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Chère à Brune Poirson, la consigne fera-t-elle son retour dans notre quotidien ?

Disparu il y a une vingtaine d'année, le système de la consigne semble faire son grand retour.
© Ratchat / Shutterstock

Grande star des années 50, la consigne a pourtant disparu quelques décennies plus tard pour laisser place au tout jetable. Plus écologique et moins coûteuse que le recyclage, elle semble cependant faire son grand retour sur le devant de la scène depuis quelques années. 

La consigne est-elle en train de faire son grand retour en France ? C'est du moins la volonté de Brune Poirson. La secrétaire d'État à la Transition écologique a réuni pour la première fois, mercredi 19 juin, un comité chargé de travailler sur la mise en application de ce système sur le territoire. "Le principe est que les consommateurs qui achètent une bouteille d’eau, une canette ou un produit emballé dans du plastique payent au départ une caution qu’ils récupéreront en ramenant l’emballage", précise-t-elle dans une interview accordée au Parisien.

Pourquoi relancer la consigne ? "Parce que la France est à la traîne en matière de tri des déchets recyclables", explique-t-elle, toujours auprès du Parisien. "À Paris, par exemple, moins d’une bouteille en plastique sur dix est collectée et recyclée. Et à l’échelle du pays, seules 55 % des bouteilles en plastique et 45 % des canettes en acier sont récupérées pour une avoir une deuxième vie". 

Composé d'élus, d'industriels et d'associations, le comité sera ainsi chargé de définir quels produits pourront être consignés, quels points de collecte seront mis en place, qui récupérera les emballages et comment financer ce système. Ils auront jusqu'au mois de septembre pour y réfléchir, avant de rendre leurs premières conclusions. 


Mais au fait, pourquoi la consigne a-t-elle disparu ? 

Rapporter sa bouteille vide chez le commerçant pour y récupérer une somme d'argent était monnaie courante en France jusque dans les années 80. Les emballages, le plus souvent en verre, était récupérés pour être lavés, remplis et réutilisés, et ce, une bonne cinquantaine de fois. "Quand j’étais gamin, je me rappelle qu’on ramenait les bouteilles en verre, on les déposait sur un tapis roulant à l’entrée des grandes surfaces", nous expliquait il y a quelques mois un lecteur d’ID. Mais l'arrivée du plastique et des emballages jetables dans les années 60 a rapidement fait de l'ombre au système de la consigne. Considéré comme plus pratique pour les consommateurs et moins coûteux pour les industriels, le plastique a pris de plus en plus de place dans la société. En témoigne un fabricant d'huile qui, en 1963, vantait les mérites des bouteilles non-consignées : "C’est plus sûr : non consignée, la bouteille ne sert que pour vous, elle ne sert qu‘une fois ; vide, on la jette, elle ne revient pas". Société de consommation oblige : en l'espace de trois décennies, le jetable est devenu la norme, et la consigne a disparu. 

Mais voilà : le plastique jetable est un fléau pour l'environnement, et son recyclage s'avère plus complexe qu'il n'y parait. Selon un récent rapport du WWF, seulement 21 % des déchets plastiques seraient recyclés en France. "En cause, un système défaillant, où le coût de la pollution plastique n'est pas supporté par les acteurs qui tirent profit de sa production et de son utilisation. Ainsi, il est moins coûteux de rejeter les déchets dans la nature que de gérer leur fin de vie. Cette absence de responsabilité a conduit à la situation actuellement de production insoutenables et de pollution croissante", explique l'ONG. Résultat : 8 millions de plastiques finissent chaque année dans les océans. 

Un retour sur le devant de la scène ? 

Le gouvernement n'est pas le premier à vouloir remettre la consigne au goût du jour : depuis quelques années, de plus en plus d'initiatives locales fleurissent sur le territoire. À Lille, par exemple, l'entreprise "Jean Bouteille", fondée en 2014, est spécialisée dans la réutilisation des bouteilles en verre, un projet qui a permis, selon son fondateur, d'éviter 20 000 déchets en 2015. Et elle est loin d'être la seule entreprise à reposer sur ce système : la créatrice du blog "Crevette diplomate" a ainsi créé une carte recensant les nombreux points de collecte de l'Hexagone. 

De manière plus générale, la plateforme Loop, lancée en mai dernier, propose des produits de grandes marques, type Nestlé, Coca-Cola ou encore Danone, dans des emballages consignés. Disponible uniquement en Île-de-France pour le moment, elle compte cependant s'étendre dans d'autres villes courant 2019-2020. Au total, 25 multinationales ont accepté de collaborer avec la plateforme pour y proposer leurs produits dans des emballages consignés. 


La consigne : plus écologique que le recyclage ? 

Le système de la consigne offre par ailleurs de nombreux avantages : il serait plus écologique que le recyclage. Les bouteilles en verre consignées, par exemple, doivent simplement faire un passage en station de lavage avant d'être renvoyées au producteur. En comparaison, les bouteilles recyclées doivent être cassées, avant d'être fondues dans un four à 1 500 °C, pour être ensuite fabriquées à nouveau en bouteille, ce qui génèrerait, selon l'association Zéro Waste France, 15 fois plus d'énergie que le seul lavage d'une bouteille. La fondation Nicolas Hulot pour la nature et l'homme estime quant à elle que le système de la consigne permettrait d'économiser jusqu'à 75 % d'énergie et 33 % d'eau par rapport au recyclage. 

Ce système serait également moins coûteux pour les collectivités : pour recycler les déchets en verre par exemple, elles doivent payer leur collecte, mais ceux-ci étant cassés, les collectivités doivent les revendre à des prix plus bas aux entreprises chargées de les fondre. Une différence de prix qui se répercute sur le contribuable, au travers de la taxe annuelle d'enlèvement des ordures ménagères. Selon la fondation Nicolas Hulot, les bouteilles consignées n'étant pas cassées, les collectivités peuvent les revendre à des prix plus cher auprès des entreprises de nettoyage, ce qui réduirait la taxe. 


Concertation sur la consigne : à quoi faut-il s'attendre ? 

Il faudra attendre le mois de septembre pour avoir les premières conclusions du comité, mais Brune Poirson a déjà indiqué que les bouteilles en plastique et les canettes étaient principalement visées par ce projet. En ce qui concerne les contenants en verre, "cela fera l'objet des discussions", a-t-elle précisé auprès du Parisien. Des machines de collecte pourraient ainsi être installées dans les commerces ou les entreprises, dans lesquelles les consommateurs pourront ramener leurs emballages. La consigne pourra ensuite être rendue sous forme de monnaie, mais également en bon d'achat ou même en don pour une association, explique France Info

Que pensez-vous de l'idée de la généralisation de la consigne en France ? C'est la question que nous vous avions posé il y a quelques mois, et vous étiez 97 % (sur 1 123 votants au total) à estimer que ce serait "pas mal" et qu'il suffirait simplement de changer ses habitudes de consommation. 

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