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Culture

Biodiversité : plongée au cœur de nouveaux paysages sous-marins avec Nicolas Floc’h

Le photographe Nicolas Floc'h explore les fonds marins depuis quinze ans.
© Gabriel Segovia

A la croisée des arts et des sciences, le photographe et plongeur propose une nouvelle lecture de l’océan, à travers son œuvre “Initium Maris”. Réalisé en noir et blanc, cet étonnant fonds d’images saisit la variété des habitats marins, mais aussi l’impact de l’activité humaine sur ces fragiles écosystèmes. Entretien. 

Nicolas Floc’h a revêtu une nouvelle fois sa combinaison de plongeur pour photographier l’océan, ce monde invisible qu’il explore depuis près de quinze ans. Entre 2015 et 2021, il a sillonné les îles et les côtes de sa Bretagne natale, entre Saint-Malo et Saint-Nazaire. Le résultat de ces prises de vues, réalisées en lumière naturelle, est à retrouver dans une exposition intitulée Initium Maris qui se tient jusqu’au 8 janvier à la galerie Maubert à Paris, et jusqu’au 12 février aux Ateliers des Capucins à Brest.  

A cette occasion, ID s’est entretenu avec Nicolas Floc’h sur ce travail, désormais à disposition des chercheurs et des citoyens. En complément des expositions et publications, sa collection d’images sous-marines sera par exemple utilisée par le Museum national d’histoire naturelle pour l’élaboration de programmes de sciences participatives, ou de projets pédagogiques dans le cadre du programme Initium Maris Civis

Nicolas Floc’h, Paysages productifs, Ouessant, laminaires, - 10m, Île d’Ouessant, 2016, tirage carbone sur papier mat Fine Art, 101 x 141
cm, production La Criée, centre d’art contemporain / EESAB
© Nicolas Floc'h/ADAGP, Paris 2020

Vos expositions actuelles à Paris et Brest s’intitulent “Initium Maris”. Qu’est-ce que cela signifie ? 

Cela fait référence au nom donné à l’un des départements de la Bretagne : le Finistère dont l’étymologie latine, “Finis Terrae”, signifie “la fin de la Terre”. Avec ce projet, je voulais renverser le point de vue et plutôt évoquer le début d’autre chose. J’ai cherché un équivalent en latin. Cela a donné “Initium Maris” (le début de la mer) qui renvoie ici au début de l‘exploration d’un monde invisible et méconnu. 

Les photographies présentées dans ces expositions montrent uniquement des paysages sous-marins. Pour certains, ils évoquent des territoires terrestres familiers, comme les forêts de laminaires. Quand on les voit, on a l’impression de s’y être déjà promenés.  

Pourquoi avez-vous choisi le noir et blanc pour mettre en lumière ces paysages ?  

Le noir et blanc permet d’évacuer tout un exotisme lié au milieu. Dans l’imaginaire collectif, les fonds marins mettent en scène un plongeur ou un poisson. Ces représentations restent anthropocentrées. On montre rarement la diversité de l’océan. L’utilisation de cette technique permet également de créer un ensemble homogène qui traduit la réalité de cet environnement. En profondeur, nous sommes face à une image monochrome qui n’est pas éclairée par une lumière artificielle.  

C’est aussi un clin d’oeil aux pionniers de la photographie américaine, comme Timothy O’Sullivan, et William Henry Jackson, ou encore aux photographes de la Grande Dépression. Dans leurs images, la crise se lisait sur des visages, des vues urbaines, là elle se lit dans les paysages. 

Nicolas Floc’h, Paysages productifs, Initium Maris, himanthales et laminaires - 4m, Île de Molène, 2019, tirage carbone sur papier mat Fine Art, 40 x 56 cm,
production artconnexion / fondation de France.
© Nicolas Floc'h/ADAGP, Paris 2021

A travers vos photographies, vous documentez l'évolution des écosystèmes marins. Quelles observations vous ont le plus marqué ?  

