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Un label indépendant pour lutter contre "l’obsolescence organisée"

Elsa Lomont, confondatrice du label Longtime.
©DR

Créé par Ethikis, une coopérative tournée vers les solutions de développement durable, le label "Longtime" a pour but d'offrir une transparence maximale au consommateur pour orienter son acte d'achat. 

Lorsque nos smartphones et autres appareils électroniques dysfonctionnement, l'achat d'un nouvel équipement apparaît bien souvent comme la solution la plus sûre. La faute à une asymétrie d'information entre les marques et le consommateur, au coût du processus de réparation, voire à l'impossibilité de réparer si l'objet en question n'est pas démontable. Le moyen le plus sûr d'éviter un nouvel achat serait encore de choisir, dès le départ, le produit le plus durable possible. C'est le pari du label Longtime : éclairer au maximum le choix du consommateur en termes de qualité du produit. Rencontre avec la cofondatrice du label, Elsa Lomont. 

Cela fait combien de temps que Longtime existe ?

Nous avons commencé les travaux en 2017, et le label Longtime est opérationnel depuis 2019, après rédaction du cahier des charges, qui compte 41 critères, et des audits. Nous avons cherché à identifier tous les leviers d’action sur l’allongement de la durée de vie des produits, l’objectif étant de créer un indicateur qui informe les consommateurs qu’un tel produit répond à des exigences en termes de qualité de conception et de fiabilité, de réparabilité, et des garanties de support technique, donc concernant les conditions de garantie ou encore le service après-vente. En somme, tout ce qui fait qu’un produit sera fait pour durer.

On ne le réalise pas forcément, mais aujourd’hui tout ne se répare pas…

En effet, aujourd’hui, on peut se retrouver avec des produits qui tombent en panne et que l’on ne peut pas démonter, qui deviennent donc irréparables. Même s’ils sont démontables, on peut se retrouver avec des prix de pièces bien trop importants, qui font que la réparation n’est pas rentable. On peut aussi avoir des difficultés à identifier la pièce défectueuse. Il y a donc de nombreuses situations dans lesquelles le consommateur se retrouve à jeter le produit en question, autant de situations qui résultent en une production de déchets qui pourrait être évitée. D’autant que beaucoup de nos produits sont gourmands en ressources, notamment les produits électroniques. Tout cela a donc un impact environnemental certain. Il faudrait donc pouvoir, dès l’achat, s’orienter vers les produits les plus fiables.

Nous avons de très bons retours de la part des marques labellisées, qui sont prêtes à aller de l’avant pour être valorisées sur le marché.

Quel type de produits avez-vous labellisé aujourd’hui ?

Nous avons aujourd’hui sept familles de produits qui sont labellisés : de l’électroménager au mobilier en passant par l’informatique… La nouveauté de cette rentrée, c’est la labellisation de matériel professionnel, comme des centrifugeuses ou des presse-agrumes par exemple. Pour un fabricant, c’est une manière de valoriser ses efforts en termes de qualité de production. C’est aussi un moyen pour lui de s’évaluer, de voir des points d’amélioration possibles dans ses pratiques. Nous avons de très bons retours de la part des marques labellisées, qui sont prêtes à aller de l’avant pour être valorisées sur le marché. Aujourd’hui, il y a une vingtaine de types de produits référencés, ce n’est donc que le début.

N’y a-t-il pas déjà un cadre juridique sur ces sujets de réparabilité ?

Notre initiative est complémentaire à cela. Un indice de réparabilité est entré en vigueur à la rentrée 2021, qui traduit une volonté législative de donner un cadre légal à cette notion. Mais la labellisation va plus loin, notamment car elle ne concerne pas seulement la réparabilité mais bien la durabilité, dont la réparabilité n’est qu’une composante. Aussi, Longtime a aujourd’hui la force d’être évalué par des organismes de contrôle indépendants, alors que ce nouvel indice est le résultat d’un auto-évaluation des marques.

Quel est le dénominateur commun entre les marques qui vous ont fait confiance ?

Ce sont des fabricants engagés, à l’image d’Explorer, la première entreprise labellisée, très engagée dans la transformation vers la durabilité. Plus récemment, Whirpool s’est aussi tourné vers notre label. Ce sont des marques qui ont envie d’aller de l’avant, et qui veulent valoriser leur engagement auprès des consommateurs.

Est-ce que l’obsolescence programmée n’est pas derrière nous aujourd’hui ?

L’argument du prix a eu tendance à prévaloir pendant très longtemps sur la qualité des produits. Or, la qualité a forcément un prix, sinon c’est que des choix industriels ont dû être faits. L’obsolescence programmée, même si ce terme est discutable et qu’on lui préfère l’adjectif "organisée", est toujours d’actualité. Il faut absolument changer nos manières de produire et revenir à des produits plus durables. Les enjeux en termes de gaspillage et de production de déchets sont énormes, et les enjeux sociaux aussi, puisque ce sont les ménages les plus modestes, ceux qui sont contraints d’acheter les produits les moins qualitatifs, qui sont les premières victimes de cette obsolescence.

Justement, est-ce les produits que vous labellisez ne sont pas plus chers que la moyenne ?

Ils ne sont pas nettement plus chers. Il est vrai que la qualité a un prix, mais il faut absolument réfléchir sur le long terme. Une machine à laver qui coûte 500 euros et dure 15 ans est un meilleur investissement, pour quiconque, qu’une machine à laver qui vaut deux fois moins cher mais dure 5 ans. Il est plus avantageux de privilégier dès le départ un produit de qualité.

Qu’en est-il de la structure qui est derrière ce label ?

Ethikis est une coopérative, au format Scop, à lucrativité limitée, et qui met la recherche de l’intérêt général au centre de ses préoccupations. Nous cherchons davantage l’impact que le profit à tout prix, ce sont des valeurs qui nous semblaient indispensables pour porter un outil comme Longtime.

Ìnterview réalisée en partenariat avec France Inter. Pour écouter la chronique Social Lab, c'est par ici :

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