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"Élevons la rémunération des producteurs mais pas les températures !" : tout comprendre sur le commerce équitable

©MYCHELE DANIAU / AFP

Dans le cadre de la 19e édition de la Quinzaine du commerce équitable, qui se déroule du 11 au 27 mai, ID se propose de faire le point sur la naissance et l’évolution de ce concept, ainsi que sur les engagements qu’il implique. 

Le concept de commerce équitable est apparu dans les années 60-70 aux États-Unis sous le nom de "fair trade". Il s’est ensuite étendu aux pays européens. C’est en 2001 que les principaux acteurs mondiaux du mouvement du commerce équitable ont approuvé la définition suivante : "le commerce équitable est un partenariat commercial fondé sur le dialogue, la transparence et le respect visant à garantir une plus grande équité dans le commerce international. Il contribue au développement durable en proposant de meilleures conditions commerciales aux producteurs et aux travailleurs marginalisés, particulièrement dans les pays en développement, tout en sécurisant leurs droits".

En 2018, une nouvelle charte internationale du commerce équitable a été rédigée, à l’initiative de la World Fair Trade Organization et Fair Trade International, afin de "créer un document de référence commun pour le mouvement du commerce équitable". Elle met à jour la Charte des Principes de commerce équitable établie en 2009. Cette révision vise à réaffirmer les valeurs fondamentales du commerce équitable, nécessaire "à l’heure où le succès du commerce équitable encourage une utilisation plus généralisée du terme, ce qui renforce la nécessité d’une référence commune". 

À quels enjeux répondait - et répond toujours - l'apparition du commerce équitable ? 

Le développement du commerce équitable a été initié pour répondre à des problématiques sociales et environnementales… qui sont loin d’avoir disparu aujourd’hui.

Les dangers du libéralisme et de la mondialisation

Les inégalités auxquelles ce nouveau modèle tente de répondre sont liées à de nombreux facteurs, détaillés dans la charte publiée en 2018. Elle stipule que "la libéralisation du commerce a manqué à sa promesse de réduire la pauvreté". En effet, les inégalités n’ont eu cesse de croître ces dernières années. Rappelons qu’aujourd’hui, 1% de la population possède autant de richesses que les 99 % restants, et 800 millions de personnes souffrent d’une pauvreté extrême. . 

Un système d’échanges commerciaux plus équitable basé sur la protection et l’amélioration des biens communs est indispensable si la communauté internationale est déterminée à enrayer la pauvreté extrême en l’espace d’une génération et à promouvoir un partage durable des richesses à travers le monde. (charte 2018)

Les auteurs de la charte expriment l’idée selon laquelle la croissance ne pourrait pas suffire à enrayer ces déséquilibres, et qu’il faut avant tout rendre "les individus autonomes grâce à un travail décent". Ces déséquilibres sont reflétés dans la constitution des chaînes commerciales, dominées par quelques entreprises seulement. Elles peuvent ainsi se permettre de "fixer les termes des échanges commerciaux avec leurs fournisseurs" en imposant des bas prix, souvent en-dessous des coûts de production. 

Le commerce mondial est également pointé du doigt en raison des conditions de travail de nombreux producteurs, ou plutôt, des conditions d’exploitation, parfois dangereuses. "Il est clair que le modèle néolibéral du libre-échange, basé sur une faible réglementation en matière de droits humains et de protection de l’environnement, et qui prime depuis 30 ans, a échoué".

"Qui dit justice économique, dit justice climatique !"

Tels sont les mots de Marc Dufumier, président de Commerce Équitable France. Le commerce équitable est apparu pour répondre, en premier lieu, à des problématiques sociales, mais l'urgence climatique a désormais pris une place importante parmi ces enjeux. Les produits issus du commerce équitable sont principalement liés au secteur de l’alimentation (97 %). Or, l’agriculture est un des secteurs les plus touchés par le dérèglement climatique. Le commerce équitable, avec ses prix élevés, donne des ressources aux producteurs pour s’adapter à la transition écologique et investir dans des modes de production plus respectueux de l’environnement, comme l’agriculture biologique ou l’agroforesterie. En 2018, dans les filières internationales, les produits sont labellisés "bio" dans 84 % des cas. Pour les filières françaises, 47 % des produits possèdent une double labellisation. 

Le succès des produits avec une double labellisation bio et équitable montre que les consommateurs comprennent de plus en plus les relations qui existent entre justice économique et justice écologique. Plus de partage des richesses, c’est moins de ravages pour la planète ! Julie Stoll, déléguée générale de Commerce Equitable France. 

Quels engagements ? 

