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La Fast Fashion peut-elle être écolo ?

H&M accusé d’incinérer des vêtements
©Raihana Asral/Shutterstock

H&M présente une solide politique de développement durable. Mais des journalistes danois accusent l’enseigne d’avoir incinéré 60 tonnes de vêtements neufs. Et cette erreur de parcours n’a rien d’anecdotique. Elle souligne à quel point le système de la fast fashion est basé sur le gaspillage.

Dans le métro à Paris, début novembre, une jeune femme monte dans la rame, avec sur l’épaule un sac ciglé H&M qui affiche le slogan « Great Fashion should never go to waste » (la super mode ne devrait jamais être gaspillée). Nous sommes tous d’accord avec cette belle affirmation. Le problème tient au fait que l’enseigne suédoise H&M, qui la revendique si joliment, a été accusée en octobre dernier, par des journalistes danois, d’avoir brûlé 60 tonnes de vêtements invendus depuis 2013. Au regard de ces faits, ce slogan affiché sur un sac actuellement vendu dans les magasins H&M, apparaît tout à coup bien cynique. Et l’histoire est symptomatique du système de la « fast fashion ».

Une défense basée sur le risque

L’enquête a été diffusée dans une émission de la télévision danoise baptisée « Opération X ». Le géant de la mode a réagi par un communiqué. « Pour H&M, envoyer des produits à l’incinération est très rare, cela arrive seulement quand ils ne respectent pas nos règles de sécurité, s’ils sont infestés de moisissures ou ne satisfont pas à nos exigences très strictes en matière de chimie », peut-on y lire. Il y aurait bien eu des vêtements brûlés au Danemark, affirme H&M, mais c’est à cause du niveau de plomb élevé et des moisissures trouvés dans le tissu. Les journalistes danois ne se sont pas arrêtés à ce démenti. Ils ont mené une seconde enquête. Après analyse de vêtements envoyés dans l’incinérateur, aucun produit chimique, ni taux d’humidité anormal n’a été détecté.

De réelles bonnes pratiques

Est-ce un simple accident de parcours ? Le géant de la mode fait par ailleurs de réels efforts pour améliorer ses pratiques. H&M est un des principaux acheteurs de coton bio dans le monde, propose depuis 2011 une « Conscious collection », composée de matières écolo et recyclées. Depuis 2013, des bacs de collecte pour vêtements usagés sont installés dans les boutiques. 39 000 tonnes ont été ainsi recyclées partout dans le monde, affirme le groupe. D’un autre côté, les ONG, comme le collectif de l’Ethique sur l’étiquette, continuent de dénoncer les conditions de travail des ouvriers chez les fournisseurs du groupe.

Et ce n’est pas la première fois, que le géant suédois est surpris en plein délit de gaspillage. En 2010, le New York Times, montrait que des sacs poubelles remplis d’invendus étaient jetés sur les trottoirs de New York. Les pièces étaient découpées au cutter afin que personne ne puisse les porter.

Un modèle insoutenable

Le modèle économique d’une telle enseigne — celui qu’on appelle « fast fashion » — est basé sur des prix bas et un renouvellement permanent des collections, pour nous inciter à acheter toujours plus. Avec le succès d’H&M ou d’autres comme Zara ou Primark, la production de vêtements a doublé entre 2000 et 2014. Et tant qu’H&M proposera 16 collections par an, le groupe aura beau augmenter sa part de coton bio, inviter ses clients à recycler, son modèle restera celui du gaspillage. Un modèle qui pèse en fin de course sur les ressources de la planète et les ouvriers dont les droits sont bafoués. La solution pour s’habiller avec de la super mode sans gaspiller ? Acheter moins et mieux, auprès des marques alternatives de plus en plus nombreuses.

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