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À la campagne, comme à la ville, le compostage à portée de tous

©EvanLorne/Shutterstock

De plus en plus de citadins s'intéressent au compostage en France. Pour répondre à cette demande, Jean-Jacques Fasquel a décidé de créer CompoStory, qui propose des formations aux acteurs publics et privés. Rencontre avec ce maître composteur.

Qu'est-ce qu'un maître-composteur ?

Un maître-composteur est un professionnel du compost qui va former les gens à cette pratique. Il existe des formations sous différents formats, du petit atelier de quelques heures à des formations de plusieurs journées en fonction des publics. La demande est de plus en plus forte. Certains ressentent une souffrance à jeter ces biodéchets à la poubelle tout en sachant qu'ils vont finir enfouis où incinérés, alors qu'ils pourraient permettre de régénérer le sol.

Quelle est la première motivation de ceux qui se tournent vers le compostage ?

Le plus souvent c'est pour ne pas créer une pollution supplémentaire. Valoriser ce qui est considéré comme négatif en quelque chose de positif. Après il y a d'autres effets bénéfiques. Par exemple quand on fait du compost en collectif, aux pieds d'immeuble notamment, ça crée du lien social. Et puis composter ses bio-déchets c'est se reposer les bonnes questions vis-à-vis de son alimentation. Par exemple, si votre bio-sceau, qui rassemble vos biodéchets, reste vide, c'est que vous ne mangez que des plats préparés. Inversement, il y a une fierté à ce que votre bio-sceau soit plein. Cela signifie que vous avez fait des « bonnes » courses et que vous avez cuisiné des aliments de base, à la fois meilleurs et plus sains.

Quels sont les obstacles dans la mise en place de composts individuels et collectifs ?

Il faut déjà un minimum de place, tout en sachant qu'il ne faut pas non plus des dizaines de mètres carrés. Pour un compost domestique, deux ou trois mètres carrés suffisent. Après, il y a une forme d'appréhension puisque beaucoup pensent que le compost sent mauvais. Ce qui est faux : un compost bien organisé ne sent pas. Tout simplement parce que composter ce n'est pas simplement entasser des biodéchets.

Le compostage est donc plus compliqué qu'il n'y paraît ?

Je n'utiliserais pas le mot "compliqué" mais il y a effectivement une recette. Si vous empilez simplement vos déchets dans un bac tout va pourrir. Il suffit donc de suivre trois principes importants. D'abord il faut équilibrer les matières. On a tendance à simplement mettre toutes nos épluchures de fruits et légumes. En réalité, il faut équilibrer le tout avec ce qu'on appelle des matières brunes, durs et sèches : par exemple des feuilles mortes. Le deuxième point important est l'aération. Pour éviter les odeurs, il faut de l'oxygène qu'on peut amener de deux façons. On peut soit le faire mécaniquement, avec un ustensile qu'on utilise pour mélanger régulièrement. Soit avec de la matière sèche que l'on rajoute et qui va permettre de laisser l'air circuler au niveau microscopique. Le troisième point important est l'humidité. On a besoin d'un certain taux d'humidité à l'intérieur de notre ensemble de bio-déchets.

Que font les pouvoirs publics en termes de compostage ?

La loi va imposer en 2025 que toutes les collectivités donnent un moyen aux citoyens de traiter cette matière organique. C'est la raison pour laquelle depuis plusieurs années beaucoup de collectivités font la promotion du compostage aussi bien domestique que collectif à l'échelle des immeubles ou des quartiers. La dernière solution est la collecte sélective des biodéchets qu'expérimente Paris depuis un an dans le IIeme et le XIIeme arrondissement et qui, dès 2019, devrait se généraliser dans toute la capitale.

Le compostage reste-t-il réservé aux ruraux ou à ceux qui possèdent un jardin ?

Non. Je suis toujours présenté comme le pionnier du compost en pieds d'immeubles à Paris : cela fait dix ans qu'on le propose en ville et plus de 350 immeubles le pratiquent dans la capitale. On constate le même phénomène dans toutes les grandes villes de France. Même dans une ville aussi dense que Paris, on arrive à trouver de la place pour faire du compost. Quand on n’a pas la place en bas de chez soi, on peut aussi faire du compost de quartier. C'est-à-dire que les gens vont se déplacer un peu plus loin pour aller déposer leurs biodéchets. Enfin, il existe une dernière solution qui est de faire du lombricompostage.

Comment fonctionne le lombricompostage ?

C'est un système hors-sol composé de différents plateaux empilés. Au, début on va intégrer 250 grammes de vers puisqu'ils ne peuvent pas venir naturellement. Ces vers, accompagnés des bactéries et des champignons, vont commencer à décomposer la matière. Et petit à petit, si on a besoin de plus de volume, on peut rajouter un deuxième plateau puis un troisième. Au bout de trois ou quatre mois, sur le plateau du bas on aura du compost mûr. Parallèlement à cela, on récupère également un liquide à compost qui est un excellent fertilisant.

Les autres types de composteur d'appartements, sans lombric, sont-ils des gadgets ?

Je pense qu'il y beaucoup de gadgets sur le marché. Globalement, composter c'est copier la nature. Donc quand on veut aller au-delà c'est compliqué. Par exemple, les déshydrateurs de déchets ne produisent pas de compost, ils retirent simplement l'humidité des déchets. Ensuite, il faudra en faire quelque chose, voire même le réhydrater pour pouvoir le composter. Il existe aussi ce qu'on appelle les sceaux à bokashi, qui sont présentés parfois comme des composteurs. En fait, ils réalisent une forme de lacto-fermentation : autrement dit, vous faites une choucroute de vos bio-déchets. Pourquoi pas, mais il faut ensuite acheter un  ferment qui coûte un certain prix puis se débarrasser de cette choucroute dans un jardin, si vous l'avez fait en appartement.

Une interview réalisée en partenariat avec France Inter. Pour écouter la chronique Social Lab :