüs Défi. Avec 1000 m2, c’est la plus grande surface de vente de ce type dans Paris intra-muros : puériculture, électro-ménagers, vaisselles, ameublement, vêtements, librairie… Ce chantier d’insertion accompagne 140 salariés dans les métiers de la collecte, du tri, de la vente, de la logistique et de la livraison. "Nous sommes ouverts seulement deux jours par semaine, car il y a une grosse activité en amont de collecte et de préparation des dons, explique aux participants Hélène Monjardet, coordinatrice des ventes. On fait aussi de la création dans nos ateliers bois et couture pour revaloriser ce qui devrait partir à la déchetterie".

A travers ses parcours émaillés de découvertes, PariSolidari-Thé a trouvé une façon ludique de sensibiliser à la fois à l’insertion, à la solidarité et au réemploi. Des activités également proposées aux entreprises qui peuvent en faire profiter leurs salariés.