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Le "made in France" à l’heure de la crise sanitaire : et après ?

Un visiteur lors de l'exposition "Fabriqué en France", organisée à l'Elysée, le 2 juillet 2021 à Paris.
© AFP / Ludovic MARIN

La crise sanitaire aura sans aucun doute eu pour effet de remettre sur la table le vaste dossier du “made in France”. Consommateurs, entreprises ou gouvernement, l’importance de la fabrication française est aujourd’hui sur toutes les lèvres. Mais dans les faits, le chemin est encore long. 

À chaque crise, ses opportunités. Celle de la Covid-19 a, pour sa part, assurément remis sur le devant de la scène les enjeux - et les limites - liés à la production française.  

Mars 2020, alors que la France se confine et que les hôpitaux saturent, le constat est amer face au manque de masques, de surblouses, de bouteilles d’oxygène - et plus globalement, de moyens. En cause notamment, la dépendance de l’Hexagone aux productions asiatiques qui ne date pas d’hier. Et si l’on parle là du seul secteur de la santé, c’est sensiblement la même chanson pour une grande partie de l’industrie tricolore. En novembre 2020, France Stratégie affirmait d’ailleurs au détour d’un vaste rapport de 600 pages que le pays gagnait – aux côtés du Royaume-Uni - la palme de “l’économie la plus désindustrialisée du G7”.  

Alors que l’on s’est mis à fantasmer sur ce “monde d’après” qui devait découler de cette pandémie, le “made in France”, lui, a repris des couleurs dans le débat public. Et visiblement, l’Histoire se répète : “Le sujet est né après la crise de 2008”, rappelle Charles Huet, fondateur de La Carte Française. Quant à celle de 2020, elle donne “un nouvel argument qui est celui de la résilience, de l’autonomie, de l’auto-suffisance, de la souveraineté, de la capacité à faire soi-même quand les chaînes d’approvisionnement internationales sont rompues, quelles qu’en soient les raisons, analyse-t-il. Car on s’aperçoit de notre grande interdépendance”.  

Des consommateurs attachés au "made in France" 

Pour atteindre cette “capacité à faire soi-même”, les consommateurs donnent le la. En effet, les Français réclament plus que jamais de la production nationale : d’après un sondage réalisé par Kantar, ils sont 42 % à estimer que les entreprises doivent relocaliser et ce, quitte à payer plus cher leurs produits (pour 75 % d’entre eux).  

Pour ces dernières, un boulevard d’opportunités semble alors se dessiner... Les consommateurs veulent autre chose, aux entreprises de leur emboîter le pas. “Il y a une accélération de la prise de conscience. En revanche, nous sommes toujours sur le même problème, celui du passage de la parole aux actes. Aujourd'hui, ce n’est pas plus simple qu’hier car il y a paupérisation de la population, parce que le "made in France" est peu connu et moins bien distribué que les grandes enseignes internationales”, déplore Charles Huet.  

Par temps de crise, LVMH fabrique des masques, Air Liquide des bouteilles d’oxygène... Nombre de sociétés françaises ouvrent ainsi la voie à une production moins lointaine. À l’image du Slip Français, dans l’industrie textile, qui cherche à relocaliser la production de certaines matières premières... 

Et si, selon un sondage IFOP pour le Journal du Dimanche (JDD) paru l’été dernier, 69 % des Français se disent pessimistes quant à la situation économique du pays, le gouvernement, lui, pousse les entreprises sur ce chemin.  

Là aussi, l’enjeu est sans doute de répondre à une attente des consommateurs : 92 % d’entre eux disent souhaiter que l’Etat fasse pression sur les entreprises pour qu’elles relocalisent, apprend-t-on d’une étude réalisée par Odoxa pour les Echos. Pour ça, il a multiplié les aides en ce sens et en a fait l’objet de l’appel à projets lancé dans le cadre du plan post-pandémie France Relance. Depuis, Bercy dit avoir soutenu plus de 550 plans de réindustrialisation d’entreprises.  

Le flou du “Fabriqué en France” 

Après des décennies de délocalisation à grande échelle, certains savoir-faire ont bel et bien disparu des radars sur le territoire. Aux entreprises d’innover, de rechercher et de trouver des moyens alternatifs pour combler ce vide. Former de la main d’œuvre, travailler sur de nouvelles matières premières disponibles dans l’Hexagone... Puisqu’un problème subsiste : le flou qui entoure la mention “made in France”.  

Régie par le Code des Douanes, la DGDDI (Direction générale des douanes et droits indirects) est chargée de la protection du marquage de l’origine française sur les produits manufacturés. Mais pour pouvoir jouir de cette mention, ceux-ci doivent remplir certaines conditions : “tirer une part significative de (leur) valeur d’une ou plusieurs étapes de fabrication localisées en France”, et “avoir subi (leur) dernière transformation substantielle en France”. En d’autres termes, une chemise en coton cultivé en Inde, puis assemblée dans l’Hexagone peut très bien porter le sigle “fabriqué en France”.  

Interviennent alors les labels pour renforcer les exigences du “made in France”. “Origine France Garantie”, l’un des plus sévères et des plus anciens (il souffle dix bougies cette année), est d’ailleurs né après la crise financière de 2008... 

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