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Fast fashion : "il y a forcément quelqu'un qui paie le prix de cette étiquette"

©Emmanuelle Vibert

Dans le monde de la mode, les grandes enseignes de la "fast fashion" poussent le consommateur à l'achat en lui proposant toujours plus de choix, à des prix toujours plus bas. Loin d'être un modèle de vertu, des solutions s'offrent aux consommateurs pour enrayer ce système et encourager une mode plus responsable. 

Emmanuelle Vibert, journaliste indépendante spécialisée sur les sujets de consommation responsable, est l'auteure de plusieurs ouvrages, notamment Couture Récup’, coudre pour résister au grand gaspillage. Elle est également auteure du livre Faire la fête sans détruire la planète et de Re-verdir Paris, à paraître au mois de mai. Aujourd'hui, elle nous parle de fast fashion, de consommation responsable et de solutions durables, pour une mode plus éthique. Rencontre.

Pourquoi les consommateurs se tournent-ils vers la fast fashion ?

Une écrasante majorité des personnes consomme de la fast fashion parce que la tentation est gigantesque. C'est une mode qui est partout, peu chère, très créative et surtout, qui se renouvelle sans cesse. Cela crée des tentations permanentes.

Comment définit-on la fast fashion ?

La fast fashion est née il y a une trentaine d'années et son principe c'est de renouveler les collections en permanence. Avant, il y avait deux collections par an : automne/hiver et printemps/été. Maintenant, les collections se renouvellent toutes les deux semaines, à un rythme fou et à des prix écrasés. Ce qui veut dire qu'en bout de chaîne, il y a forcément quelqu'un qui paie le prix de cette étiquette : des ouvriers exploités, une nature et des ressources pillées...

Est-ce que l'on constate que les lignes commencent à bouger ? Les grands acteurs de la fast fashion sont-il rattrapés par des consommateurs plus vigilants ?

Ils font des efforts pour une mode plus responsable. Plusieurs grandes enseignes lancent par exemple des "conscious collections", avec du coton bio ou des matières recyclées. Mais tout cela reste au sein d'un système, c'est du "greenwashing" qui ne résout pas le problème fondamental : la course aux prix bas, la surconsommation et donc la surproduction de vêtements.

Il faudrait acheter moins, mais mieux."

Donc nous sommes mal habitués en tant que consommateurs. Si l'on veut changer ses habitudes vestimentaires, par où commencer ?

La première chose à faire si l'on veut échapper à ce système, c'est de se demander si l'on a besoin d'autant de vêtements. Il faudrait acheter moins, mais mieux. Comme la tentation est immense, on achète plein de choses dont on se lasse vite, ou qu'on ne porte jamais. En achetant moins, on commence par faire des économies, ce qui permet d'acheter des vêtements un peu plus chers, mais éthiquement plus responsables. Le marqueur "made in France" peut être un indicateur, car nous avons des normes sociales qui sont très correctes. C'est une garantie éthique intéressante. Mais il existe aussi tout un panel de marques bio, de commerce équitable...

Il y a également la seconde main qui peut être une alternative ?

Pour moi, c'est la solution la plus facile et la moins coûteuse. On peut aller dans les friperies par exemple. Mais il y a aussi plein de nouveaux modes de distribution de seconde main qui se développent avec des vêtements qui sont déjà sélectionnés et lavés, comme les dépôts-ventes, les vide-dressing. Là aussi, il existe un large panel d'endroits où l'on peut consommer de la seconde main.

On peut également faire durer ses vêtements en les réparant."

Si l'on résume les solutions, il y a le "made in France", les marques de mode éthiques et la seconde main ?

On peut également ajouter l'idée de faire durer ses vêtements en les réparant. On a tendance à s'en débarrasser dès qu'il y a un petit accroc ou quand on est lassé. À la place, on peut se mettre à la couture, ou lui donner un coup de ciseau !

Une interview réalisée en partenariat avec France Inter. Pour écouter la chronique Social Lab, cliquez ici.

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