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DOSSIER

Zéro déchet : "Intégrer cette démarche, c’est atteindre une sorte de sobriété heureuse"

Juliette Franquet, directrice de Zero Waste France.
©DR

Zero Waste France est le partenaire de notre nouveau numéro "Idées Pratiques" consacré au zéro déchet. Entretien avec Juliette Franquet, directrice de l’association.

Quel est selon vous l’état du mouvement zéro déchet aujourd’hui en France ?

L’association Zero Waste France est au travail depuis plus de vingt ans. Au début, elle traitait essentiellement de la pollution en aval de la consommation, notamment celle qui est liée à l’incinération des déchets. Peu à peu, il y a eu une prise de conscience de tout un modèle de consommation et de production, et que les actes individuels mais surtout les décisions politiques ont un impact sur l’environnement. De la prise de conscience à l’action, quelle qu’elle soit, du vote à l’achat en passant par la signature d’une pétition, il y a certes beaucoup de travail, mais cela évolue dans le bon sens. Le grand défi d’aujourd’hui, c’est la transformation de ces prises de conscience en changements réels dans la société.

Comment faire de la philosophie zéro déchet un courant qui arrive à renverser notre modèle actuel, qui reste centré sur la consommation et la possession ?

Notre vision de la société idéale est en effet très éloignée de la réalité actuelle. La mobilisation citoyenne est très importante, mais pour nous l’évolution ne sera possible que s’il y a des lois, des interdictions, des accompagnements, et surtout des alternatives. Aujourd’hui, on ne peut plus dire aux gens de ne pas utiliser de plastique si l’on n’a pas suffisamment développé le vrac ou les consignes. Pour Zero Waste France, il faut aujourd’hui montrer que de bonnes pratiques existent, qu’elles ont un impact non seulement environnemental, mais aussi économique et social positif, et porter ces constats aux décideurs pour espérer les généraliser le plus rapidement possible.

Le zéro déchet peut-il constituer un récit enthousiasmant pour le grand public ?

Ce dont Zero Waste France est très fière, c’est de sa double casquette. D’une part, celle de la dénonciation, on ne se gêne pas pour dire que certains acteurs économiques ou décideurs politiques ne vont pas dans la bonne direction, qui votent des lois mais ne les font pas appliquer, qui avancent trop lentement, qui investissent trop d’argent dans de fausses bonnes solutions. De l’autre, un rôle d’accompagnement pour rester pragmatique et montrer qu’à l’échelle individuelle, les gestes comptent aussi et sont positifs sur le long terme, surtout lorsque l’on commence à raisonner en termes de sobriété, de dé-corrélation du bonheur et de l’acte d’achat, etc. Un autre paradigme est possible aussi à l’échelle individuelle, et il peut être bénéfique pour les individus autant que pour la planète.

Quel est votre regard sur les entreprises qui font du zéro déchet un argument marketing, au risque de pousser à la surconsommation ?

Il y a beaucoup d’initiatives zéro déchet aujourd’hui, parmi lesquelles une part de gadgets. La question de l’utilité des objets est au centre de cette question. Il y a une dimension philosophique à cela, mais il est clair que certains objets ne répondent pas à un besoin. Après, il y a, c’est vrai, beaucoup de stratégies marketing. Dans la seconde main par exemple, les applications qui proposent de racheter à moindre coût des vêtements presque neufs, c’est certes du réemploi, mais ça ne change pas les mentalités, car cela ne remet pas en question l’acte d’achat. Certains acteurs économiques arrivent en revanche à se fédérer, par filière, à l’image du réseau Consigne, qui œuvre pour la réutilisation des emballages. C’est un réseau qui regroupe des acteurs indépendants, et leur organisation permet de créer de la valeur et d’emploi, de réduire l’impact environnemental, tout en mutualisant l’activité dans certains secteurs.

Que diriez-vous à une personne qui ne connaît rien au zéro déchet pour la convaincre de l’adopter ?

C’est un mouvement militant, dans lequel on n’est pas tout seul. Ce qui peut faire peur ou décourager à se lancer, c’est de se dire que sa contribution ne sera qu’une goutte d’eau dans l’océan. Être au sein d’un collectif, c’est pouvoir se réjouir de certaines avancées, même si elles sont trop peu nombreuses et pas assez rapides au regard de l’ampleur du désastre écologique. Rentrer dans une démarche zéro déchet, c’est certes remettre certaines habitudes en question, mais c’est aussi être accompagné et ne pas culpabiliser à propos de notre mode de vie. C’est aussi se sentir utile de participer à un mouvement qui promeut un nouveau modèle de société. Intégrer cette démarche, c’est avoir au quotidien d’autres satisfactions que celles qu’on connaît, et pouvoir atteindre une sorte de sobriété heureuse.

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