Le commerce équitable renverse ce fonctionnement en plaçant l’individu au cœur des relations commerciales plutôt que le profit. Il établit une plus grande transparence en fournissant des informations liées aux chaînes d’approvisionnement et aux conditions de production pour les consommateurs. Les acteurs du réseau ont décidé de prendre les choses en main car ils considèrent que "la solution ne réside pas dans des politiques qui ne font que renforcer le protectionnisme et restreindre le commerce international, mais plutôt dans la nécessité de mieux réguler le commerce" (charte 2018).

Le concept consiste à coordonner différents acteurs du marché mondial avec, dans un premier temps, des producteurs rassemblés "au sein d’organisations démocratiques dans le but de créer des entreprises solides qui soient en mesure de faire face à la concurrence des marchés internationaux". Ces entreprises doivent ensuite permettre de relier les producteurs aux consommateurs. Le commerce équitable permet au consommateur d’agir de façon responsable via le choix des produits qu’il achète. Acheter des produits certifiés "commerce équitable" demande un investissement financier certes plus important, mais qui garantit en effet des meilleures conditions de vie aux producteurs à l’autre bout de la chaîne. 

Cette charte liste une série d’engagements que les acteurs du mouvement doivent respecter (les détails sont à retrouver ici) :

  • Parvenir à une croissance économique inclusive
  • Offrir un travail décent et contribuer à améliorer les salaires et les revenus
  • Rendre les femmes autonomes
  • Protéger les droits des enfants et investir dans la prochaine génération
  • Préserver la biodiversité et l’environnement
  • Influencer les politiques publiques
  • Impliquer les citoyens dans la construction d’un monde équitable

La législation française 

Une définition légale du commerce équitable a fait son apparition dans l'article 94 de la loi du 31 juillet 2014 : il a "pour objet d’assurer le progrès économique et social des travailleurs en situation de désavantage économique" en établissant des relations commerciales répondant à des exigences spécifiques. De plus, les entreprises intervenant dans ces filières doivent être en mesure de partager des informations relatives à la traçabilité des produits et doivent participer à des actions de sensibilisation et d’éducation à des modes de production et de consommation socialement et écologiquement durables. 

Dans les filières françaises, le commerce équitable permet ainsi de sécuriser par des prix rémunérateurs des filières bio déjà en place et d’accélérer dans ces filières la conversion en bio de nouveaux producteurs.

Un succès croissant

Le commerce équitable n’a jamais eu autant de succès, que ce soit en France ou dans le monde. En témoignent les chiffres partagés par Commerce Equitable France lors d’une conférence de presse le 9 mai. La vente de produits labellisés "commerce équitable" ont rapporté 1,3 milliard d’euros en 2018 (contre 664 millions en 2015). Cela correspond à un taux de croissance de 22 % en 2018. Les ventes de produits équitables issus des filières internationales ont progressé de 17 % et celles, plus récentes, issues des filières de commerce équitable "made in France" ont cru de 34 %. Ces dernières représentent désormais 34 % des ventes totales du secteur. 

Une étude montre qu'aujourd'hui, 10 % des bananes vendues en France sont labellisées "commerce équitable" et le café équitable représente environ 5 % des ventes de café en France, tous circuits de vente confondus. 

Les enjeux à venir

La jeune génération semble prête à se saisir de cet enjeu. En témoigne le sondage d'OpinionWay commandé par Max Havelaar France : 87 % des jeunes de 15 à 25 ans considèrent le commerce équitable comme un moyen utile de lutter contre les inégalités dans la mondialisation économiques. À noter : ce sont les plus jeunes qui sont les plus convaincus de son utilité avec 91 % parmi les 15-17 ans. 

Le message est fort ! Les jeunes [...] ont probablement une approche de la consommation différente de leurs ainés, plus adossée au numérique, plus volatile, mais aussi plus consciente. Ils ont conscience de leur réel pouvoir de consommateurs. Ils ont compris qu'acheter en 2019 c'est un peu voter pour le monde qu'on souhaite. Notre défi à nous c'est de leur proposer des choix de consommation responsable et équitable dans leur quotidien. Blaise Desbordes, Directeur Général de Max Havelaar France (communiqué de presse). 

L'étude va plus loin et dévoile des précisions. La jeune génération attend notamment un engagement de la part des grandes marques qui doivent proposer des produits plus rémunérateurs pour les producteurs (52 %). Les jeunes désirent également voir augmenter le nombre de produits équitables dans les lieux publics comme les cantines scolaire, les hôpitaux ou les administrations (46 %). Plus d'un tiers souhaite modifier les règles du commerce mondial "conventionnel" et intégrer le concept de commerce équitable dans les programmes éducatifs. Enfin, 79 % des jeunes sondés se disent prêts à s'engager pour soutenir le commerce équitable. 

Les labels à connaître

 

©Gaël Nicolet/ID

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