Depuis que je suis enfant, je plonge à La Turballe (Loire Atlantique). A cet endroit, les paysages se sont radicalement transformés au fil des années. Dans le fond de la baie, les forêts de laminaires ont commencé à disparaître il y a quinze ans, notamment à cause des rejets d’eaux usées, cumulés à ceux des deux estuaires de la Loire et de la Vilaine.  

Il y a aussi tous les bouleversements liés au changement climatique qui sont très lisibles sur des temporalités courtes, notamment dans le parc national des Calanques où une espèce invasive d’algue est présente depuis deux ans. A travers ma série photographique Invisible, réalisée dans cette zone entre 2018 et 2020, des scientifiques ont pu étudier son évolution. Depuis 2016, je collabore notamment avec la station marine de Wimereux et l’océanographe Hubert Loisel avec qui j’ai également travaillé sur la couleur de l’eau. 

Votre oeuvre repose essentiellement sur des plongées sous-marines. Comment ont-elles été réalisées pour le projet “Initium Maris” ? 

Pour ce travail photographique, j’ai réalisé 70 plongées entre –2 et -50 mètres. Celles-ci ont été effectuées en apnée et bouteille, de manière autonome avec mon bateau. En revanche, pour les prises de vues en environnement profond, j’ai collaboré avec l’Ifremer (Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer) qui est l’un des seuls acteurs à mener ce type de missions en France.  

Dans le cadre de la campagne océanographique CheReef, qui sera retracée dans un livre à venir cette année, j’ai pu passer 21 jours à bord du navire “Thalassa”, et greffer mon appareil sur le robot sous-marin HROV. Cela m’a permis de réaliser des images entre 700 et 1800 mètres de profondeur.  

Comment ce dialogue avec des scientifiques influence votre regard ?   

Ces échanges me permettent de lire plus finement l’environnement dans lequel j’interviens. En le comprenant mieux, je peux travailler sur des représentations plus complexes. J’essaye aujourd’hui de m’inscrire dans une approche globale, en étudiant les interactions de l’océan avec la terre, l’atmosphère et les glaces.  

Nicolas Floc’h, Initium Maris, Deep Sea, -864 m, canyon de Lampaul, golfe de Gascogne, mission Chereef, 2021
© Nicolas Floc'h/ADAGP, Paris 2021

Quels sont vos prochains projets ?  

Dans le cadre d’une résidence à la Villa Albertine aux Etats-Unis, je démarre une nouvelle série de photographies sur le fleuve Mississippi et son bassin versant, qui est aussi l’un des plus vastes bassins industriels au monde. Il couvre 40% des Etats-Unis, et débouche sur le golfe du Mexique. Pour cette nouvelle expédition, je vais réaliser des déplacements en bateau mais aussi en voiture pour parcourir 20 000 kilomètres. C’est assez exceptionnel dans ma pratique mais cela me paraît indispensable si je veux offrir une lecture de ce réseau hydrographique.  

Cherchez-vous à vous inscrire dans une démarche écoresponsable ? 

Dans mon travail, je me questionne en permanence sur ce que je produis et pourquoi. Je choisis souvent de photographier plutôt que de fabriquer. C’est un équilibre difficile à trouver, notamment lorsqu’on est dans une forme de monstration. La mise en forme plastique implique de passer par des éléments liés à une production. Les scientifiques se posent aussi ces questions. Pour mesurer les effets de l’acidification des océans, ils doivent se déplacer dans le monde entier. Tout ne peut pas se faire à distance. L’exemplarité ne pourrait être finalement qu'une chose collective. 

  • Expositions en cours et à venir :  

- Invisible, à la galerie Maubert à Paris, jusqu’au 8 janvier 2022 

Et au musée du masque de fer et du port royal à Cannes, du 15 janvier au 22 mai 2022 

- Initium Maris, aux Capucins à Brest, jusqu’au 12 février 2022 

- La couleur de l’eau, au Frac grand Large à Dunkerque, du 2 avril au 4 septembre 2022 

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